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Menace sur les puits de carbone européens et français

Selon une étude de l'Inra, la capacité des puits de carbone européens et français risque de s'amoindrir à l'horizon 2020, annulée par les émissions agricoles de GES. En France, l'exploitation intensive de la forêt pourrait aggraver la situation.

Gouvernance  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
   
Menace sur les puits de carbone européens et français
© Arenysam
   
Dans le cadre du projet européen CarboEurope, des chercheurs de 17 pays se sont penchés sur les flux de carbone et ont mesuré les quantités de gaz à effet de serre émis et absorbés sur le territoire européen entre 2000 et 2005. L'étude confirme ainsi l'existence d'un puits de carbone important dans les forêts et les prairies. Ces écosystèmes stockeraient chaque année 305 millions de tonnes de carbone par an soit 19% des émissions liées à la combustion des carburants fossiles. Mais les résultats de l'étude démontrent également que le potentiel de ces puits de carbone est largement limité par les émissions de gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant supérieur au CO2 comme le méthane provenant des ruminants et des tourbières et le protoxyde d'azote provenant des engrais azotés. Résultat, les puits européens ne compenseraient que 2% des émissions issues de la combustion d'énergie fossile.

Un bilan défavorable pour la France

En France, entre 1990 et 2007, les émissions françaises de GES d'origine agricole ont diminué de 11% pour cause de diminution des effectifs de bovins, de la surface agricole totale et des apports d'engrais azotés. Le puits de carbone a quant à lui crû de 81% pour cause de sous-exploitation de la ressource forestière. La forêt française gagne en effet près de 70.000 ha par an. Malgré tout le bilan reste défavorable. Les émissions de GES d'origine agricole sont estimées à 96 millions de tonnes (données 2007, hors émissions dues aux consommations énergétiques) alors que les puits de carbone n'en absorbent que 72 millions. Et cette situation risque de s'aggraver à l'horizon 2020 selon les estimations réalisées récemment par l'Institut Nationale de la Recherche Agronomique (Inra).

L'Inra a envisagé plusieurs scénarii concernant à la fois les émissions de GES du secteur agricole et la capacité de stockage des puits de carbone en fonction de la politique agricole déployée en Europe et de l'exploitation des forêts. Dans tous les cas l'Inra estime que le puits forestier risque de diminuer d'ici à 2020. Alors que ce puits absorbait 77 millions de tonnes en 2005, il ne capterait plus que 48 millions de tonnes d'ici 2020 si la France se met à exploiter intensivement sa forêt notamment à des fins énergétiques (bois-énergie). L'augmentation des surfaces forestières ne suffit donc pas à compenser la perte de stockage liée aux augmentations de la récolte, explique Stéphane De Cara, directeur de recherche à l'Inra de Versaille-Grignon.

Côté émissions agricoles, les simulations de l'Inra prévoient une diminution des émissions entre 3,4% et 12% : 12% si l'activité agricole diminue d'elle-même à cause du ralentissement de la croissance économique et de l'ouverture accrue du marché communautaire ; 3,4% si au contraire l'agriculture s'intensifie à travers la suppression des jachères, des quotas laitiers et une forte réduction du budget agricole communautaire.

Pour les chercheurs, il est donc essentiel de préserver les puits de carbone forestier et de renforcer la baisse des émissions de carbone du secteur de l'agriculture. Il faut intégrer le prix des émissions de CO2 dans les décisions des agriculteurs, propose Stéphane De Cara en évoquant plusieurs outils comme l'instauration d'une taxe carbone, la rémunération du stockage de carbone ou encore le déploiement des quotas de CO2 au secteur.

L'objectif serait de mettre au point de nouveaux systèmes agricoles capables de fournir un rendement équivalent pour des impacts environnementaux limités. Mais il faut également des systèmes agricoles moins vulnérables aux changements climatiques, ajoute Stéphane de Cara. Selon Hervé Guyomard, directeur scientifique de l'Inra, ces considérations sont tout l'enjeu de la politique agricole commune de demain : à l'heure actuelle la question du CO2 est incluse dans la PAC mais à un faible niveau. Elle le sera de plus en plus dans les années à venir. Toute la question est de savoir à quelle vitesse et de quelle façon nous souhaitons gérer la transition du monde agricole.

