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Lubrizol : feu vert à une nouvelle demande de redémarrage de l'activité

MAJ le 09/07/2020

Le préfet va signer un arrêté autorisant Lubrizol à redémarrer de nouvelles activités, dont un stockage qui avait été accepté sans évaluation environnementale avant le sinistre. La capacité globale sera toutefois en baisse de plus de 5 000 t.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Lubrizol : feu vert à une nouvelle demande de redémarrage de l'activité

L'autorisation donnée par le préfet à Lubrizol pour augmenter ses capacités en dispense d'évaluation environnementale avait fait grand bruit, une fois celle-ci connue après la catastrophe du 26 septembre 2019.

L'exploitant avait fait deux demandes successives en janvier et en juin 2019. La première concernait « une réorganisation du stockage sur le site, sans augmentation de quantités autorisées et sans lien avec les bâtiments incendiés », assure la mission de hauts-fonctionnaires, dont le rapport a été publié début mars. La deuxième « n'était pas mise en œuvre au jour de l'incendie », précise le document.

Malgré le sinistre, l'exploitant n'avait pas abandonné cette demande et le préfet s'apprête à lui donner satisfaction sur ce point. En effet, après l'avis favorable délivré mardi 7 juillet par le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst), le représentant de l'État s'apprête à signer un nouvel arrêté de réouverture de l'usine Lubrizol.

600 tonnes de produits inflammables ou dangereux pour l'environnement

Cet arrêté porte sur des équipements supplémentaires dans un atelier de mélange de produits déjà rouvert, sur un atelier de synthèse de dispersants, les utilités et stockage de base nécessaires au fonctionnement de ces deux ateliers, ainsi que sur la mise en service de « la zone ISO conteneurs », indique la préfecture dans un communiqué. Or, cette zone « ISO conteneurs » correspond bien à celle qui avait été autorisée par le préfet en juillet 2019, confirme Lubrizol contactée par Actu-Environnement. « Cette demande d'autorisation concerne les mêmes types de produits, les mêmes rubriques et les mêmes quantités que notre demande initiale », confirme l'exploitant, qui précise qu'elle ne porte pas sur la zone sinistrée.

La demande, autorisée avant le sinistre en dispense d'évaluation environnementale, portait sur le stockage de 240 ISO conteneurs, des récipients de stockage destinés à être manutentionnés, d'une capacité totale de 4 800 tonnes. L'augmentation de capacité portait notamment sur 600 tonnes de produits classés inflammables ou dangereux pour l'environnement aquatique. La motivation, qui avait alors été avancée par l'exploitant, était celle de réduire les coûts liés au stockage des conteneurs jusque-là réalisé sur le port du Havre, puis dans une entreprise de stockage.

"Le fait d'ouvrir une nouvelle zone de stockage ne se traduit pas, dans le cas présent, par une augmentation de la capacité de stockage globale du site, qui est au contraire en diminution sensible. Elle permet simplement de mieux répartir les zones de stockage", tient toutefois à préciser le cabinet du préfet. Ce dernier annonce une diminution globale des capacités de stockage de produits conditionnés de plus de 5 000 tonnes par rapport à la situation antérieure au sinistre. "Les zones de stockages autorisées sont beaucoup plus réduites et désormais réparties sur l'ensemble du site afin d'éviter le phénomène de concentration et de masse en cas de départ de feu", indique la préfecture. Les produits combustibles ou inflammables ne seront plus stockés en grands récipients pour vrac (GRV) et les ISO conteneurs, dont la zone a été redimensionnée, sont "beaucoup plus sécurisés en cas d'incendie", ajoute-t-elle.

« Rien de tangible n'a apparemment été fait »

Le 13 décembre dernier, le préfet avait déjà signé un arrêté de réouverture portant sur deux ateliers et les utilités et stockages qui leur sont associés. Cette réouverture s'accompagne d'une réduction drastique des stockages de produits finis conditionnés et des matières premières et ne concerne pas la zone sinistrée, avait indiqué le représentant de l'État.

Avant signature par le préfet, le projet d'arrêté-cadre « dont les exigences sont supérieures à la réglementation en vigueur (sic) » est adressé à l'exploitant afin qu'il fasse part de ses éventuelles observations. Il sera également présenté au comité pour la transparence et le dialogue lors de sa réunion du vendredi 10 juillet.

 
Depuis le 26 septembre 2019, rien de tangible n'a apparemment été fait ni ne semble prévu à court terme par l'État pour améliorer l'alerte et l'information des habitants, autrement que par les sirènes déjà en place  
Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen
 
Cette réouverture complémentaire intervient alors que l'association agréée pour la qualité de l'air, Atmo Normandie, fait état, depuis trois jours, de nombreux témoignages d'odeurs gênantes d'hydrocarbures et de symptômes sanitaires associés, de type maux de tête ou nausées. Ces nuisances coïncident avec le début du démantèlement par Lubrizol du bâtiment principal sinistré le 26 septembre. « La combinaison des travaux de remédiation en cours sur le site de l'usine Lubrizol (…) avec les conditions météorologiques actuelles (…) provoque un risque d'odeurs persistantes dans le secteur Sud et Est autour de Rouen », avait annoncé la préfecture le 6 juillet.

Si le Coderst s'est prononcé de façon majoritaire pour l'extension de la réouverture partielle du site, plusieurs associations et élus se sont toutefois positionnés contre. C'est le cas du nouveau maire socialiste de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, et de son homologue du Petit-Quevilly Charlotte Goujon. « Depuis le 26 septembre 2019, rien de tangible n'a apparemment été fait ni ne semble prévu à court terme par l'État pour améliorer l'alerte et l'information des habitants, autrement que par les sirènes déjà en place », pointe notamment le premier édile de la capitale normande. « Il faudrait (…) se prononcer sur le redémarrage de l'usine, alors que les nouvelles dispositions règlementaires de sécurité industrielle ne sont pas adoptées et sont toujours en consultation publique ?», interroge aussi M. Mayer-Rossignol, tandis que les projets de textes viennent en effet juste d'être dévoilés.

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