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Un manifeste pour le respect et la défense des savoirs traditionnels

Le Manifeste pour l'avenir des systèmes de connaissance, lancé à l'Unesco, défend le respect de la souveraineté des connaissances traditionnelles. Ce texte, rédigé par des personnalités du monde entier, appelle à un changement de paradigme.

Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Un manifeste pour le respect et la défense des savoirs traditionnels
© Kirsty Pargeter
   
Le monde contemporain est encore profondément influencé par la révolution intellectuelle des Lumières. Cette période a notamment marqué le passage de l'obscurantisme à la ''connaissance rationnelle'' et donné à l'homme une véritable foi dans le progrès. Dès lors, la science et la technique sont pour lui le moyen de se détacher de la nature et plus encore, de la maîtriser. Certains penseurs défendent même l'idée d'une opposition entre nature et culture.

C'est pour proposer un autre paradigme que celui qui domine les sociétés occidentales actuellement que le Manifeste pour l'avenir des systèmes de connaissance a été lancé. ''Le monde regorge de connaissances multiples, très approfondies mais souvent ignorées. Ces systèmes de connaissance traditionnels jouent pourtant un rôle essentiel. Il nous faut sortir de notre ethnocentrisme et de l' ''occidentalocentrisme'' ambiant pour apprendre de ces savoirs'', analyse Walter Erdelen, vice directeur général pour les Sciences naturelles à l'Unesco, lors de la conférence de lancement du Manifeste pour l'avenir des systèmes de connaissance. Le texte, promu par Vandana Shiva, écrivaine, physicienne et figure du courant altermondialiste, et Claudio Martini, président du gouvernement de la région Toscane (Italie), a été signé par de nombreux universitaires et personnalités du monde entier.

Se défaire du paradigme dominant

Le texte défend une autre manière de penser le monde : ''la crise actuelle est liée à une idée démodée du monde et du savoir'', analyse Vandana Shiva.
''Notre civilisation techno scientifique a transformé l'homme en une machine contrainte à consommer, explicite Danielle Mitterrand, présidente de France Libertés. Nous devons retourner au principe de frugalité. Claude Levi Strauss, récemment disparu, dénonçait l'occidentalisme triomphant. Cet homme nous a montré qu'il n'y avait pas de hiérarchie entre les cultures, que les autres n'étaient pas inférieures à la nôtre sous prétexte qu'elles n'étaient pas parvenues au progrès, à notre progrès. La soi-disant avance de la culture occidentale est mesurée par rapport à nos propres critères. Notre foi dans le progrès nous a conduit à un pillage insensé de la planète, à une rupture de l'équilibre naturel… L'humanisme n'est pas le résultat de la technologie et du progrès, l'humanisme c'est la reconnaissance de la diversité des cultures''.
Un point de vue partagé par José Gualinga, représentant du peuple Kichwa de Sarayaki, en Amazonie équatorienne : ''le système dominant a toujours cherché à hiérarchiser et classer les savoirs indigènes. La science a de tout temps voulu avoir raison, nous avons dû combattre cette manière de voir les choses. La modernisation des sociétés a supposé des changements pour améliorer notre vie. L'effet a été contraire, cela a détruit les bases de ce qui nous était nécessaire. Nous ne comprenons pas cette idée qui consiste à détruire pour atteindre quelque chose''.

Apprendre des savoirs ancestraux

Au contraire, les auteurs du Manifeste luttent contre une uniformité de la pensée et appellent à apprendre des différentes cultures qui ont su s'adapter, évoluer avec leur environnement. ''Le savoir traditionnel et indigène a été exclu et est encore méprisé de nos jours. Pourtant, l'idée que certaines personnes (les experts) détiennent le savoir et que le reste de la population ne sait rien est dépassée. Nous ne croyons plus au fait que les experts vont apporter la solution à la crise'', estime Vandana Shiva. Qui mieux qu'un agriculteur qui observe quotidiennement ses semences connaît les problèmes qui y sont liés ? Sans renier l'apport de la science actuelle, les auteurs du texte estiment que les savoirs traditionnels doivent être intégrés à la connaissance scientifique.
''Au moment où les discussions internationales sur le climat nous poussent au pessimisme, les savoirs locaux nous donnent des raisons d'être optimistes. Les Inuits vivent dans un milieu hostile et se transmettent leurs connaissances de génération en génération. Dans les îles Salomon, les villageois savent se protéger de violents ouragans, des tsunamis. Lors des dernières intempéries dans ces îles du Pacifique, alors que l'on craignait tous un désastre humain, il n'y a pas eu une seule victime''.

Protéger le savoir traditionnel

Preuve de la valeur des savoirs ancestraux ? L'appropriation de ces connaissances par des sociétés commerciales… La biopiraterie est d'ailleurs dénoncée par les auteurs du manifeste.
''Tout au long du processus de modernisation, les peuples indigènes ont souffert. On a violé nos droits, nos libertés. On nous a exclu et aujourd'hui on prend nos savoirs pour en tirer profit. Le système actuel a fait que les entreprises ont des droits, les peuples comme nous, la nature n'en ont pas. La nature est pillée, nos savoirs sont appropriés par d'autres'', dénonce José Gualinga.
Vandana Shiva précise : ''aujourd'hui près de 730 brevets sont dans les mains de cinq entreprises, qui privatisent des connaissances traditionnelles. Il faut défendre les savoirs ancestraux comme un bien public. Les peuples doivent pouvoir conserver le droit d'utiliser leurs connaissances''.

