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Actu-Environnement

''L'ampleur des logements moisis et du retentissement en santé publique est peu connue en France''

L'impact sur la santé de la présence des moisissures dans les bâtiments, est aujourd'hui admis par la communauté scientifique. Pour Actu-environnement.com, le Docteur Fabien Squinazi, Directeur du Laboratoire d'hygiène de la ville de Paris, met l'accent sur un processus principalement lié à l'humidité et sur les moyens de s'en prémunir.

Interview  |  Risques  |    |  Françoise Ascher  |  Actu-Environnement.com
   
''L'ampleur des logements moisis et du retentissement en santé publique est peu connue en France''

   
AE : Quel est précisément le retentissement sur la santé des moisissures dans l'habitat ?
Fabien Squinazi :
En fait, les atteintes à la santé liées aux moisissures peuvent prendre différentes formes allergique, irritative, toxique et infectieuse. Les réactions allergiques touchent essentiellement les bronches et se manifestent par de la toux, des sifflements et de l'asthme. Le nez - avec rhinite ou rhinosinusite - est moins souvent concerné. Pour un enfant, l'existence d'humidité et/ou de moisissures à la maison augmente de 1,5 à 3,5 fois le risque de présenter ces symptômes. Et s'il s'agit d'un enfant à risque d'asthme, l'exposition à des concentrations élevées de moisissures dans la première année de sa vie, peut entraîner des sifflements respiratoires et une toux persistante. Chez l'adulte, la sensibilisation aux moisissures constitue un facteur de risque élevé pour un asthme sévère. D'autres pathologies allergiques plus rares en milieu domestique, ont été décelées. Ce sont des pneumopathies aiguës ou subaiguës pouvant évoluer vers une insuffisance respiratoire chronique de types alvéolites allergiques extrinsèques et aspergillose broncho-pulmonaire allergique.

AE : À quoi attribuer ces effets irritatifs et toxiques ?
FS :
Les effets des moisissures sont liés à leurs composants ou à l'émission de substances chimiques. Partie prenante de la membrane cellulaire des moisissures, les glucanes sont associés à des symptômes respiratoires aigus fébriles qui surviennent quelques heures après l'inhalation massive de particules organiques. Les divers composés organiques volatils émis par les moisissures en croissance (COVm) alliés à des particules fongiques seraient responsables de symptômes d'irritation des yeux, du nez et de la gorge. Quant aux mycotoxines produites par certaines moisissures, elles ont des effets délétères sur les voies respiratoires (exacerbation de l'asthme, infections secondaires), voire des effets généraux. Il faut également signaler le cas particulier de l'aspergillose invasive, une pathologie infectieuse grave qui survient après inhalation massive de spores fongiques chez des patients immunodéprimés en milieu hospitalier, notamment après travaux. À ces patients, il convient de prodiguer des conseils de protection pour éviter leur exposition à domicile.

AE : Quelles sont les causes de la prolifération des moisissures ?
FS :
L'humidité constitue le facteur essentiel nécessaire à cette prolifération. Elle peut provenir de trois sources différentes. Du sol des fondations avec pour origine la nappe phréatique, les eaux d'infiltration ou une fuite de canalisations enterrées. De l'eau hors sol liée à la construction, aux intempéries ou à une fuite de canalisations. Ou encore de l'air intérieur. Par leur métabolisme et leurs activités (lessive, sèche-linge, toilette, cuisine, plantes, aquarium, etc), les occupants représentent la principale source de vapeur d'eau. Et cette eau contenue dans l'air, se condense en surface ou au sein des matériaux poreux. Il est clair que la sur-occupation des locaux, le comportement inadéquat des habitants et/ou leur mode de vie, l'excès d'isolation du logement - calfeutrage des ouvrants, absence d'ouverture régulière des fenêtres, obturation des dispositifs de ventilation, etc - peuvent à plus ou moins long terme, créer des conditions favorables au développement des moisissures. Naturellement nombreuses dans l'air extérieur, les spores de moisissures issues des végétaux et du sol pénètrent facilement à l'intérieur des bâtiments, par les ouvrants, les systèmes de ventilation ou via les occupants des locaux.

