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Quelle sûreté des nouveaux réacteurs, post-Fukushima ?

Si l'harmonisation des pratiques en matière de sûreté nucléaire a progressé depuis la création en 2006 du programme international MDEP, des questions demeurent quant à la sécurité des nouveaux réacteurs, depuis notamment l'accident de Fukushima.

Risques  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
   
Quelle sûreté des nouveaux réacteurs, post-Fukushima ?
Chantier de l'EPR de Flamanville
© EDF
   

Alors que des réacteurs nouvelle génération sont en construction, la question de leur sûreté se pose au lendemain de l'accident nucléaire japonais de Fukushima. Le parc nucléaire mondial évolue avec les nouveaux réacteurs EPR prévus en France, le projet international ITER de réacteur à fusion thermonucléaire ou encore les réacteurs de 4ème génération ''plus enrichis'' attendus en 2040.

Une initiative multinationale baptisée Multinational Design Evaluation Programme (MDEP) a été lancée en 2006 dans le but de mutualiser les connaissances sur ces nouveaux réacteurs en chantier et faire coopérer entre elles les différentes autorités réglementaires de sûreté nucléaire nationales. L'objectif est de développer une approche commune entre ces autorités afin d'augmenter la sécurité des nouvelles conceptions des réacteurs.

Le programme regroupe dix pays : le Canada, les Etats-Unis, la Finlande, la France, le Japon, la République de Corée, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie et l'Afrique du Sud. Il comprend en particulier des groupes de travail spécifiques aux réacteurs EPR d'Areva et AP1000 de Westinghouse. A terme, l'initiative vise à faire converger les objectifs de sûreté et les prescriptions réglementaires ainsi qu'harmoniser, les codes et les standards associés à l'analyse de sûreté d'un nouveau réacteur. Il tend aussi à améliorer les normes de sûreté de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Trois thèmes sont abordés dans le cadre du MDEP, a expliqué André-Claude Lacoste, Président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française et du Comité stratégique du MDEP : "l'instrumentation et le contrôle digital, les codes et les standards utilisés pour accomplir un certains nombre de tâches dans le nucléaire et la coopération dans le système des inspections et des vendeurs''.

Des avancées en matière d'harmonisation et de sûreté

Les chefs des autorités nucléaires ont souligné ''les progrès'' accomplis dans le cadre du programme, cinq ans après son lancement. ''Les travaux arrivent à maturité'', s'est félicité ce vendredi 16 septembre M. Lacoste, à l'issue d'une réunion qui a rassemblé plus de 120 experts du secteur à Paris. Pour Luis Echavarri, directeur général de l'Agence de l'énergie nucléaire (AEN) de l'OCDE, secrétaire technique du programme : ''cette initiative est en train de tracer le chemin concret vers la convergence des pratiques en matière de sûreté''. Parmi les avancées figure l'adoption de ''positions communes sur les systèmes numériques de contrôle-commande ainsi que certains aspects des conceptions de l'EPR et de l'AP1000 qui sont des sujets compliqués'', a indiqué Gregory Jaczko, président de la NRC, l'autorité de sûreté nucléaire américaine.

''Nous avons augmenté des systèmes pour qu'il y ait des inspections conjointes et supplémentaires faites par d'autres autorités (…) Nous sommes capables entre autorités de sûreté d'échanger sur les problèmes que nous avons et la compréhension que nous avons de ces difficultés'', a ajouté de son côté M. Lacoste, en soulignant les ''quelques pas" réalisés par les autorités. Le programme a également publié un protocole d'inspection des fabricants de réacteurs. Le MDEP pourrait également s'ouvrir à de nouveaux membres : l'Inde, les Pays-Bas, la Turquie et le Vietnam se disent intéressés.

Autres avancées en matière de sécurité: dans ce contexte post-Fuskushima, ''des stress tests ont été demandés au niveau européen dont la France mais aussi aux Etats-Unis, au Japon, ou Canada'', a rappelé le président de l'ASN . ''Il y aura un système de ''Peer review'' au niveau des rapports remis à l'issue de ces audits. Hors de l'Europe , c'est à chacun des pays de voir s'ils souhaitent faire appel à des experts extérieurs. Mais la Russie a demandé à participer au système de ''Peer review'' européen. Elle a déclaré qu'elle allait mettre en place des stress tests équivalents au système européen tout comme l'Arménie et l'Ukraine'', a précisé M. Lacoste. De son côté, Koichiro Nakamura, directeur général adjoint de la Nisa, l'agence de sûreté nucléaire japonaise, a souligné la poursuite des efforts du pays d'ici janvier 2012 pour baisser les doses de radiation suite à la catastrophe et traiter les eaux stagnantes. Il a également confirmé la création de la nouvelle agence du sûreté nucléaire "extérieure au ministère de l'Energie'' en avril 2012.

''Le retour d'expériences de Fukushima''

Des obstacles persistent néanmoins dans le cadre du programme. ''Nous faisons des progrès mais nous sommes également de plus en plus conscients des difficultés de la tâche", a reconnu M. Lacoste face aux différentes pratiques nationales ou techniques. ''Le système d'assurance qualité requise par différentes autorités est un sujet compliqué (…) L'harmonisation des codes et des standards dans l'industrie doit être regardée tranquillement'', a-t-il indiqué.

Des questions demeurent. ''Quelles seront les conséquences de l'accident majeur de Fukushima sur nos travaux, comment impliquer davantage l'industrie sur ces questions ?'', s'interrogent les membres du MDEP. ''Quand nous y verrons plus clair sur les retours de l'accident de Fukushima, se posera la question s'il y a matière à modifier la conception des réacteurs AP 1000 et EPR'', a déclaré M. Lacoste. Selon lui, le secteur étudierait un système pour mettre mieux en commun les problèmes de modification au cours de la vie des réacteurs.

Mais ''nous ne sommes qu'au début du processus'', a-t-il prévenu. ''Tirer les leçons de Fukushima peut prendre 10 ans '', a-t-il rappelé tout en assurant ''rester ouvert à tout retour d'expériences pour améliorer la sûreté et le contrôle de fabrication''.

Autre frein à toute modification de nouveaux réacteurs : ''la nouvelle conception donne lieu à l'étude de faisabilité économique'', a rappelé Gregory Jaczko de la NRC. Alors que les Etats-Unis mettent au point de nouveaux réacteurs plus petits, ce dernier a souligné l'enjeu de ''la rentabilité économique tout au long du cycle de vie du réacteur''.

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