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“ Le bâtiment frugal s'affranchit du carcan des normes ”

La frugalité permet une approche multidimensionnelle du bâtiment : à la fois humaine et sociale, participative et écologique, elle prône l'économie de ressources et s'affranchit du carcan des référentiels, explique l'ingénieur Alain Bornarel.

Interview  |  Bâtiment  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
   
“ Le bâtiment frugal s'affranchit du carcan des normes ”
Alain Bornarel
Ingénieur au sein de Tribu, bureau d'études spécialisé dans l'approche développement durable des projets urbains et des bâtiments.
   

Actu-environnement : Y a t-il un cahier des charges définissant l'architecture frugale ?

Alain Bornarel : On n'a surtout pas voulu définir un standard, parce qu'on en crève des standards aujourd'hui. Du coup, on a abordé le bâtiment frugal par trois questions. Il faut d'abord se demander si le bâtiment est adapté au contexte de demain - changement climatique, énergétique, sociétal. Le bâtiment frugal est une réponse à la raréfaction des ressources énergétiques et de certains matériaux, au sens où il permet une économie de ressources. Deuxième questionnement : qu'est-ce que ce bâtiment va apporter à son territoire d'accueil ? L'enjeu est celui de la relation au site, des filières locales, et du lien social, par exemple par l'habitat participatif. Troisième question : le bâtiment est-il désirable ? La frugalité doit aussi être heureuse.

AE - Le bâtiment frugal intéresse-t-il les promoteurs ?

AB -Le bâtiment frugal intéresse d'abord les concepteurs et les maîtres d'ouvrage. L'Institut pour la conception éco-responsable du bâti (ICEB) anime une manifestation, le ''off du développement durable'', qui met en lumière des bâtiments ''pionniers'' aujourd'hui très en avance. A chaque session, quelque 150 projets nous montrent qu'à côté de la production officielle, il y a toute une production qui est souvent le fait de petites collectivités sur le territoire, en synergie avec un architecte. La dimension ''low tech'' devrait également intéresser les maîtres d'ouvrage et des promoteurs du fait de la réduction des coûts de maintenance et de la consommation énergétique. On trouve aussi des organismes HLM qui font des choses passionnantes. Exemple : le Toit vosgien qui fait du bâtiment passif bois depuis des années et qui a réalisé l'un des bâtiments les plus hauts en ossature bois de ces dernières années. Autre exemple, Aquitanis à Bordeaux, organisme HLM qui fait des choses intéressantes en matière d'habitat participatif et de matériaux biosourcés.

AE - Le caractère ''frugal'' d'un bâtiment se définit-il en amont ou a posteriori ?

AB - La grande majorité des bâtiments aujourd'hui entrent dans la catégorie à basse consommation, incités par la réglementation thermique. Mais ces ouvrages se contentent de réduire les consommations sur les systèmes. Dans les bâtiments bioclimatiques, on cherche à réduire les consommations en passant par la sobriété et l'efficacité du bâti. Parmi ceux-ci, le label ''maison passive'' se limite aux questions énergétiques. Reste une catégorie de bâtiment qui s'intéresse à l'énergie, mais aussi à la question des matériaux, des hommes et des femmes qui vont y vivre : c'est le bâtiment frugal. Actuellement, on accorde une grande importance aux questions d'évaluation et de contrôle, mais de moins en moins d'importance aux questions de conception. Le travail amont des concepteurs est sous-valorisé au profit d'une batterie de contrôleurs et de référentiels. Il y a là une évolution un peu dangereuse. Du coup le bâtiment frugal, parce qu'il n'est pas normatif, redonne du poids aux phases de conception.

AE - Quelles sont les réglementations qui l'encouragent ?