Réactions11 réactions à cet article

 
soyons attentifs auxsavoirs taditionnels et locaux

Très bonne initiative de l'UNESCO...mais maintenant comment réagir à cette "brevetisation" du vivant ?

peonia | 17 novembre 2009 à 10h43
 
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biodiversité/diversité culturelle

Bonjour à tous, cet article me touche jusqu'au fond de mes entrailles. Anthropologue, au chômage, que la société de consommation et technicienne rejette, l'humain, jusqu'à l'intérieur de nos sociétés. Alors quelle importance peut bien avoir un indien que l'on spolie, voire jusqu'à l'ethnocide invisible ? L'avenir de notre monde terrestre repose sur les savoirs ancestraux dont aucun texte ne porte la trace, sans compter aux textes qui pourraient en rendre compte, de leur mésinterprétation.

indigène | 17 novembre 2009 à 11h48
 
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Re:soyons attentifs auxsavoirs taditionnels et loc

je dirais même plus : Mes Grand-Parents utilisait des techniques ancestrale dans leur potager (décoction d'ortie et de prèle...) et le potager servait à nourrir toute la famille.
Que reste-t-il du droit à la transmission de ce savoir aujourd'hui?

DuNerf | 17 novembre 2009 à 21h39
 
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Comment réagir à la brevetisation

La conférence de Copenhague doit prendre en compte ce problème et déclarer illégale les cinq entreprises qui s'approprient les savoirs et les espèces qui appartiennent au patrimoine mondial. Une condamnation doit être prononcée à leur encontre et le fruit de l'amende devra soutenir des action en faveur de la biodiversité.

Clavreul | 19 novembre 2009 à 08h46
 
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un lien egalement avec la diversité linguistique

Bonjour,

Il ne faut pas oublier non plus comme le font bien trop souvent les français les savoirs d'ici, des differents peuple qui composent la france et des diverses langues egalement. Ici l'ont parlent que d'exotisme et d'indiens, mais il faut respecter egalement les cultures, langues et savoirs qui sont sur le territoire de l'etat français...

visant | 19 novembre 2009 à 09h25
 
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Re:Re:soyons attentifs auxsavoirs taditionnels et

Tout à fait d'accord : moi-même j'utilise ces procédés dans la mesure de mes connaissances.
D'autre part, il faut au maximum conserver les semences traditionnelles plutôt que de racheter des graines enrobées d'une peliicule verte ! Je possède encore des espèces de haricots que nous semons depuis plus de 40 ans.

Chris19 | 19 novembre 2009 à 10h30
 
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Savoir Indigène

Quelles sont alors les mécanismes qui permettent de donner du poids à ces façons de vivre plus proches de la nature? comment propager cette façon de voir les choses si aucune grande politique ne met ce sujet en avant?

Maikov Dumas | 19 novembre 2009 à 11h35
 
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diapason

historien des techniques, je pense que la technique doit et peut s'inscrire dans le respect de la nature. Elle doit libérer l'homme non l'inscrire dans un système d'esclavage lié au pouvoir quelqu'il soit.

zen | 19 novembre 2009 à 21h13
 
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Re:biodiversité/diversité culturelle

Salut à toi,pour ce qui est du parcours, je suis moi aussi un sociologue en retraite très anticipée, plus ou moins rejeté ou bien me suis je mis à l'écart moi même?
Trève d'épandage de craintes et de remords, passons au positif: de quels textes n'éxistant plus parles tu? Je veux dire: crois tu que nous sommes déja tellement dégénérés pour ne plus arrivé à "cultiver notre jardin"(ils parlent dans l'article des "lumières", parlons en)? En essayant, en tatônnant, en regroupant les textes et techniques connues par des personnes qui n'ont pas encore abandonnées les techniques de production viable pour l'ensemble de l'écosystème alentour, n'est il pas posible de construire des lieux différents?
Cela passe par un changement de point de vue et de vie, mais ce doit être faisable, cré vingt dieux!!

kwane | 24 novembre 2009 à 09h43
 
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L'afrique et le monde dit sous développé réhabili.

l'initiative du manifeste pour le respect des savoirs populaire par l'UNESCO est une réparation bienvenue pour les africains du sud du Sahara dont la civilisation coloniale a usurpé le droit d'être une autre civilisation dans le sens de la richesse de l'humanité.
La crainte est que telle reconnaissance arrive peut être trop tard, les siècles de domination et l'émergence technologique ayant uniformisé les savoirs qui ont des lors cessé d'être particulière pour se faire universelles , selon la force civilisatice des plus forts
désespoir

FLK | 24 novembre 2009 à 15h56
 
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Les savoirs

Bel article. Merci

thomascalmet | 25 novembre 2009 à 10h03
 
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