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Le marché de la dépollution des sols a le vent en poupe

Touché par la crise sanitaire, le secteur de la dépollution a fortement rebondi en 2021 et sa croissance devrait rester forte jusqu'en 2025. Mais cette progression devrait surtout profiter aux leaders du marché, estime une étude Xerfi.

Aménagement  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Le marché de la dépollution des sols a le vent en poupe

En 2019, le groupe Xerfi avait annoncé un ralentissement de la croissance de l'activité de dépollution des sols. C'est finalement à une baisse de l'activité à laquelle on a assisté en 2020 du fait de la crise sanitaire. Ainsi, les sociétés adhérentes (ingénierie et travaux) de l'Union des professionnels de la dépollution des sites (UPDS) ont réalisé un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros (M€) en 2020, en baisse de 3 % par rapport à 2019. Ce chiffre est très nettement reparti à la hausse en 2021, à 537 M€, soit une croissance de 7,4 % par rapport à l'année précédente. « C'est pour beaucoup du rattrapage de ce qui n'a pas été fait pendant le Covid », tempère toutefois Christel de La Hougue, déléguée générale de l'UPDS.

Xerfi, qui a publié le 14 juin une nouvelle étude, consacrée au « Business Models des acteurs de la dépollution des sols face à la croissance du marché », fait, de son côté, état d'une croissance de 15 % en 2021 sur le panel de dépollueurs qu'il a constitué. Et cette croissance ne devrait pas s'arrêter là, à en croire la société d'études, même si elle devrait être moins forte. Selon ses estimations, « le revenu des acteurs grimpera de 8 % en 2022 avant de s'installer dans un sentier de croissance de 6 % par an en moyenne d'ici à 2025 ».

Soutien financier et réglementaire

 
C'est pour beaucoup du rattrapage de ce qui n'a pas été fait pendant le Covid  
Christel de La Hougue, déléguée générale de l'UPDS
 
Les raisons de cette phase de croissance marquée ? En premier lieu, la politique de lutte contre l'artificialisation des sols du gouvernement qui donne la priorité à la requalification des friches industrielles, avec un soutien financier « massif », à travers le Fonds friches doté d'une enveloppe de 750 M€ sur 2021-2022 et l'appel à manifestation d'intérêt « Démonstrateurs de la ville durable » doté de 305 M€. En second lieu, « le cadre réglementaire qui apparaissait déjà très favorable a encore été renforcé sur la période récente », expliquent les auteurs de l'étude. Ce renforcement résulte des nouvelles attestations à produire dans le cadre de la cessation d'activité des installations classées (ICPE) mises en place par la loi Asap, de l'élargissement du périmètre des secteurs d'information sur les sols (SIS) et de la possibilité de transférer la responsabilité d'un tiers-demandeur à un autre. « La hausse jusqu'en 2025 sera en partie liée aux fonds dédiés aux sites et sols pollués du plan de relance. Par ailleurs, le métier est, et devrait être, largement porté par les réglementations, et projets de réglementation, et par l'apparition de polluants émergents », confirme Christel de La Hougue, pour l'UPDS.

Le probable ralentissement de la croissance prévu par Xerfi sera dû à la décélération du marché de la construction du fait de la pénurie de main-d'œuvre, des délais de livraison et des hausses du coût des matières premières. « Attention aux mutations économiques en cours associées notamment au contexte international », alerte aussi Mme de La Hougue.

« Reste à régler la dépendance aux techniques d'excavation qui pose problème en matière d'objectifs de protection de l'environnement », pointe par ailleurs Olivier Lemesle, directeur d'études chez Xerfi. Selon une étude de l'Ademe et d'Ernst & Young citée par les auteurs, 70 % des terres excavées étaient gérées hors site et dirigées vers des installations de stockage en 2014, souvent à l'étranger (Pays-Bas, Allemagne, Belgique). « La dépendance à ces techniques apparaît difficile à enrayer », estime toutefois Xerfi, malgré la possibilité de faire sortir les terres excavées du statut de déchet. L'excavation présente, en effet, de nombreux avantages pour les professionnels de la dépollution des sites : facilité en termes de gestion de projet, notamment du fait du gain de temps, meilleure réponse technique à certains types de pollution (HAP, pollutions anciennes, nappes superficielles sur sites) ou aux contraintes physiques de certains sites.

Polarisation croissante du marché

Quant aux types d'opérateurs qui s'en sortiront le mieux, il s'agit clairement des gros, selon Xerfi. L'arrêté du 9 février 2022, qui redéfinit le référentiel de certification en matière de sites et sols pollués (SSP) pour les entreprises réalisant les différentes attestations (Attes) issues des lois Alur et Asap, écarte en effet les petits opérateurs. « Il donne encore plus de poids à un système de certification mal conçu, en place depuis 2011, favorisant intrin-sèquement les grosses structures (…), avec en parallèle une volonté implicite (…) d'empêcher de nouveaux arrivants nationaux ou internationaux sur le marché SSP en France », dénonce l'Union des consultants et ingénieurs en environnement (UCIE) dans un article publié, en mars dernier, sur le blog d'Actu-Environnement.

« Alors qu'ils bénéficiaient déjà d'avantages considérables pour s'imposer sur le marché, le statu quo sur la certification laisse d'autant plus le champ libre aux leaders pour accaparer la croissance à venir et conduira à une polarisation croissante du marché », confirme Xerfi. « Deux grands profils dominent : les géants du BTP (Vinci, Bouygues, Eiffage…), pour lesquels cette activité est un préalable à la réalisation d'infrastructures ou de projets immobiliers, et les groupes de services environnementaux (Suez, Séché Environnement, Veolia), opérateurs historiques et experts dans les domaines de l'assainissement de l'eau et dans la gestion des déchets », analyse Olivier Lemesle.

Minorité d'acteurs spécialisés

C'est finalement une minorité d'acteurs qui est spécialisée dans la dépollution des sols, estime ce dernier. Parmi ceux-ci figurent plusieurs acteurs ambitieux, comme Valgo, qui a ouvert son capital au fonds Tikehau, Ortec, qui a racheté Soléo Services, ou encore Englobe. « Les plateformes d'investissement spécialisées telles que Brownfields et Ginkgo disposent d'atouts considérables dans la conquête du marché », estiment également les auteurs de l'étude. Et ce, du fait de capacités d'investissement massives leur permettant de « préempter les fonciers les plus intéressants à valoriser ».

« C'est dans l'amont de la filière (diagnostic et ingénierie) que les pressions concurrentielles sont les plus prégnantes, mettant aux prises un grand nombre de bureaux d'études locaux, régionaux ou nationaux. Dans les travaux de dépollution, la compétition est moins sévère », estime Olivier Lemesle. Pour celui-ci, les priorités stratégiques des acteurs se situent, par conséquent, dans un enrichissement de la palette de compétences face à la multiplicité des problématiques de dépollution soulevées par les donneurs d'ordres, la raréfaction des sols ou encore le traitement des polluants émergents.

Christel de La Hougue distingue également les études, où la polarisation est moins évidente même si on assiste à une consolidation entre acteurs du marché initial, et les travaux, où cette polarisation est réelle du fait de la maturité du marché et des rachats-fusions. « Il existe aussi beaucoup de petites structures qui se créent en études et en travaux », nuance toutefois la déléguée générale de l'UPDS. « Nous sommes également vigilants à ce que les travaux ne soient pas réalisés par des sociétés moins, voire non, spécialisées, qui ont tendance à prendre de plus en plus de parts de marché, car ce serait prendre un risque en termes de qualité et peut-être, à terme, de santé publique… », prévient la représentante de l'organisation professionnelle.

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