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Post-Lubrizol : un plan d'actions à l'épreuve de la réalité

Barbara Pompili et Gérald Darmanin ont détaillé une série de mesures suite à la catastrophe du 26 septembre 2019. Pour améliorer la sécurité industrielle, se pose le défi de leur mise en œuvre sur le terrain.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Post-Lubrizol : un plan d'actions à l'épreuve de la réalité

Un an après l'accident industriel du 26 septembre 2019, les ministres de la Transition écologique et de l'Intérieur ont tenu une conférence de presse à Rouen (Seine-Maritime), suivie d'une rencontre avec les élus et riverains.

Barbara Pompili et Gérald Darmanin ont détaillé « les actions menées depuis un an pour mieux prévenir les risques d'incendie, améliorer l'alerte des populations en cas d'accident et garantir la transparence du contrôle des sites industriels ». Des actions qui, pour la plupart, restent à mettre en œuvre tandis que des associations de collectivités et de protection de l'environnement pointent certaines lacunes.

Inspection systématique des ICPE autour des sites Seveso

La présentation de la ministre de la Transition écologique a principalement consisté à détailler les mesures annoncées en février dernier par son prédécesseur et dont beaucoup sont contenues dans les textes réglementaires mis en consultation durant l'été. Ces textes, qui portent sur les installations Seveso, les entrepôts et le stockage des liquides inflammables et combustibles, seront publiés dans les prochains jours, a annoncé Barbara Pompili. Ils s'appliqueront aux nouvelles installations à compter du 1er janvier 2021 mais aussi aux installations existantes avec des délais de mise en conformité courant jusqu'à 2026.

Ces mesures portent sur un renforcement des prescriptions applicables au stockage de matières dangereuses et une obligation d'inspection systématique de toutes les installations classées (ICPE) dans un rayon de 100 mètres autour d'un site Seveso dans les trois ans qui viennent. On sait que les entrepôts de Normandie Logistique, bien qu'ICPE et jouxtant l'usine Lubrizol classée Seveso seuil haut, étaient passés largement sous les radars de la Dreal.

D'autres exigences portent sur un renforcement des moyens d'extinction des incendies mis à disposition des pompiers. Ceux-ci avaient dû faire appel à des bateaux pompes et mobiliser des sites voisins pour trouver en urgence des émulseurs supplémentaires afin de faire face à l'incendie du 26 septembre 2019. Ces capacités d'extinction passent aussi par l'équipement des entrepôts en sprinklers. Les prescriptions portant sur les installations existantes touchent aussi le gros œuvre, insiste Philippe Prudhon, directeur des affaires techniques de France Chimie. « Dans les prochaines années, la chimie va investir 450 millions d'euros dans la modernisation des entrepôts et des sites de stockage », vante Luc Benoit-Cattin, le président de la fédération des industries chimiques. Soit quelque 90 M€/an sur six ans, sachant toutefois que la profession annonce 300 M€/an d'investissement pour la sécurité en rythme normal.

 
Une véritable culture du risque suppose une éducation (aujourd'hui inexistante) des travailleurs et de la population sur les dangers industriels qui les entourent et leurs conséquences sanitaires et environnementales.  
Notre Maison brûle
 
Afin de développer la « culture du risque », des exercices plus fréquents vont également être prescrits : tous les ans pour les établissements Seveso seuil haut et tous les trois ans pour les seuils bas. Les plans d'opération internes (POI) vont être rendus obligatoires pour ces derniers. « Il faut des exercices réguliers sur tous les sites mais une véritable culture du risque suppose une éducation (aujourd'hui inexistante) des travailleurs et de la population sur les dangers industriels qui les entourent et leurs conséquences sanitaires et environnementales », pointe Notre Maison brûle, plateforme pour une autodéfense populaire face aux dangers industriels.

Publication systématique des résultats de contrôle

Au titre de l'amélioration de la transparence, Barbara Pompili annonce la publication systématique des conclusions des contrôles effectués par l'inspection des installations classées d'ici 2022. Elle annonce aussi un dispositif de « vigilance renforcée » pour les sites faisant l'objet d'accidents réguliers ou de non-conformités : un plan d'actions spécifique sera demandé à l'exploitant et contrôlé par l'inspection des installations classées.

Les exploitants vont devoir pré-identifier, dans les études de dangers, les substances de décomposition qui pourraient être émises durant l'incendie. En cas d'accident, ils devront mettre à disposition des services de contrôle, mais aussi du public sous forme intelligible, les informations sur la nature et les quantités de produits stockés. On se rappelle, là aussi, que de graves retards dans la communication de ces informations avaient été constatés lors de la catastrophe de Rouen.

