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Performance environnementale des bâtiments : la construction logistique fait figure de bon élève

Laurent Payet, membre de la commission développement durable d'Afilog, revient sur les outils de certification pour la performance environnementale et énergétique des plateformes logistiques.

Avis d'expert  |  Transport  |    |  Actu-Environnement.com

Avec 71 plateformes certifiées NF HQETM depuis 2008 et une quinzaine en BREEAM et LEED, le secteur de la construction logistique, souvent critiqué pour son impact visuel sur nos campagnes, fait pourtant figure de bon élève sur le volet environnemental.

Si le référentiel technique de la certification NF HQETM « Plateformes logistiques » a été publié pour la première fois en 2008, l'engagement des professionnels de l'immobilier logistique s'affirme déjà en 2004 avec l'affichage par quelques pionniers d'une stratégie environnementale bien rodée. On citera par exemple le développeur Gazeley, alors filiale du géant américain Wall Mart, qui publiait cette année-là une charte environnementale de 95 pages, nommée « Eco Template », détaillant les solutions mises en œuvre sur leurs projets, et les bénéfices attendus.

Chez ces pionniers, sur la période 2004-2008, les initiatives environnementales portent principalement sur les énergies renouvelables, le choix des matériaux, la récupération des eaux de pluie et les espaces verts. L'intérêt de ces initiatives est parfois discutable à l'échelle du bâtiment lorsqu'elles ne portent que sur la partie bureaux (par exemple le solaire thermique pour l'eau chaude sanitaire… des lave-mains) néanmoins elles ont permis aux acteurs de sensibiliser la filière et d'expérimenter des solutions innovantes.

Le photovoltaïque à grande échelle apparait en 2007, la logistique étant l'eldorado des « producteurs d'électricité » opportunistes. Sur le papier, l'offre est séduisante : "je vous loue votre toiture, j'y installe mes panneaux et je me finance avec la revente à ERDF de l'électricité produite. Quel loyer je vous propose ? 0… en fait c'est un loyer en nature car grâce à mes panneaux, votre bâtiment sera écolo". Avec le moratoire de 2010 et la baisse généralisée des tarifs de rachats, le photovoltaïque intégré au bâti des plateformes logistiques est désormais relativement confidentiel. Avec des millions de m² de toiture disponible, c'est probablement dommage.

Structurer la démarche

Dans le même temps la réflexion collective se structure au sein d'Afilog, le publication en 2006 d'une « charte développement durable » : système à points, répartition des rôles entre aménageur, constructeur et exploitant, exhaustivité des thèmes traités… Finalement, en quête d'un organisme certificateur pour sa charte, AFILOG se rapproche en 2007 de Certivea, porteur de la marque NF HQETM pour les bâtiments tertiaires.

La certification aura donc eu la vertu de structurer la démarche et d'obliger les acteurs à une certaine obligation de résultat : les initiatives ne peuvent pas se contenter de figurer dans la brochure, elles sont suivies et auditées. Ce n'est en revanche pas la démarche HQE® qui a seule ouvert les yeux de la construction logistique sur la démarche écologique et environnementale. Une plateforme logistique c'est aussi une ICPE : avant de faire du zèle, la profession a dû se plier aux obligations des arrêtés d'exploitation. On peut ainsi considérer que le développeur et le logisticien ont dans leur ADN la culture du management environnemental. L'autre stimulus structurel est probablement l'importance de la charge immobilière dans le compte d'exploitation d'un logisticien. Autrement dit les charges liées au fonctionnement du bâtiment, notamment chauffage et éclairage, pèsent bien plus en construction logistique qu'en immobilier de bureaux, rapportées au chiffre d'affaires. Le responsable d'exploitation a donc tout intérêt à fermer les robinets ou à réclamer lors de la prise à bail un bâtiment efficace. De son côté le directeur d'une entreprise de service qui occuperait des milliers de m² dans une tour ne se rendrait même pas compte en fin d'année de l'impact d'un éclairage maintenu 24h/24 tous les jours de l'année pour la tournée du « pompier ». En effet l'entrepôt est l'outil de travail du logisticien et chaque euro dépensé pour éclairer et maintenir hors gel les vastes surfaces pèse sur le compte d'exploitation. Il faut reconnaître en outre que les marges des logisticiens ne sont pas celles des institutionnels qui louent des bureaux prime à Paris QCA.

