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Méthanisation : les professionnels cherchent à valoriser les co-bénéfices de la filière

Les professionnels de la méthanisation cherchent à évaluer les services rendus à divers secteurs économiques. Ils espèrent convaincre les pouvoirs publics de revoir à la hausse le soutien envisagé dans le projet de PPE.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Tous les acteurs en conviennent : les avantages du biogaz ne se résument pas à la production d'énergie. Alors que le projet de programmation pluriannuel de l'énergie (PPE) inquiète les partisans du gaz vert, la profession fait valoir ses co-bénéfices environnementaux, sociaux et économiques. "Dans les 100 euros par mégawattheure (MWh), il n'y a pas que le coût du biogaz, il y a aussi d'autres services", rappelle Laurent Blaisonneau, directeur d'ENEA Consulting, résumant le sujet en une question : "si la méthanisation n'était pas là, qu'aurions-nous dû payer pour arriver à ce résultat ?". Le sujet était au coeur d'un colloque sur la méthanisation organisé début avril par l'Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate)

Aujourd'hui, la production de gaz vert coûte environ 100 euros par MWh, alors que l'importation de gaz fossile coûte environ 20 euros. Quant à la PPE, elle conditionne le soutien à une baisse des coûts à 67 euros dès 2023 et à 60 euros en 2028, pour les projets d'injection soumis à un appel d'offres. Face à ce défi, les professionnels vantent les mérites de la méthanisation pour les différents secteurs. Pour appuyer ce plaidoyer, ils ont demandé à ENEA Consulting de passer en revue les chaînes de valeur des projets locaux et de la méthanisation agricole.

Une cinquantaine d'externalités positives…

Au total, une cinquantaine d'externalités bénéfiques peuvent être classées en trois catégories : les services environnementaux, les services agricoles, et les services énergétiques. Parmi ces co-bénéfices on retrouve : la production d'une énergie stockable et non intermittente, le traitement et la valorisation des déchets fermentescibles, l'emploi des digestats comme engrais, les bénéfices liés aux cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), ou encore la création d'une filière industrielle et d'emplois locaux.

Cependant, la plupart ne sont pas valorisables. C'est le cas des bénéfices agronomiques des Cive, de la dynamique territoriale et agricole de transition énergétique, ou encore de la stabilisation et de la diversification des revenus des agriculteurs. Pour autant, souligne Nicolas Tonnet, de l'Ademe, la méthanisation est particulièrement profitable car elle peut être implantée sur tous les types d'exploitations, à l'exception des vergers et vignes. Plus globalement, insiste Laurent Paquet, de la FNSEA, la méthanisation "est un moyen de revitaliser les territoires ruraux". Une question qui a pris de l'ampleur avec la crise des Gilets jaunes, pointe-t-il.

… Dont une dizaine peuvent être valorisées

Il reste une dizaine de co-bénéfices qui peuvent être évalués et rattachés à des acteurs économiques. L'étude estime entre 33 et 35 euros par MWh les co-bénéfices qu'en tire l'Etat. Ils correspondent essentiellement à la réduction des émissions de CO2, aux coûts évités du traitement de la pollution de l'eau, ainsi qu'à la création des emplois. Les bénéfices pour les consommateurs d'énergie sont évalués à 22 euros par MWh. Les services rendus aux producteurs de biodéchets (l'agroalimentaire et les collectivités locales) sont évalués entre 0 et 24 euros par MWh. Enfin, la réduction du recours aux engrais azotés bénéficie aux agriculteurs à hauteur de 3 ou 4 euros par MWh.

S'agissant du volet agricole, l'Ademe a complété le panorama avec une étude du modèle économique d'une installation de cogénération à la ferme d'une puissance de 30 à 80 kW électriques. Elle estime que l'agriculteur peut en tirer une économie de 20 euros pour chaque MWh d'électricité produit. Cette économie correspond à l'utilisation de la chaleur et des digestats. Dans son scénario 100 % gaz renouvelable, l'Ademe estime qu'entre 5.000 et 10.000 installations à la ferme pourraient être construites à l'horizon 2030.

Entre 40 et 80 euros par MWh

"Au total, la méthanisation génère des bénéfices de 40 à 80 euros par MWh qui sont normalement payés par la collectivité", résume Laurent Blaisonneau. Ces bénéfices sont à mettre en parallèle avec les coûts de la méthanisation. L'expert estime que le développement des installations devrait abaisser les coûts de la production du gaz vert dans une fourchette comprise entre 67 et 82 euros par MWh. Bien sûr, prend-il garde d'expliquer, cela ne signifie pas que le soutien public à la méthanisation puisse se limiter au coût de production auquel on retrancherait les co-bénéfices qu'on facturerait aux acteurs concernés.

Pour autant, l'étude ouvre des perspectives et appelle à "sortir d'une pure logique de transition énergétique". A partir de ces résultats, il est possible de renverser l'approche actuelle de la méthanisation : évoquant à titre d'exemple la réduction de la pollution de l'eau, il explique qu'"on peut considérer le gaz comme une externalité d'une installation qui réduit la demande chimique en oxygène (DCO)".

Réactions1 réaction à cet article

 

Ces différents acteurs oublient:
- appauvrissement des terres en carbone organique
- émissions des GES, particules fines et NOx aux épandages et à cause des fuites
- compétitions entre agriculteurs à cause de la course aux intrants
- pollutions des nappes phréatiques dues aux lessivages des digestats
- emplois en très petit nombre comparé aux subventions engagées
- engrais et amendements de mauvaises qualités comparés aux simples lisiers, fumiers et composts
- transformation inéluctable du métier d'agriculteur vers l'énergieculteur
- diminution de la biodiversité
...
Aucun détail des chiffres annoncés, on lance un chiffre à la volée comme ça. Non, soyons transparents.
Le CSNM

Daniel | 18 avril 2019 à 22h37
 
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