AE : Vous avez mentionné les matériaux poreux ?
FS :
Effectivement, la plupart des matériaux de construction et de décoration constituent des supports de choix à ces développements. Surtout si les conditions environnementales de l'environnement intérieur - teneur en eau élevée, nutriments fournis par le matériau lui-même ou par son encrassement, etc - s'avèrent favorables ! Les matériaux susceptibles d'être colonisés par les moisissures sont très nombreux. Il s'agit des murs, peintures, papiers peints, panneaux en plâtre, bois, colle, caoutchouc des cadres de fenêtre. Mais aussi des textiles, tapis, cuir, archives, matériaux cellulosiques, caoutchouc vulcanisé, produits céramiques, papier, plastiques, polyuréthane, plantes, fleurs séchées, etc, ainsi que des systèmes de traitement d'air (filtres, conduits d'air, réservoirs d'eau, humidificateurs). Leur colonisation entraîne le développement de filaments fongiques au sein même du matériau, et la production de divers métabolites. La dégradation des substrats peut s'accompagner de l'émission de substances irritantes et toxiques pour les habitants, ainsi que du relargage de particules fongiques allergisantes ou infectieuses. D'après les nombreuses études réalisées sur cette thématique, seules quelques moisissures - Aspergillus versicolor, Cladosporium sphaerospermum, Penicillium chrysogenum, Ulocladium botrytis, Acremonium strictum et Stachybotrys chartarum – se retrouvent couramment sur les murs et surfaces visiblement contaminés.

AE : Quelle est l'ampleur de ce problème dans l'habitat ?
FS :
En Europe du Nord et en Amérique du Nord, la proportion de bâtiments présentant ce type de développements est estimée entre 20 et 40 %. Au Royaume-Uni, elle est évaluée à 30-45 % du parc immobilier. Ce taux est de l'ordre de 20-25 % aux Pays-Bas, 20-30 % en Finlande, 40 % aux Etats-Unis et 30 % au Canada. Au Danemark, plus de 50 % des écoles et des garderies présentent un développement de moisissures. Toutefois, il est important de noter que la surface des contaminations considérées dans les diverses études réalisées, peut aller de quelques cm2 à des proliférations très étendues ! En France, la campagne menée en 2003-2005 par l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) sur 567 logements tirés au sort et représentatifs de la situation des 24 millions de résidences principales, a révélé que 47 % des logements investigués présentaient un problème d'humidité visible.

AE : Comment déceler le développement de moisissures ?
FS :
Le ressenti d'humidité constitue le signal d'alerte d'un dégât des eaux, d'une imprégnation chronique des murs et/ou d'une insuffisance de ventilation. Liée à l'émission de composés organiques volatils, l'odeur de moisi de l'ambiance intérieure ou des vêtements permet de suspecter une infestation par des moisissures peu visibles (à l'arrière des meubles, sous un matelas, etc). La présence visible de taches de moisi est un signe d'humidité excessive due à des problèmes techniques ou de structure du bâtiment, mais aussi à des comportements individuels. Notons que le risque pour la santé des occupants dépend de plusieurs facteurs. D'abord, de l'importance de la contamination. Dans les publications américaines et canadiennes, il a été proposé d'évaluer la surface totale contaminée comme critère objectif de risque pour la santé. Soit une faible contamination (< 0,3 mètre carré), une contamination moyenne (0,3 – 3 mètres carrés) et une contamination élevée (> 3 mètres carrés). Les caractéristiques qualitatives des moisissures, telles que leurs potentialités allergisantes et/ou toxiques et leurs potentialités émissives, constituent un autre facteur de risque. Lorsqu'elles sont localisées à la hauteur des voies respiratoires, les taches de moisissures créent un facteur aggravant d'exposition aux spores fongiques. Il faut aussi considérer la durée d'exposition dans le logement (cas des personnes âgées) ou dans une chambre aux murs contaminés à proximité du lit, ou encore l'âge et l'état de santé des personnes exposées (jeune enfant, personne âgée, immunodéficience par les médicaments ou par des pathologies).

