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Algues sargasses : la méthanisation est possible, mais difficile à mettre en oeuvre

La possibilité de méthaniser les algues sargasses échouées en Guadeloupe est à l'étude. Sur le plan technique, cette solution est possible. Mais sa mise en oeuvre pose une série de problème difficilement surmontables sans soutien public.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Depuis 2011, la Guadeloupe subit des échouages réguliers d'algues sargasses. En moyenne, 177 ha de plages sont touchés chaque année, pour un volume moyen estimé à 58.500 tonnes de matières sèches (360.000 tonnes en tenant compte de l'humidité). Les pouvoirs publics cherchent depuis plusieurs années des solutions pour les collecter et les valoriser. Dans ce contexte, la société d'économie mixte locale (SEML) Guadeloupe ENR, envisage de méthaniser les sargasses. Pour autant, l'étude de faisabilité identifie des difficultés à toutes les étapes. Evergaz et Ledjo Energie ont présenté les premiers résultats à l'occasion du salon Pollutec.

Techniquement exigeant et couteux

"Les sargasses peuvent être méthanisées, mais c'est difficile de passer à l'échelle industrielle", prévient d'emblée Benjamin Douzouer, chef de projet chez Ledjo Energie, précisant que c'est "techniquement exigeant et coûteux". En l'occurrence les difficultés apparaissent dès la collecte. Les sargasses ramassées sur les plages présentent de forts taux d'inhibiteurs et d'indésirables : sel, sable et métaux lourds. Le dessablage apparaît donc incontournable, mais l'installation de lavage augmente l'investissement initial et les coûts opérationnels. "Ce n'est pas forcément supportable", déplore Benjamin Douzouer. L'alternative pourrait être la collecte en mer qui permet d'accéder à une ressource sans sable et de meilleure qualité (car moins décomposée). Des dispositifs existent, mais leur mise en oeuvre "couterait plusieurs millions d'euros par an".

Une fois collectée, les algues doivent encore être séchées et broyées avant d'être incorporées dans le méthaniseur. Cette étape permet d'éliminer l'eau (environ 5/6 du poids) pour réduire le volume de digestion, donc la taille de l'unité et l'investissement associé. Cette étape permet aussi de réduire les nuisances (odeurs et dégagements d'hydrogène sulfuré (H2S)).

Reste à dimensionner l'unité. Quel volume d'algues prendre en compte ? Les échouages sont aléatoires et saisonniers, ce qui rend aléatoire l'approvisionnement. L'option la plus sûre est le mélange à d'autres produits. Il s'agit de fixer un volume annuel suffisamment élevé pour apporter une solution au problème des sargasses, mais sans risquer la rupture d'approvisionnement. Ce calibrage soulève aussi la question de l'approvisionnement en ressources complémentaires.

Des sources d'approvisionnement éparpillées

L'étude a passé en revue les ressources méthanisables de l'île. Celles-ci sont globalement faibles et très éparpillées. A titre d'exemple, les trois plus gros producteurs de lisier n'en produisent que 5.000 tonnes par an. "Ce n'est même pas suffisant pour une unité de méthanisation à la ferme", illustre le spécialiste. Le constat est similaire pour les déchets verts et les huiles alimentaires (très utilisées sur l'île). A chaque fois, les coûts de collecte et de transport "sont le plus gros problème". Restent les boues de Step. Mais elles soulèvent la question de la valorisation des digestats de méthanisation. Ceux-ci ne "sont perçus comme pas propre", regrette Benjamin Douzouer, expliquant que les agriculteurs, marqués par la pollution des sols au chlordécone, doutent de leur innocuité. L'île a pourtant besoin d'un retour au sol de la matière organique, mais "cette culture n'est pas présente, les agriculteurs préfèrent les engrais chimiques".

Enfin, que faire du biogaz produit ? De l'électricité, puisque l'île n'a pas de réseau de gaz. L'option est envisageable, mais il faudrait trouver un débouché pour la chaleur. La faible demande sur l'île et l'absence de réseau de froid compliquent la valorisation.

Une solution à de multiples enjeux

"La méthanisation n'est pas la méthode idéale", résume Benjamin Douzouer. Pour autant, il est possible de trouver des solutions si les acteurs se fédèrent autour du projet et si les pouvoirs publics portent le projet. L'étude soulèvent ainsi des questions comme celle du financement public de la collecte de déchets diffus qui posent parfois des problèmes (l'huile usagée s'agglomère et bouche les réseaux d'évacuation d'eaux usées). De même, il soulève la question du soutien public aux renouvelables. En l'occurrence, les appels à projets dédiés aux systèmes insulaires promis par le gouvernement sont actuellement à l'arrêt.

Plus globalement, dans le contexte guadeloupéen, la méthanisation est envisagée comme une solution pour répondre à toute une série d'enjeux. Il y a bien sûr les problèmes posés par les sargasses. Ils sont écologiques (destruction de la biocénose marine), sanitaires (émission de H2S) et économiques (activités de la pêche et du tourisme sont impactées). A cela s'ajoute la difficile gestion des boues de Step, le manque d'exutoires pour les biodéchets et un recours important à l'enfouissement. Enfin, en matière d'énergie, l'île ambitionne d'atteindre 50% de renouvelables en 2030 pour réduire sa forte dépendance aux combustibles fossiles.

Réactions1 réaction à cet article

 

Pourquoi orienter le débat uniquement vers la méthanisation, vers le traitement anaérobie sensible aux fortes concentrations salines?
Le traitement aérobie, le compostage y est moins sensible. Toujours est-il que les goémoniers laissaient les tas d'algues à l'air libre et surtout à la pluie libre pour lessiver l'eau de mer.
Si on peut récolter un peu de méthane au passage du traitement de ces sargasses, tant mieux. En faire un objectif induit des contraintes parfois trop fortes et donc stérilisantes.
L'objectif premier est la libération des plages, éviter les accumulations responsables de la formation d'H2S, redonner à ces plages une attractivité touristique.
On peut profiter de l'occasion pour enrichir les sols agricoles.
Et si en plus , on peut récupérer de l'énergie, c'est la cerise sur le gâteau.
Inverser les priorités conduit à la stagnation.

VD69 | 03 décembre 2018 à 14h27
 
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