En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Incendie de l'usine Lubrizol : le suivi sanitaire et environnemental se précise

Alors que la surveillance des effets aigus se poursuit, les Autorités élaborent le suivi sanitaire de la population exposée à moyen et à long termes, détaille Santé publique France. Un dispositif calibré sur les prélèvements environnementaux réalisés.

Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Incendie de l'usine Lubrizol : le suivi sanitaire et environnemental se précise

Plus d'un mois après l'incendie de l'usine chimique de Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), la surveillance sanitaire, mise en place par l'agence nationale Santé publique France, va se poursuivre dans l'agglomération rouennaise et dans la région Hauts-de-France touchées par le panache de fumées. Ce jeudi 7 novembre, devant la commission d'enquête du Sénat, Martial Mettendorff, directeur général adjoint de Santé publique France, a précisé les actions des agences publiques pour mesurer l'impact « éventuel, à moyen et long termes » de l'incident, sur l'environnement et la santé de la population exposée. La veille, le 6 novembre, la préfecture de la Seine-Maritime a mis en ligne, sur son site, la synthèse des résultats d'analyses et des recommandations sanitaires mises en oeuvre par les autorités, suite à l'accident industriel survenu le 26 septembre.

Les craintes restent fortes chez les Rouennais sur les risques sanitaires engendrés par la fumée et les suies lors de l'incendie sur le site Seveso seuil haut. Le panache de fumées, long de 22 km, a traversé la Normandie et une partie des Hauts-de-France. Au total, 9 050 tonnes de produits stockés, contenant des hydrocarbures, ont brûlé, dans une partie de l'usine Lubrizol et dans les bâtiments de l'entreprise voisine Normandie Logistique.

Les habitants et les sénateurs s'interrogent sur l'effet cocktail des produits dangereux qui ont brûlé et réclament plus de transparence de l'État sur les conséquences de cet incendie. Le sinistre avait conduit le ministère de l'Agriculture à suspendre la commercialisation de l'ensemble des productions agricoles dans une zone couvrant 216 communes dans cinq départements. Ces restrictions ont été levées le 14 octobre pour les produits laitiers et le 18 octobre pour le reste des productions, malgré certaines réserves de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

L'exposition aiguë a eu un « impact faible » sur la santé

Sur l'aspect environnemental et sanitaire, les agences officielles ont, depuis l'incendie, réalisé des prélèvements (dans l'eau, dans l'air, dans les sols et dans les produits agricoles) et ont conclu, à ce stade, à une absence de risques « aigus » pour les riverains. Ces analyses sont rassurantes, alors que des Rouennais inquiets ont lancé leurs propres analyses pour connaître l'étendue de la pollution. Des mères de famille ont fait examiner leur lait maternel montrant, cette semaine, la présence d'hydrocarbures.« Compte-tenu des informations (analyses dans l'environnement, effets sanitaires de court terme) connues à ce jour, il n'y a pas de suivi médical spécifique à mettre en place au sein de la population concernée et aucun examen biologique n'est recommandé, en dehors des personnels qui sont directement intervenus sur le site à l'occasion de l'accident », estime l'agence de santé. De même, « il n'y a aucune contre-indication à poursuivre l'allaitement maternel », assure-t-elle.

Santé publique France a publié les résultats de la surveillance sanitaire, mise en place avec les agences régionales de santé (ARS), pour détecter d'éventuelles augmentations des recours aux soins d'urgence, après l'incendie. « Dès le 26 septembre, Santé publique France a activé son système de surveillance des syndromes [post-accident, ndlr] », a rappelé Martial Mettendorff, le directeur général adjoint, devant les sénateurs. Ce dispositif vise à connaître l'impact aigu sur la population. « Chaque jour, un point de surveillance de la situation est réalisé », a-t-il ajouté, en soulignant la poursuite du dispositif dans l'agglomération rouennaise et dans les Hauts-de-France. En Normandie, « le relevé quotidien du nombre de passages aux urgences montre que l'activité en lien avec cet évènement (déclaration) est désormais quasi nulle », a indiqué la préfecture.

L'exposition aiguë de la population a eu un « impact faible » sur la santé, a déclaré, le 7 novembre, Roger Genet, directeur de l'Anses, auditionné par la mission d'information de l'Assemblée nationale. « L'impact sur les populations va se juger sur les risques chroniques, plus que sur des risques aigus dans cet accident », a ajouté M. Genet.

