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Champs électromagnétiques : Linky n'inquiète pas l'Agence nationale des fréquences

L'Agence nationale des fréquences a mesuré les champs magnétique et électrique émis lors de la transmission des informations du compteur Linky. Les niveaux seraient en dessous des valeurs limites. Le Criirem critique ces mesures.

Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Champs électromagnétiques : Linky n'inquiète pas l'Agence nationale des fréquences

"Les compteurs Linky rayonnent lors des communications CPL [courants porteurs en ligne] des niveaux de champ magnétique légèrement supérieurs à ceux des anciens compteurs, comparables à d'autres équipements comme un écran plat de télévision ou l'alimentation d'un PC en charge", assure dans un rapport rendu public lundi 30 mai, l'Agence nationale des fréquences (ANFR).

La généralisation des compteurs intelligents d'électricité Linky, actée par la loi de transition énergétique, a déclenché de nombreuses réactions de contestations et des inquiétudes concernant leurs possibles impacts sur la santé. Certains élus et collectifs d'habitants se sont même opposés à leur déploiement dans leurs communes.

Moins d'une minute, une fois par jour

"La première sollicitation sur Linky a été un courrier de PRIARTéM qui nous a saisi sur la question et nous a demandé si les CPL exposaient aux champs électromagnétiques, explique Bernard Celli, directeur de la stratégie à l'ANFR. Nous avons une mission générale de mesure de l'exposition du public aux ondes. Notre métier est de vérifier que les valeurs limites sont respectées".

L'ANFR s'est appuyée pour cela sur le décret encadrant les valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques (n° 2002-775 du 3 mai 2002). "Les valeurs-limites dépendent des fréquences, précise le rapport de l'ANFR. Pour la bande de fréquence CPL bas débit utilisée par les compteurs Linky (35,9 - 90,6 kHz), elles valent 6,25 [micro Tesla] μT pour le champ magnétique et 87 V/m pour le champ électrique".

Pour quantifier cette exposition liée à la communication CPL, l'ANFR a caractérisé en laboratoire les niveaux de champs électromagnétiques créés par les compteurs Linky lors de leurs fonctionnements. Ces derniers transmettent en effet les informations stockées (quantité d'énergie électrique consommée par le client) à un dispositif de stockage, le concentrateur.

Celui-ci interroge le compteur par CPL une fois par jour, pendant la nuit, durant moins d'une minute, selon l'ANFR. Le concentrateur transmet ensuite ces données grâce à un réseau de téléphonie mobile à un serveur informatique.

Si la technologie CPL diffuse le signal par conduction via le réseau électrique, la modulation du courant dans les câbles électriques en revanche produit des ondes rayonnées.

"Nous avons privilégié l'unité de micro Tesla dans le rapport, nos appareils mesurent en ampère/mètre, mais il y a une relation mathématique entre le micro Tesla et l'ampère par mètre, Bernard Celli. Le micro Tesla, c'est l'unité utilisée pour les valeurs limites réglementaires".

L'ANFR a réalisé des mesures à 20 cm de modèles de compteurs déployés aujourd'hui par ERDF mais également ceux de seconde génération (disposant d'un protocole de communication plus évolué : OFDM).

Un champ magnétique 700 fois en dessous des normes

"Le champs électrique s'est avéré celui qui est le plus élevé par rapport aux seuils, précise Bernard Celli. Nous sommes en gros 80 fois en dessous des valeurs limites. Pour le champ magnétique, le niveau est 700 fois en dessous des normes".

Résultats des mesures de l'ANFR. Compteur G1 : compteurs déployés aujourd'hui - Compteur G3 : compteur de seconde génération © ANFR
 

Ces travaux constituent un premier volet. L'ANFR a également commencé en laboratoire les mesures des niveaux de champs électromagnétiques créés par les concentrateurs situés dans les transformateurs de quartier. Les résultats pourraient être communiqués avant l'été, selon Bernard Celli. Autre piste suivie par l'agence : des mesures réalisées chez des particuliers, avant et après installation du compteur Linky. Pour cette partie, les conclusions devraient sortir dans la première quinzaine de juillet. L'ANFR a également commencé à travailler sur ces questions pour les compteurs communicants pour l'eau et le gaz.

A un horizon plus lointain, l'agence prévoit de se pencher sur les émetteurs radio Linky (ERL). En effet, pour les utilisateurs qui le souhaitent, ces modules optionnels pourront être installés pour permettre de transmettre en temps réel les données du compteur Linky vers les appareils situés à l'intérieur du domicile.

Des mesures à refaire, selon le Criirem

Le Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électro magnétiques (Criirem) s'est quant à lui montré plutôt critique concernant la méthode employée par l'ANFR. Il demande que des mesures soient réalisées avec un protocole scientifique adapté. "Ils ont confondu les bandes de fréquence de 50 hertz avec le 65 kilohertz qui est le signal CPL", dénonce Pierre Le Ruz, président du Criirem. "De façon grossière, il y a trois grandes catégories de fréquence : les extrêmement basses fréquences de zéro à un kilohertz [compteur Linky, ndlr], où nous mesurons séparément le champs d'induction magnétique en micro Tesla - ce n'est pas un champs magnétique - et le champs électrique (en v/m). Ensuite, nous avons des radiofréquences d'un kilohertz jusqu'à 300 mégahertz [signal CPL, ndlr]. Dans cette catégorie, jusqu'à environ 10 mégahertz, nous avons l'obligation de mesurer à part le champ magnétique (en milliampère) et le champ électrique car ils ne sont pas liés de façon physique. Enfin, quand nous arrivons aux hyperfréquences ou micro-ondes, comme le champ électrique et le champ magnétique sont confondus, nous pouvons choisir la valeur que nous voulons soit en watt/m2 soit en volt/m", explique-t-il.

Le Criirem souhaitent que des vérifications soient menées pour s'assurer que les fréquences qui passent sur le CPL ne perturberont pas les appareils électrique et électronique. "La compatibilité électromagnétique, c'est 3,75 micro Tesla ou 3 ampères par mètre", souligne Pierre Le Ruz.

Un rapport de l'Anses d'ici la fin de l'année

D'un point de vue sanitaire, une étude soutenue par l'Association américaine de médecine environnementale (AAEM) a observé quant à elle, en 2013, des symptômes tels que de la fatigue, des maux de têtes, des palpitations ou vertiges. Elle estime que les compteurs intelligents "p[ouvai]ent avoir des caractéristiques propres qui entraînent l'apparition de symptômes à des niveaux d'exposition très faibles".

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a pour sa part été saisie par la Direction générale sur la santé concernant les effets potentiels sur la santé et doit rendre son avis au dernier trimestre de 2016.

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