AE : Quelles solutions préconiser pour remédier à ces problèmes ?
FS :
On a vu que les moisissures peuvent résulter de désordres techniques chroniques ou accidentels liés au bâtiment et/ou du comportement des occupants. Mieux vaut aussi éviter les matériaux propices au développement mycélien ou difficilement nettoyables. L'aération et la ventilation contrôlée des locaux favorisent le renouvellement d'air et donc, l'évacuation de l'humidité produite à l'intérieur. La désinfection ou l'incinération des matériaux contaminés constitue une méthode efficace pour détruire les moisissures. Toutefois, toute source d'humidité locale ou généralisée doit être identifiée et supprimée avant de procéder à l'élimination de la contamination, qu'elle soit active ou en latence. Les surfaces moisies des matériaux non poreux (métaux, verre, plastiques durs) et semi-poreux (bois, béton) se nettoient à l'aide d'un produit détergent, en frottant ou en grattant les surfaces, puis se désinfectent à l'aide d'eau de Javel titrant à 0,26 % ca (1 litre pour 9 litres d'eau froide). Ensuite, il faut bien sécher les matériaux en les exposant au vent ou à la chaleur, et en aérant le local. Les matières poreuses (isolant, plâtre et dérivés) contaminées en surface, doivent être retirées et éliminées. Seules les petites surfaces peuvent être nettoyées et désinfectées par les occupants. Il est recommandé d'utiliser un masque et des vêtements de protection, de porter des gants et des lunettes de sécurité. Quant aux autres surfaces, il est fortement recommandé de faire appel à des professionnels, qui devront à la fois protéger la santé des occupants, leurs opérateurs et l'environnement (mise en dépression, système de filtration type HEPA, fermeture par bâches en plastique, etc). Même si les audits environnementaux pratiqués après demande médicale mettent en évidence le lien entre surfaces fortement contaminées et atteintes respiratoires sévères, on constate que l'ampleur des logements moisis et du retentissement en santé publique est peu connue en France. Sachant que l'humidité est le principal facteur de développement des moisissures, il s'avère essentiel d'informer le public et les professionnels du bâtiment sur les mesures à prendre en termes de prévention et de traitements des espaces intérieurs !


En savoir plus : ''Contaminations fongiques en milieux intérieurs. Diagnostic, Effets sur la santé respiratoire, Conduites à tenir''. Ce rapport produit par un groupe de travail mis en œuvre par le Conseil supérieur d'hygiène publique de France (Septembre 2006), est disponible sur le site : www.sante.gouv.fr

Nota : En 2007, l'Observatoire Régional de Santé d'Ile-de-France a initié une étude épidémiologique avec la participation du LHVP et du CSTB, afin de mieux appréhender le lien entre conditions d'humidité, contamination fongique des habitats et santé des occupants. Parallèlement, le LHVP expérimente différentes méthodologies qualitatives et quantitatives de recherches des moisissures, visant à mieux évaluer l'exposition à l'aérosol fongique.

Réactions3 réactions à cet article

 
Conseillers Médicaux en Environnement Intérieur

Je me permets de préciser que ce type de diagnostic peut-être réalisé par un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI). Cette profession émergente travaille en collaboration avec les médecins pour tenir compte de l'impact de la qualité de l'environnement intérieur (au domicile ou sur les lieux de travail) sur les symptômes ressentis. Les visites à domiciles sont l'occasion de découvrir et d'analyser tous les polluants potentiellement en cause. Les moisissures se retrouvent d'ailleurs fréquemment dans les habitats et constituent une grande partie des demandes de visites.
Une liste des différents CMEI présents en France est disponible sur internet.

cmei-06 | 07 février 2008 à 14h10
 
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Isoler par l'extérieur, VMC DF

Ca tombe bien, les ppales mesures d'économie d'énergie ds le batiment limitent le développement des moisissures !
( C'est ptêt ds l'article, mais c'est pas grave, ce qui est important peut être répété )

Anonyme | 07 février 2008 à 20h20
 
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"l’excès d’isolation du logement" = risque de mo..

étonnant constat que celui-ci, en aucun cas une sur-isolation crée de l'humidité et des moisissures.
Ce qui crée des moisissures c'est l'humidité due à une mauvaise ventilation, ou a des ponts thermiques. Après les gens qui ferment les aérations pour s'isoler vont inévitablement dégrader leur qualité d'air intérieure.
Il faut aussi rappeler que la qualité de l'air est plus mauvaise dans le logement qu'a l'extérieur, en particulier a cause des COV contenus dans les aérosols, et tous les produits hyper manufacturés qui ne servent à rien ...

A j'oubliais, la promotion des matériaux non poreux me semble assez injustifiée, pour ne pas dire pro béton, alors qu'un mur perspirant est trés bénéfique.

stephG | 08 février 2008 à 09h01
 
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