Une vaste enquête sanitaire lancée auprès de la population touchée

Pour mesurer l'impact sur la santé à moyen et long terme, Santé publique France va mettre en place un suivi de la population en plusieurs volets, a détaillé Martial Mettendorff.

En premier lieu, l'agence va lancer, à compter de mars 2020, une enquête de santé « dite déclarative » qui sera menée par questionnaire, sur un échantillon de la population (adultes et enfants) ayant été exposée à des fumées ou des suies. L'enquête concernera les 215 communes qui se sont retrouvées sous le panache de fumée. Elle aura pour objectif de mesurer l'impact de l'incendie, en termes de nuisances (visuelles, olfactives) et de symptômes ressentis, d'impact sur la qualité de vie, et de conséquences psychologiques et sociales. « On est dans le post-traumatique, il faut aussi prendre en compte les troubles anxieux et les troubles du sommeil et pouvoir (les) mesurer », a souligné M. Mettendorff. Cette enquête, qui interviendra six mois après l'incendie, est jugée tardive pour les riverains et les sénateurs de la commission. Martial Mettendorff a justifié ce délai en indiquant qu'il fallait d'abord établir le protocole de l'enquête que l'agence souhaite élaborer « dans une démarche participative avec les représentants de la population ». Cette « vaste étude » nécessite aussi de mobiliser des effectifs supplémentaires pour l'engager, et de recueillir l'avis du Comité de protection des personnes et de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. « On a des délais incompressibles de mise en place et de validation de protocoles par les comités », a indiqué M. Mettendorff.

En deuxième lieu, à partir du système national des données de santé, des indicateurs de santé, en lien avec les effets généraux et spécifiques à l'incendie, seront analysés par Santé publique France. « Dès à présent, on est capable de bâtir des indicateurs de santé pour monitorer sur le suivi cardio-vasculaire, mais aussi sur la santé mentale de la population. De même, on pourra observer les données de consommation de soins », a expliqué M. Mettendorff.

En troisième lieu, un suivi spécifique des travailleurs, « particulièrement exposés notamment ceux qui sont intervenus sur le foyer et en proximité immédiate », permettra aussi d'évaluer, sur le long terme, les conséquences de l'incendie. Le suivi de la santé des professionnels exposés se fera avec les services de médecines du travail et l'ARS.

La poursuite des mesures des polluants dans l'environnement

 
On est dans le post-traumatique, il faut aussi prendre en compte les troubles anxieux et les troubles du sommeil et pouvoir (les) mesurer.  
Martial Mettendorff
 
Enfin, des prélèvements sanguins et d'urines de la population exposée, pourront être menés par Santé publique France, en fonction des résultats des analyses des polluants présents dans l'environnement « Si les résultats des prélèvements environnementaux montrent des zones contaminées à certaines substances toxiques suite au passage du panache de l'incendie, ces résultats serviront à définir dans quelles zones et pour quelles substances, les études de biosurveillance (recherche des substances ou de leurs dérivés dans l'organisme) doivent être réalisées », explique l'agence.

L'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) et l'Anses ont recommandé un plan d'investigation large, avec des prélèvements environnementaux dans de nombreux secteurs. L'enquête environnementale est financée par les exploitants Lubrizol et Normandie Logistique. Elle vise à détecter des polluants, même à dose faible et très faible. Les résultats des prélèvements environnementaux sont attendus début 2020. Les prélèvements dans les sols permettront de mesurer l'impact sur le milieu en ce qui concerne les métaux, les dioxines et les furanes.

« Les substances, émises par l'incendie et recommandées en termes de suivi par l'Ineris et l'Anses, sont des substances qui peuvent être trouvées de façon ubiquitaire dans l'environnement, comme les dioxines-furanes émises lors de processus de combustion. De même, les métaux peuvent être présents de façon anthropique et naturelle dans l'environnement. On a des circonstances multiples de présence de ces polluants dans l'environnement. Nous avons besoin d'une connaissance des substances potentiellement émises pour déterminer l'impact de l'incendie », a précisé Sébastien Denis, directeur de la direction Santé et Environnement à Santé Publique France, auditionné par le Sénat. « On travaille sur des substances qui ont des effets à long terme sur des pathologies chroniques, comme les dioxines-furanes qui ont des propriétés de cancérogénicité avérée », a-t-il ajouté.

Par contre, « il est difficile, aujourd'hui, de prédire dans trente ans l'incidence de cancers dans les populations qui auraient été exposées au panache de l'incendie », a souligné Sébastien Denis.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager