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Marseille : des taux anormalement élevés de chrome VI dans les eaux souterraines

Depuis 2013, les nappes phréatiques du quartier Saint-Louis, à Marseille, sont polluées au chrome VI. Associations et représentants politiques s'inquiètent aujourd'hui des risques sanitaires.

Eau  |    |  Hortense Chauvin Actu-Environnement.com
Marseille : des taux anormalement élevés de chrome VI dans les eaux souterraines

Pendant six ans, les 9 000 habitants du quartier Saint-Louis, à Marseille, ont vécu sans savoir que les nappes phréatiques de leur territoire étaient polluées par du chrome hexavalent, également connu sous le nom de chrome VI. Contrairement au chrome III, abondement présent dans la croûte terrestre, le chrome VI provient généralement de rejets industriels. Il est classé comme agent cancérogène pour l'homme par inhalation. Par voie orale, il peut s'avérer toxique pour l'estomac, le foie, les reins et les cellules sanguines.

Une pollution connue de longue date

La situation était pourtant connue des autorités depuis plusieurs années. La présence de chrome dans les eaux souterraines du quartier avait été signalée pour la première fois en septembre 2013 par les services d'assainissement locaux. À peine quelques mois plus tard, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) avait pu identifier la source de la pollution : la fuite d'une cuve de l'usine Protec Métaux d'Arenc, spécialisée dans les traitements de surface et la peinture pour l'aéronautique. L'entreprise avait été condamnée en 2014, et sommée de remplacer toutes les cuves enterrées par des installations extérieures.

À l'époque, le taux de chrome mesuré dans les eaux souterraines à 400 mètres de l'usine s'élevait à 127 mg/l, soit plus de mille fois la valeur limite de concentration autorisée dans les effluents de sortie des installations classées pour la protection de l'environnement (IPCE), fixée à 0,1 mg/l. Alerté par la situation, le préfet avait appelé la mairie, en 2015, à mettre en place une restriction d'usage des eaux de puits. Restriction d'usage qui ne sera mise en place qu'en mars 2019, soit six ans après le premier signalement. Les habitants, pour leur part, n'ont appris l'existence de cette pollution qu'en novembre 2019, par le biais d'un courrier de la Dreal.

« Grande carence de la mairie »

Cette alerte tardive a provoqué la colère des riverains. Stéphane Coppey, président de France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, dénonce la « grande carence » de la mairie, qui n'a pas su réagir assez vite aux multiples alertes de la Dreal et de la préfecture.

« Rien n'a été fait et on peut être inquiet, voire angoissé, sur la santé des habitants », renchérit le député écologiste François-Michel Lambert, alarmé à l'idée que les habitants du quartier Saint-Louis aient été laissés dans l'ignorance, et donc potentiellement exposés au chrome VI pendant six ans.

 
La présence de chrome dans les eaux souterraines du quartier avait été signalée pour la première fois en septembre 2013 par les services d'assainissement locaux.  
 
Même si les eaux souterraines ne sont pas destinées à la consommation humaine, elles peuvent en effet être utilisées pour le remplissage des piscines ou l'arrosage des végétaux via les puits. Quinze puits ont d'ores et déjà été recensés dans le quartier. La situation est d'autant plus préoccupante que la pollution au chrome VI des eaux souterraines attenantes à l'usine semble avoir persisté malgré les mesures mises en place par Protec Métaux d'Arenc pour mettre aux normes ses capacités de stockage. En 2017, quatre ans après la découverte de la pollution, le taux de chrome dans les eaux souterraines aux abords de l'usine oscillait encore entre 40 et 50 mg/l, soit plus de 500 fois le seuil autorisé.

Des risques sanitaires encore flous

Interrogée par Actu-Environnement, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) indique que les risques sanitaires liés à l'exposition au chrome VI par des voies autres que l'inhalation ou l'ingestion (comme dans le cas de l'arrosage de légumes par de l'eau polluée) sont encore peu connus. À titre de comparaison, bien que les eaux souterraines ne soient pas destinées aux mêmes usages, l'agence précise, dans un avis de 2012, que la règlementation fixe actuellement à 50 μg/l la limite de qualité pour le chrome (III et VI confondus) dans l'eau potable.

Afin de faire la lumière sur les risques encourus par la population, le député François-Michel Lambert a déposé, mardi 18 février, une question écrite au ministre de la Santé Olivier Véran, lui demandant d'ordonner une enquête épidémiologique et toxicologique. « Cette enquête permettra de savoir quelles peuvent être les conséquences de cette pollution sur la population, de soigner les gens intoxiqués si nécessaire, et enfin d'enclencher des poursuites contre les responsables », précise-t-il.Le député envisage également de déposer une demande de mise sous tutelle de la ville de Marseille si d'autres « incuries quant à la protection des citoyens » venaient à se produire.

Réactions3 réactions à cet article

 

CE qui surprend à la lecture de cet article c'est l'absence d'obligation de dépollution à l'encontre du pollueur et le délai entre l'identification de la pollution et la demande de restriction d'usage de l'eau.
D'ailleurs, cette restriction n'aurait elle pas pu être prise par le Préfet ?

Noder | 25 février 2020 à 10h18
 
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Bonjour Noder,

Selon le principe du pollueur-payeur, l’usine PMA est aujourd’hui dans l’obligation de réaliser des prélèvements au sein des puits des habitants qui le demandent, afin de déterminer s’ils sont ou non pollués au chrome VI. L’entreprise a également été condamnée à payer une amende pour avoir refusé de faire dépolluer immédiatement les eaux souterraines, selon le site d’information Marsactu.

Cordialement,

Hortense Chauvin

Hortense Chauvin Hortense Chauvin
25 février 2020 à 13h03
 
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Avant de dépolluer, il faut d'abord faire une étude pour voir exactement quelle est l'étendue des dégâts, quelle est la nature du sol, quelles sont les techniques de dépollution envisageables, etc... mais je rejoins Noder sur le délai de réaction au niveau de cette affaire qui me parait plutôt très lent…..à titre d'exemple, en Alsace, fin 2002, à Chalampé, sur un site chimique (SEVESO) relativement éloigné du village voisin, s'était produit une fuite importante de cyclohexane… branle bas de combat au niveau analyses, pour circonscrire la pollution, armada de piézos, pour lancer ensuite la dépollution (vers 2004-2005), qui aura duré un peu plus longtemps que le délai prévu. C'était du cyclohexane, dont la toxicité n'est, à ma connaissance, pas comparable à celle du Chrome VI….. et c'est çà qui m'interpelle le plus dans ce sujet, quand bien même ce n'est pas l'eau de consommation directe qui est menacée.

nimb | 26 février 2020 à 09h25
 
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