Le volet sanitaire du plan prévoit une professionnalisation du circuit des prélèvements post-accidentels. « L'Ineris a été mandaté pour professionnaliser le réseau d'intervenants en situation post-accidentelle (Ripa) et apporter un haut niveau de garantie sur les délais de prélèvements, la saisie photographique des conditions de prélèvements, les délais d'acheminement, les délais d'analyse et leur précision », indique le Gouvernement. Ce dernier annonce pour le deuxième semestre 2021 la publication d'un document de référence sur les mesures immédiates à prendre concernant la protection sanitaire des populations. Destiné aux pouvoirs publics, il sera intégré aux plans Orsec et aux plans particuliers d'intervention (PPI).

Le bureau enquête accident bientôt opérationnel

La ministre annonce également un renforcement de la présence des services de l'État sur le terrain mais aussi des moyens d'enquête. Elle affiche l'objectif d'augmenter de 50 % les contrôles sur le terrain d'ici la fin du quinquennat, soit un passage de 18 000 à plus de 25 000 contrôles. Le même objectif avait été annoncé par Élisabeth Borne mais avec une application dès cette année, ce que le président de la commission d'enquête sénatoriale, Hervé Maurey, avait qualifié d'annonce « non sérieuse ».

Le bureau d'enquête accident (BEA) dédié aux risques technologiques sera, quant à lui, opérationnel le mois prochain, a annoncé Jérôme Goellner, son préfigurateur. Il permettra de mener des enquêtes techniques, y compris sur les causes profondes des accidents, prenant en compte les facteurs humains. Ses préconisations seront adressées à l'industriel, à l'Administration et rendues immédiatement publiques, a-t-il précisé.

« Plutôt qu'un bureau d'enquête accident pour les risques technologiques, il aurait mieux fallu une autorité de sûreté indépendante des ICPE qui agisse en amont des accidents et non pas une fois la catastrophe passée », estime Notre Maison brûle. La plateforme reprend là une proposition du président de la mission d'information de l'Assemblée nationale, Christophe Bouillon.

Renforcer les systèmes d'alerte

Le ministre de l'Intérieur a annoncé, quant à lui, un renforcement des dispositifs d'alerte, dont une mission de hauts-fonctionnaires mais aussi l'Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris) avaient pointé la faiblesse.

« Nous allons faire faire un grand pas à notre système d'alerte : le XXe siècle a vu le passage du tocsin à la sirène, le XXIe siècle sera celui du passage de la sirène au téléphone portable », a déclaré Gérald Darmanin. Cette annonce porte sur le déploiement d'ici 2022 d'un nouveau système d'alerte aux populations consistant en l'envoi de SMS sur les téléphones portables, complété par un système de diffusion cellulaire (Cell Broadcast). Ces dispositifs, pour lesquels un budget de 50 millions d'euros a été dégagé, doivent permettre d'informer en temps réel la population de l'évolution de la situation et de délivrer les consignes à suivre. Ces nouveaux canaux d'alerte s'ajouteront aux 2 000 sirènes existantes, qui seront modernisées, à l'activation des médias télévisuels et radiophoniques, ainsi qu'aux réseaux sociaux, a précisé le ministre.

Gérald Darmanin a également annoncé un renforcement de l'alerte en direction des communes et une meilleure anticipation des risques via la mise en œuvre de plans. L'association Amaris salue « des progrès notables » mais déplore l'absence de propositions portant sur la préparation et l'information des riverains en amont des accidents. « Il ne suffira jamais d'inscrire dans la loi et les règlements des obligations de participation à des réunions ou la distribution de prospectus. Le dysfonctionnement patent de la plupart des comités de suivi de site, est en ce sens révélateur de l'échec des mesures jusque-là préconisées en la matière », cingle l'association de collectivités locales. Celle-ci ne semble pas faire grand cas de l'annonce par le Gouvernement d'une mission, confié à des spécialistes des sciences humaines, des universitaires et des journalistes, destinée à moderniser les outils de concertation existants.

« Au-delà des annonces gouvernementales (…), nous espérons que des moyens financiers additionnels seront alloués à la gestion des sites industriels dans le projet de loi de finances 2021, qui sera présenté en conseil des ministres lundi prochain. Sur le terrain, les attentes sont fortes et nous suivrons avec attention la mise en place des mesures à venir », avertit Ginette Vastel, pilote du réseau Risques et impacts industriels de France Nature Environnement (FNE).

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