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MDP : l'Afrique en peine de projets

La question des MDP devrait être rediscutée à Copenhague. Si certains souhaitent l'abandon de ce dispositif, la majorité souhaite une réforme pour que les pays les plus pauvres en soient les premiers bénéficiaires,ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
MDP : l'Afrique en peine de projets
© Cornelius
   
Répartition inégale des projets, efficacité limitée concernant la réduction de gaz à effet de serre, déculpabilisation des pollueurs… Les mécanismes de développement propre (MDP) mis en place en 2004 dans le cadre du protocole de Kyoto font l'objet de nombreuses critiques. Sur les trois mécanismes de flexibilité prévus dans le protocole de Kyoto pour faciliter la réalisation des objectifs des principaux pays émetteurs, ce dispositif serait pourtant celui qui a généré le plus de financements. Malgré tout, pour de nombreux observateurs, les MDP sont loin d'être un succès. Si certains, comme les Amis de la terre, demandent un rejet total des projets MDP pour l'après Kyoto, beaucoup souhaitent une réforme du dispositif, avec en chefs de file les pays africains. La raison ? Si l'objectif était à la fois de permettre aux pays industrialisés de gagner des crédits d'émissions au titre de leurs investissements dans des projets de réduction des émissions au Sud et de favoriser un développement soutenable dans les pays en voie de développement, en réalité, les MDP ont bénéficié davantage aux pays émergents porteurs de gros projets qu'aux pays les moins développés. Certains demandent d'ailleurs qu'à partir de 2013, ceux-ci soient limités aux pays les moins développés ayant une faible capacité d'action afin d'atteindre le véritable objectif, permettre de faire émerger des projets qui n'auraient pas vu le jour sans ce mécanisme.

L'Afrique peu bénéficiaire, malgré des progrès

Sur les 5.500 projets MDP en cours ou en stade de validation dans le monde, seuls 112 sont situés sur le continent africain, dont 36 enregistrés (élus pour les crédits carbone). La majorité des MDP se trouve en Asie Pacifique avec près de 3.700 projets, en Amérique latine et aux Caraïbes (820).
Malgré une accélération des projets en Afrique au cours des dernières années (78 projets en 2008 contre 2 en 2004), leur part reste relativement faible et concentrée sur certains pays.
23 pays africains participent aujourd'hui aux MDP. L'Afrique sub-saharienne concentre près de 80 % des MDP, l'Afrique du Sud en tête avec 28 % des projets en préparation ou en cours d'exécution, suivie par le Kenya (14 %), l'Ouganda (10 %) et le Nigeria (6 %). Les 20 % restant sont développés en Afrique du Nord (Egypte, Maroc).
18 % des projets africains concernent la production d'électricité à partir des décharges, 12 % concernent des projets d'énergie renouvelable (8 éoliennes, 3 panneaux solaires et 2 projets géothermiques), 15 % sont des projets de reboisement.
Le PNUE estime que 260 projets MDP en Afrique pourraient être réalisés ou en cours d'approbation en 2012.

Quelles solutions pour inverser la tendance ?

Si la Chine et l'Inde concentrent aujourd'hui 70 % des réductions de carbone réalisées à travers les MDP, c'est que les gros projets portés par ces pays séduisent davantage les acteurs du Nord que les petits projets africains, peu porteurs en termes de crédits carbone. Faut-il abandonner ce mécanisme, jugé inefficace par certains, ou faut-il le réformer pour que les pays en développement en profitent davantage ?
Parmi les solutions envisagées pour favoriser l'émergence des projets africains, le MDP programmatique, qui consiste à regrouper plusieurs petits projets en un seul grand projet.
Le programme CASCADe, qui sera lancé en 2010 par le PNUE, vise également à développer les MDP en apportant une aide aux institutions nationales, des ateliers de formation, une assistance technique aux porteurs de projets. Sept pays sont ciblés : le Bénin, le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Gabon, Madagascar, le Mali et le Sénégal. Plusieurs projets pilotes devraient être lancés.
La lourdeur de la procédure est également mise en cause par certains. En octobre dernier, six chefs d'Etat africains ont lancé un appel pour l'allégement des procédures et l'assouplissement des conditions d'accès des Africains à ces ressources.
Enfin, certaines associations proposent de limiter le dispositif aux pays les moins développés, en excluant les gros émergents. Rappelons que l'une des conditions inscrite dans le protocole de Kyoto poursuivait en filigrane cet objectif : ne valider que les projets qui n'auraient pas vu le jour sans les MDP…

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Réactions4 réactions à cet article

 
Ingénieur environnementaliste

En tant que chargé de la mise en place de la stratégie MDP au sein d'une institution de financement de développement de la sous-région Afrique centrale, je suis partisant du maintien du MDP post Kyoto.
En effet, le potentiel des projet MDP (hydroélectricité, éolien, solaire, biocarburants, etc.)est très important dans la sous-région. Cependant, les promoteurs sont souvent confrontés au manque de ressources pour le financement de ces projets. Notre institution de financement de développement de la sous-région, bien que disposant de capacités institutionnelle, organisationnelle et d'un partenaire technique spécialisé dans la finance carbone, ne dispose pas de fonds spéciaux MDP ou de fonds de garantie pour soutenir ces promoteurs.
Voila un peu les enjeux du MDP en ce qui concerne la sous-région Afrique centrale.

