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Quel outil pour mesurer la biodiversité ?

Afin que l'enjeu de la biodiversité soit intégré dans les politiques au même titre que le climat, un outil de mesure de l'effort s'avère nécessaire. Un projet auquel s'attèle CDC Biodiversité comme nous l'explique Laurent Piermont, son président.

Avis d'expert  |  Biodiversité  |    |  Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°378 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°378
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En 2010 à Nagoya, la communauté internationale a décidé de faire cesser l'érosion de la biodiversité. Dans la foulée, cet objectif a été adopté par l'Union européenne et par la France. Or, en décidant de "faire cesser l'érosion", les négociateurs de Nagoya ont de fait introduit l'idée d'un décompte, d'un "zéro érosion", donc d'une mesure de la biodiversité. On pense à la phrase de Lord Kelvin : "Je ne connais que ce que je sais mesurer", qui est l'un des mots d'ordre sous-jacents du développement économique mondial.

Mais peut-on, doit-on même, mesurer la biodiversité ? Elle se définit comme l'ensemble des êtres vivants, les relations qu'ils établissent entre eux et avec leur milieu et les processus qui en dépendent. Elle représente "le tissu vivant de la planète" ainsi que la dénomment certains auteurs. Comment mesurer sur une même échelle l'extinction en cours du Rhinolophe de Méhely, les processus aboutissant aux cycles migratoires séculaires des populations de caribous et les interactions des acacias des savanes africaines, avec les quatre espèces de fourmis qui les protègent des grands herbivores ?

Est-ce d'ailleurs souhaitable ? Faut-il tout mesurer et faire la lumière sur le mystère et les surprises que nous offre la liberté du vivant ? Pour s'être mesurée à la nature et être parvenue à en altérer les fonctionnements délicats, notamment ceux dont dépend sa survie, l'humanité s'est-elle condamnée à mesurer cette nature, pour contrôler ses propres excès ? Car l'enjeu est là.

Un outil pour mobiliser

Les besoins financiers nécessaires pour préserver la biodiversité mondiale ont été estimés par la Convention pour la diversité biologique (ONU) entre 150 et 440 milliards de dollars par an, à comparer aux financements effectifs : 50 milliards de dollars, publics pour les trois quarts. C'est notamment pour combler cet écart qu'il faut mobiliser les forces économiques et intégrer la biodiversité et l'économie. Après tout, l'écart entre les besoins et l'existant est inférieur à 0,4% du produit brut mondial. Et pour y parvenir, nous avons probablement besoin d'un outil qui mesure l'effet de pressions humaines sur la biodiversité (en visant le "zéro effet net") et sache traduire les résultats des efforts accomplis. C'est ce que l'humanité a fait en adoptant l'unité de la tonne équivalent CO2 ou Teq CO2, qui exprime les effets sur le climat des différents gaz, en les rapportant à l'équivalent de l'effet sur le climat d'une tonne de CO2 émise. Cet outil, qui permet de mesurer les résultats des efforts accomplis, n'est pas pour rien dans la réelle mobilisation du monde économique sur le sujet du climat.

De la même façon, pour que la mobilisation en faveur de la biodiversité égale celle obtenue en faveur du climat, nous avons sans aucun doute besoin d'un outil de mesure simple et compréhensible. Un outil dont il ne faudra cependant pas oublier qu'il ne peut au mieux constituer qu'une approximation de l'infinie complexité et de la dynamique du vivant. Ni qu'il aura, comme tout outil de mesure, des effets pervers. En particulier, d'orienter l'action vers ce qui rapporte la meilleure notation.

Un outil capable de rendre compte des efforts

Cet outil devra avoir cinq qualités : représenter la biodiversité elle-même (et non pas sa valeur ou les services qu'elle rend, par exemple) au risque, sinon, de détourner l'action de l'objectif visé ; être transparent et consensuel ; être à la fois compréhensible par le plus grand nombre et simple à calculer par une entreprise ; s'exprimer par un nombre ; être capable de rendre compte, par ses variations, des efforts accomplis par celui dont on mesure l'impact.

Dans le monde, une poignée d'équipes travaillent sur le sujet, le plus souvent en coopérant entre elles. Parmi elles, une équipe de CDC Biodiversité, appuyée sur un groupe d'entreprises pionnières, regroupées au sein du Club B4B+ (Club of Business for Positive Biodiversity) : Club des entreprises pour une biodiversité positive. Or, bonne nouvelle ! L'équipe a progressivement identifié une méthodologie robuste, répondant aux cinq conditions citées plus haut. Dénommée "Global Biodiversité Score", elle sera déployée en partenariat avec les entreprises de B4B+, les autres équipes travaillant sur le sujet, les institutions concernées, le monde de la recherche et les associations. Objectif : produire, d'ici un peu plus de deux ans, l'équivalent biodiversité de la Teq CO2, et donner ainsi aux entreprises un outil leur permettant d'aligner leurs efforts pour la biodiversité sur les objectifs nationaux et internationaux.

Avis d'expert proposé par Laurent Piermont, président de CDC Biodiversité

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