Réactions8 réactions à cet article

 
Taxe carbone contre TVA

Oui, remplaçons la TVA alimentaire par une taxe carbone alimentaire. Vous mangez des légumes, vous ne payez pas de taxe. Vous mangez de la viande, vous en payez. Cela permettrait d'encourager une alimentation plus rationnelle.

ric | 10 décembre 2009 à 10h09
 
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La forêt, demeure un puits d'avenir

Il est admis qu'un peuplement forestier jeune en pleine croissance capte plus de carbone qu'un peuplement forestier âgé. L'augmentation de la récolte de bois à des fins énergétiques se fera par une dynamisation de la sylviculture et un rajeunissement de certains peuplements ce qui devrait augmenter la capacité de stockage de nos forêts.
Il ne faut pas non plus se voiler la face, une partie du bois qui sera demain consacrée à la production d'énergie est aujourd'hui consommé par les industries papetières et du panneaux. Il y aura transfert de débouché tout autant qu'augmentation de la récolte.
J'aimerai bien prendre connaissance des hypothèses de base des scenarii de l'INRA ayant abouti à ce bilan...

Bob | 10 décembre 2009 à 10h38
 
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drole d'idée

limiter le bois(énergie pour permettre l'agriculture intensive, drole d'idée.
Décidement l'INRA n'a pas vraiment évolué. Le bois énergie doit être vu comme une alternative au énergie fossile. Son bilan doit être placé plus largement et surle court et moyen terme. Il ne doit pas être mis en balance avec l'agriculture. L'agriculture doit être responsable de ses pratiques (trop d'intrans) et ne pas demander à d'autres secteurs de faire des efforts a sa place.
C'est comme si on disait il ne faut plus prélever de bois pour compenser les émissions carbones d'EDF. illogique.
Etonnant qu'actu environnement ne relève pas une telle annerie.

Pierre63 | 10 décembre 2009 à 10h47
 
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bois énergie

Je souhaiterai poser une question : le recours au bois énergie en remplacement de l'utilisation des énergies fossiles diminue l'empreinte carbone. Cette diminution est elle prise en compte ? Évidemment, le recours au solaire est beaucoup plus intéressant au niveau impact. Merci pour vos éclairements

Msucre | 10 décembre 2009 à 12h07
 
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tenir compte de tout

l'article vise à mettre dans le même panier agriculture et forêt. l'un émet, l'autre séquestre le CO². mais un aspect est complément oublié : l'usage du bois permet de stocker du carbone avec des durées de vie variables. mais c'est surtout la substitution qui joue un rôle primordial dans l'usage du bois. utiliser du bois énergie au lieu du fuel permet d'éviter d'émettre du carbone fossile supplémentaire, mettre du bois dans les bâtiments évite de produire de l'aluminium, de l'acier, du plastique qui utilisent beaucoup d'énergie et d'énergie fossile.
au bout du compte cette substitution permet de doubler le rôle de séquestration. quand une tonne de CO² est séquestrée en forêt, 1 tonne de CO² est substituée grâce à l'usage du bois. ce qui est loin d'être négligeable.

olivier | 10 décembre 2009 à 22h31
 
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Re:tenir compte de tout

Merci de votre intervention, marquée au coin du bon sens.

CapMargaret | 11 décembre 2009 à 11h44
 
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on ne nous dit pas tout

Une agriculture moderne peut devenir autossuffisante en énergie pour le bio c'est plus difficille à cause de ça faible productivité et c'est en subvantionant de bonne idées que l'on y arrivera. Par contre l'on ne fait jamais réferance au surface perdu par l'agriculture et la foret et gagnées pour la construction de nouveaux batiments qui on un effet absolument négatif sur les puit à carbonne.

claude | 11 décembre 2009 à 14h40
 
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bois-construction

Cet article est confondant d'étroitesse de vue :
1- Si on est d'accord avec la conclusion, comment avaler que l'agriculture Française devrait ralentir grâce à l'ouverture du marché communautaire et au ralentissement économique, ce qui diminuerait in fine ses émissions de GES ... en France !
2- Ce sont les arbres jeunes qui absorbent le CO2, et ils ont besoin de place et de futaies débroussaillées sans taillis, donc d'une valorisation; sans être un expert, je ne pense pas qu'il faille sanctifier la forêt pour améliorer le bilan français de CO2
3- le bois-construction, outre ses qualités techniques et d'usage, présente un bilan carbone de rêve au regard des autres materiaux; les panneaux de bois-massif en planches d'épicéa, pin, mélèze croisées, collées ou clouées, produits industriellement en Allemagne,Autriche,Slovénie entres autres depuis 10 ans (une dizaine de firmes)sont une alternative totale aux voiles et dalles de béton
armé.
En Allemagne, ils lui auraient pris déjà 40 ou 45%

PhR05 | 11 décembre 2009 à 19h42
 
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