Ludo | 10 décembre 2009 à 08h30
 
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Et la distribution?

Sans revenir sur les problèmes institutionnels et politiques de nombreux pays africains, un des problèmes des MDP est qu'ils portent essentiellement sur la production d'électricité, bien souvent avec des fortes variations de l'électricité fournie, ce qui exige un réseau de distribution moderne et bien exploité. Ce n'est évidemment pas le cas de la plupart des PMA, et je ne crois pas que la construction du réseau T&D électrique soit éligible au MDP, puisqu'il est commun aux sources de production électrique (y compris charbon gaz etc). Dès lors, le mécanisme n'est intéressant que pour les sociétés produisant leur propre électricité - et encore, le problème de l'irrégularité de la production électrique photovoltaïque ou éolienne rend cette solution finalement peu attractive. enfin, et c'est malheureux bien sûr, en règle général dans les PMA la demande d'électricité est basse...donc peu de gens ayant un accès suffisant au crédit n'a intérêt à investir dans des centrales électriques couteuses, et encore moins dans le réseau de distribution. a moins d'une révolution sur le financement et la gestion de la distribution (agence internationale avec un budget d'investissement propre?) il est à craindre que la situation ne change pas beaucoup.

Scipion | 10 décembre 2009 à 10h28
 
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Reclamation sur l'absence de la rdc.

je regrette que la rdc qui est grand pays aux potentialités illimités ne se retrouve même pas dans le lot des pays ayant des projets adaptés au MDP compte tenu de sa biodivrsité à proteger.

biodiversité | 10 décembre 2009 à 11h26
 
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L'Afrique en peine de projets

Bonjour,
Les besoins sont immenses en matière de développement durable en Afrique mais comment faire entrer ces projets dans les cases d'une demande de fimancement. Tous les pays sahéliens ont une empreinte écologique négative malgré leur faible taux de développement. Tous les pays consomment plus d'énergie qu'ils n'en produisent . Or il est possible d'inverser la tendance par une gestion rationnelle de l'environnement. Dans le concret chaque jour les femmes cueillent plus de bois que l'environnement n'en produit pourtant par des techniques simples il serait possible d'épargner les arbres en emportant deux cordes pour attacher leurs fagots. Faute de liens elles écorcent les petits arbres pour fabriquer dans la brousse de quoi attacher leur bois . C'est ainsi que chaque soir des millions de jeunes arbres voient leur croissance compromise.
Il en va de même pour le défrichement des terres de savane pour la culture du vivrier et du Coton. Chaque année 1.500.000 ha perdent le majorité des arbres sans qu'il n'en soit replanté autour des champs afin de créer un bocage. Pourtant des exemples existent comme la ferme de guié au Burkina Faso. Voir la vidéo google Ferme pilote de guié. Le mise en place des brise-vent , bien gérés, autour des périmètres irrigués pourrait aussi devenir des puits carbone. Il en est de même par la diffusion de la méthode SRI qui permet de multiplier les rendements du riz par deux ou trois tout en diminuant considérablement la production de méthane. 60 millions de tonnes de méthane sont produites chaque année par la culture du riz irrigué.
Voici des thèmes qui pourraient trouver place pour des financements . Cependant, les projets les plus efficaces en matière de développement durable se situent dans le domaine de l'éducation et de la communication participative. et là ils n'entrent pas dans les critères de financement. Utiliser les réseaux des radios nationales et communautaires , des journaux, éditer des livres pour les enfants et adultes ne sont pas éligibles pour les financements. J'ai actuellement sous le coude une séries de 20 petits ouvrages destinés à l'éducation environnementales des jeunes enfants africains et depuis des années aucune institution n'a les moyens de les éditer.
Cette grande réunion de Copenhague me donnera-t-elle enfin les moyens de mettre en route ce modeste projet ?
Non l'Afrique à plein de projets mais les dispositions sont trop compliquées et trop lentes pour passer de la conception à la réalisation.

Jean Yves Clavreul
jean-yves.clavreul@wanadoo.fr

clavreul | 10 décembre 2009 à 16h59
 
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