AB – Les réglementations ne sont pas neutres. Elles favorisent toujours un certain nombre de techniques. J'ai été thermicien dans ma vie professionnelle. Tout thermicien sait comment faire entrer un logement dans le calcul de la RT 2012 : il suffit d'installer une ventilation hygroréglable et une chaudière à condensation, et ça passe les doigts dans le nez... Les réglementations incitent à l'utilisation de tel ou tel système. Au contraire, quand on sort de ces sentiers battus, on a toutes les peines du monde à rentrer dans le cadre réglementaire. Je ne pense pas que l'évolution réglementaire vers le E+C- change grand chose. Les premiers retours de cette expérimentation montrent que les avantages des techniques frugales sont complètement écrasés par le poids des systèmes et par le poids des consommations du bâtiment en utilisation.

AE - Quels sont les matériaux spécifiques utilisés ? Les techniques de construction ?

AB – D'abord, il faut savoir pourquoi s'intéresser à certains matériaux plutôt qu'à d'autres. Il s'agit d'éviter les matériaux issus de la filière pétrole, les matériaux qui ont une très forte consommation énergétique en fabrication – je pense au ciment, à l'aluminium, aux matières plastiques. Et puis, il y a un certain nombre de matières premières en tension, comme le sable. Mieux vaut privilégier le réemploi des matériaux qui ont eu une première vie. Deuxièmement, il faut recourir aux matériaux biosourcés, géosourcés. Le bois était précurseur, arrivent maintenant de plus en plus de matériaux, notamment isolants, à base de produits agricoles. Dernière typologie, les éléments comportant une part importante de matériaux recyclés. L'idée est bien de mettre un coup de frein au prélèvement de ressources et au gaspillage actuel pour laisser la planète se reconstituer. Dans ces choix, l'aspect local est fondamental. La France comporte nombre de régions où la construction en terre est traditionnelle. Ces savoir faire se sont un peu perdus, il est temps de les réhabiliter.

AE - En termes de compétences et de capacités, est-ce qu'il y a assez d'artisans capables de concourir à la généralisation de ces nouveaux types de bâtiments ? Est-ce que la formation professionnelle suit ?

AB - Nombre de techniques frugales sont proches des techniques en vigueur : la terre crue banchée est proche du béton banché, la maçonnerie de briques en terre comprimée est proche des briques cuites ou du parpaing. Et puis, il y a la vitalité de certaines filières : la filière de la terre a mis en place des laboratoires de recherche, des règles techniques, la filière paille, elle aussi, est en train de s'organiser avec des règles relatives au remplissage en paille. Il s'agit à la fois de profiter des savoir faire existants pour les appliquer à des matériaux différents mais aussi de s'appuyer sur la vitalité de ces filières économiques. Aujourd'hui, il y a des filières sur tous les matériaux biosourcés ou géosourcés. Il se fait plein de choses...

AE - Quid de l'énergie dans les bâtiments frugaux ?

AB - Il n'y a pas de bonne énergie. La philosophie du bâtiment frugal est de dire : moins on a besoin de recourir à l'énergie, mieux ça vaut. Exemple : le confort d'été. Est-ce qu'on installe des grosses puissances de climatisation en vue des situations de canicule ? C'est la proposition du Plan bâtiment durable contre laquelle on ne peut que s'élever, car il y a d'autres solutions non énergivores. Un des paramètres du confort d'été est la vitesse de l'air. On peut arriver à rester confortable avec des températures relativement élevées à condition qu'il y ait un certain mouvement d'air. On peut essayer d'aller encore plus loin. En Autriche, dans le Voralberg, les bureaux d'un bâtiment sans chauffage sans climatisation et sans ventilation oscillent entre 21°C en hiver et 26°C en été.

Réactions3 réactions à cet article

 

Ben ça en promet encore des arnaques, des supercheries et des tromperies !

Daniel Jagline | 22 février 2018 à 09h48
 
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Parler de bâtiment frugal et voir les constructions en cours à Paris (ex. Samaritaine ou complexe Batignoles) peut faire sourire...

Albatros | 22 février 2018 à 15h41
 
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A quand le concours LEPINE du bâtiment ? face aux business modèles.

CLAUDIUS97 | 22 février 2018 à 19h46
 
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