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Accident Lubrizol : ce que les exploitants ont prévu pour dépolluer leur site

Les sociétés Lubrizol et NL Logistique ont présenté en commission de suivi de site les actions de dépollution qu'elles comptent mettre en œuvre. Si la deuxième a stoppé toute exploitation, la première souhaite construire un nouveau bâtiment industriel.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Accident Lubrizol : ce que les exploitants ont prévu pour dépolluer leur site
Actu-Environnement Le Mensuel N°420 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°420
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Que deviennent les sites des deux exploitants dont les installations ont brûlé lors de la catastrophe du 26 septembre 2019 ? On en a une meilleure vision, avec la présentation, le 15 novembre, des opérations de dépollution projetées à l'occasion d'une réunion de la commission de suivi de site (CSS). La société Lubrizol mène de front l'exploitation de son site, dont l'activité a repris progressivement à partir du premier feu vert reçu de la préfecture en décembre 2019, et sa dépollution. Son voisin NL Logistique avait, en revanche, annoncé très tôt après le sinistre qu'il n'exploiterait plus ses installations. Ce qui ne le soustrait pas pour autant à ses obligations de dépollution.

Ces travaux, qui font suite à de premières opérations de remédiation (enlèvement de fûts et de ferrailles, nettoyage des boues, aspiration des fluides, déblaiement des gravats), sont encadrés par deux arrêtés préfectoraux en date du 18 août 2021. Ces textes imposent, pour les deux exploitants, d'achever les travaux de dépollution avant le 1er septembre 2022, mais ils prévoient une possibilité de report sur demande justifiée. Il n'est pas prévu de changement d'usage du site, qui reste dans les deux cas de type industriel, à l'issue de ces travaux.

Excavation des sources de pollution

Pour NL Logistique, l'arrêté prescrit l'excavation des sources de pollution, la gestion des gaz de sols, la réhabilitation des sections de réseaux d'eaux pluviales dégradées, ainsi que l'évacuation de deux cuves aériennes de fioul domestique. L'excavation doit porter sur les sols des zones sinistrées présentant une concentration en hydrocarbures totaux C10-C40 supérieur au seuil de 2 000 mg/kg de matière sèche et ceux dont la concentration en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) est supérieure à 150 mg/kg de matière sèche. Sept spots, ne représentant qu'une très faible surface du site, sont concernés par cette obligation d'excavation.

NL Logistique a indiqué qu'elle choisirait, fin décembre, l'entreprise chargée des travaux de dépollution, qui débuteraient en février. Le logisticien prévoit la dépose de 1 400 m2 de bétons et d'enrobés, l'excavation de 1 870 m3 de terres polluées, puis des travaux de remblaiement. Les travaux comprennent également le remplacement partiel du réseau d'eaux pluviales afin de répondre à la demande préfectorale. L'exploitant annonce aussi des mesures de maîtrise des nuisances liées au chantier (brumisation, terrassement séquencé, bâchage des terres) et de suivi des eaux souterraines et des odeurs.

Troisième phase de remédiation

Pour Lubrizol, l'arrêté impose l'excavation des pollutions en hydrocarbures totaux C10-C40 et en HAP dans les cinq zones concentrant les principaux impacts liés à l'incendie et selon des seuils précisés pour chacune d'elles. « Sur certains points de sondage, les taux de métaux sont colossaux », révèle Christophe Holleville, secrétaire de l'Union des victimes de Lubrizol. Ces zones, qui ne couvrent que 6 % de la zone incendiée, ont été déterminées à partir du plan de gestion remis par l'exploitant à l'issue d'un diagnostic de l'état des sols. « La majeure partie de la zone sinistrée était recouverte de dalles de béton étanches, qui ont donc limité l'impact sur les sols. (…) Les zones contaminées par les résidus de l'incendie sont principalement celles qui présentaient un défaut ou une absence d'étanchéité au moment du sinistre », explique le préfet, Pierre-André Durand, dans un courrier adressé, le 22 septembre 2021, aux présidents des trois associations de défense des victimes de la catastrophe.

 
La majeure partie de la zone sinistrée était recouverte de dalles de béton étanches, qui ont donc limité l'impact sur les sols  
Pierre-André Durand, préfet de Seine-Maritime
 

La société Lubrizol indique avoir commencé, fin octobre, cette troisième phase de remédiation du site qu'elle compte achever fin février 2022. Les premiers travaux consistent à retirer les dalles en béton des bâtiments sinistrés ainsi que les voiries, avant de procéder aux travaux d'excavation, puis à des travaux de terrassement. L'exploitant estime à environ 4 500 m3 le volume de terres à excaver, qui seront « envoyées en centres de traitements biologiques après un tri analytique ». L'arrêté prescrit également la réalisation d'un mémoire de fin de travaux ainsi que des mesures de gestion de sols après l'achèvement des opérations. « On peut considérer l'arrêté préfectoral comme satisfaisant par rapport aux projets retenus, juge Christophe Holleville, mais on va mettre la poussière sous le tapis », ajoute le responsable associatif, compte tenu des pollutions présentes en profondeur.

Durant les phases de travaux, l'industriel explique avoir mis en place des mesures de prévention des nuisances (brumisation, contrôle de la qualité de l'air, du bruit et des odeurs) en conformité avec l'arrêté préfectoral. « Afin de disposer d'un suivi adapté aux enjeux, j'ai demandé à Atmo Normandie d'installer des capteurs autour de la zone du chantier pour surveiller les odeurs et les teneurs en composés organiques volatils (COV), en complément de ce qui pourra être fait par les industriels. Atmo a accepté de déployer ces capteurs dont le coût sera supporté par Lubrizol », précise le préfet Pierre-André Durand. Et d'ajouter : « La Dreal veillera au complet respect des valeurs limites d'impact sanitaire, tout dépassement entraînant nécessairement des suites administratives et pénales. »

« Super greenwashing »

Mais Lubrizol a aussi des projets pour l'avenir. La société s'apprête à déposer un dossier de demande de permis de construire pour un projet comprenant la construction d'un nouveau bâtiment à usage industriel, un bâtiment administratif, ainsi qu'une zone végétalisée de pleine terre. L'impact environnemental sera amélioré par rapport à la situation actuelle, a indiqué son directeur, par « une réduction des déchets liés aux opérations de nettoyage des citernes et une réutilisation des huiles de lavage », de même que par « une réduction des transferts routiers ». La société vient par ailleurs de conclure un accord avec l'école d'ingénieurs UniLaSalle de Rouen pour créer une chaire qui exploitera les données collectées à la suite de l'incendie.

« C'est du super greenwashing. On est à la limite de l'indécence », réagit Christophe Holleville. Et celui-ci de donner un exemple : « On a retiré 6 tonnes de fibrociment des bâtiments qui n'avaient pas totalement brûlé, c'est bien. C'est propre, il ne reste rien. Mais en revanche, les toitures des autres bâtiments n'ont pas été changées. Imaginez ce qui se serait passé si ça avait brûlé de nouveau », s'indigne le responsable associatif.

Réactions1 réaction à cet article

 

La réaction du responsable associatif montre assez bien l'incompréhension du public vis à vis du milieu industriel/professionnel, c'est flagrant sur le dernier paragraphe. L'industriel a réagit en se focalisant sur la pollution que son incident a créé, c'est d'ailleurs ce que le préfet lui a demandé via les arrêtés publiés.
L'asso réagit par rapport à la pollution et le danger global que l'industriel peut créer (autant dire tout et son contraire). Avec une approche telle, il ne faut pas s'étonner que les industries s'en aillent.

nimb | 01 décembre 2021 à 06h39
 
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