Dans cet esprit ce sont finalement les entrepôts frigorifiques qui illustrent le mieux ce cercle vertueux : leur process très énergivore leur confère une forte culture de l'efficacité énergétique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le récent référentiel HQE® dédié à ces actifs connait un vif succès : en l'espace de quelques mois des constructions d'entrepôts frigorifiques lancées par STEF-TFE, Danone et Segro ont obtenues la certification NF HQETM. Quant aux quais de messagerie, qui disposent également de leur propre référentiel HQE, le succès n'a en revanche pas été au rendez-vous : est-ce parce qu'un quai n'est pas assez énergivore ? Contrainte réglementaire, enjeu de la maitrise des charges d'exploitation, culture anglo-saxonne : voilà pourquoi ça marche !

Référentiel HQE® : les spécificités de la logistique

La logistique a pour commencer, l'exclusivité des thèmes « Conditions de travail » et « Adaptation du bâtiment au process », que l'on pourrait aujourd'hui assimiler aux cibles 15 et 16 du référentiel. Rédigés et tenus à jour par la profession, ils n'en sont que mieux adaptés. Sur le thème de l'éco-construction, on retiendra pour la partie entrepôt de la plateforme :

  • l'évaluation de la performance de l'enveloppe par une simulation thermique dynamique et comparée à un cas de référence
  • des exigences sur la puissance unitaire d'éclairage installée
  • l'évaluation de la performance de l'éclairement naturel selon des critères de facteurs lumière jour

Les nombreuses spécificités n'ont d'ailleurs pas uniquement pour objectif de « contraindre » : un travail a été mené sur les exigences qui n'étaient plus applicable en logistique. Un bon exemple est « la séparation des flux entre la collecte des déchets et les usagers » : en effet si on considère que l'usager est… un poids lourd, c'est délicat.

Quelle réalité pour une plateforme logistique « outstanding » en 2014 ?

Le thème qui semble à la fois maîtrisé, courant… est celui de l'éclairement naturel et du confort visuel dans l'entrepôt. On est passé en 10 ans d'une simple réflexion sur le pourcentage de lanterneaux en toiture, à une véritable réflexion architecturale pour faire entrer la lumière par les côtés et créer des vues sur l'extérieur pour les opérateurs. Trivial dans un bâtiment classique, un peu moins lorsque se cumulent les contraintes incendie et ICPE. La sous-face de la toiture est en laqué blanc et certains développeurs vont même jusqu'à peindre les murs coupe-feu en blanc. Avec dans de nombreux cas une charpente en bois lamellé-collé, l'ambiance dans l'entrepôt serait presque chaleureuse.

L'autre évolution assez spectaculaire, mais qui techniquement ne l'est pas, est l'augmentation de l'épaisseur d'isolant de la partie entrepôt passant de 50 à 100mm pour la pratique courante. Dans le même temps les ponts thermiques et l'étanchéité à l'air ont progressé autour des portes à quai et des lanterneaux de désenfumage. Pour chauffer et éclairer cette belle enveloppe, on retrouve désormais les mêmes technologies qu'en construction tertiaire : GTC, appareils d'éclairage à lampe T5, détection de présence et gradation lumineuse. L'élite quant à elle se chauffe au bois (L'Oréal à Roye, L'Occitane à Manosque) ou mène une réflexion sur la récupération de chaleur de Datacenter voisins.

La qualité environnementale du bâti est aujourd'hui maîtrisée par les acteurs qui veulent bien faire, l'attention de la construction logistique portera demain probablement (encore) plus sur les enjeux liés à l'imperméabilisation et à la destruction des milieux naturels.

Avis d'expert proposé par Laurent Payet, membre de la commission développement durable d'Afilog

Réactions2 réactions à cet article

 

que l'on passe de l'age de pierre a l’ère moderne me parait une bonne chose,mais il faut rester humble dans les propos après tout ce n'est que pur logique.
La sous exploitation des toitures dont les surfaces sont parfois immenses apparait comme une aberration, l'énergie solaire ne doit pas être vue comme une rente mais plutôt comme une démarche éthique

lio | 25 juin 2014 à 10h30
 
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L'arbre qui cache la forêt : si je ne m'abuse, la logistique, par définition, c'est des milliers de camions qui font des millions de kilomètres juste pour permettre le flux tendu et assouvir les pulsions primales des consommateurs... Alors, que leurs hangars soient isolés voire même à énergie positive ne change pas grand chose à cette débauche d'hydrocarbures !

dmg | 26 juin 2014 à 22h04
 
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