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Actu-Environnement

''La croissance verte n'est pas un effet de mode''

Depuis deux ans, la direction DD de Pôle emploi planche à la mise en place d'actions spécifiques aux métiers liés à l'environnement. Offre de formations adaptées, orientation vers les secteurs méconnus et travail avec les différentes branches professionnelles font partie de sa stratégie.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
''La croissance verte n'est pas un effet de mode''
Hélène Rambourg
Chargée d'accompagnement des emplois de l'économie verte, Pôle emploi
   

Actu Environnement : Pôle emploi a récemment réalisé deux études auprès des entreprises et des demandeurs d'emplois sur les métiers verts et verdissants. Dans quel cadre ?

Hélène Rambourg : À l'occasion de la fusion de l'ANPE et des Assedic en 2009, une direction Développement durable a été mise en place. Étant donné que de nombreux rapports avaient été publiés sur la croissance verte, notamment celui du PNUE en 2008, nous nous sommes intéressés à cette question. L'idée était de savoir comment Pôle emploi, de par ses prérogatives, pouvait travailler sur ce sujet et accompagner ces emplois nouveaux (les métiers verts) ou en évolution (les métiers verdissants). Nous avons donc diligenté ces deux études dans le but d'orienter nos actions au mieux. Certes, de nombreuses études avaient déjà été menées sur la croissance verte, notamment au niveau macro-économique, mais nous avions besoin d'études qui parlent des entreprises et des demandeurs d'emplois.

AE : Quelles conclusions avez-vous tiré de ces études ?

HR : Du côté des entreprises, l'offre en métiers verts ou verdissants est davantage liée à un développement d'activité existante. Les motifs de recrutement montrent un réel dynamisme, notamment dans les secteurs verdissants (transport, bâtiment). Quand on questionne les entreprises sur la représentation qu'elles ont du développement durable, on s'aperçoit que ça relève avant tout pour elles d'un positionnement citoyen et donc de leur image de marque mais que c'est également perçu comme un atout pour le développement de leur activité. Ce point est important car on s'aperçoit que les entreprises ont vraiment réfléchi à la prise en compte de l'environnement dans leur activité. On assiste à une réelle évolution structurelle, la problématique environnementale est désormais ancrée.

Du côté des demandeurs d'emploi, l'impact du développement durable sur le métier est largement ressenti (80 % pour les demandeurs d'emploi sur les métiers verts, 72 % sur les métiers verdissants). Pour 64 % des demandeurs d'emploi sur les métiers verts et verdissants, disposer des compétences en lien avec les enjeux environnementaux est un atout à l'embauche. Au-delà, 57 % des demandeurs d'emplois pour les autres métiers considèrent qu'une connaissance de ces sujets est un atout. On se rend compte que cet enjeu est fortement partagé par l'ensemble des demandeurs d'emploi.

Finalement, nous ne sommes pas face à un effet de mode ou à un épiphénomène parisien. Que ce soit chez les entreprises ou les candidats, ça résonne (et ça raisonne !).

AE : Quelles suites Pôle emploi a-t-il donné à ces études ?

HR : Les résultats de ces études nous ont conforté dans notre stratégie d'accompagnement des entreprises et des demandeurs d'emploi. La prescription de formations est un important levier d'action. Certes, l'étude auprès des entreprises révèle que la plupart d'entre elles prévoient une formation quasi-systématique des nouveaux embauchés sur l'environnement, mais la moitié d'entre elles jugent indispensable ou important que le candidat soit déjà formé.

En 2010, nous avons consacré 16,5 % de notre enveloppe budgétaire dédiée à l'achat de formations aux compétences qui accompagnent l'économie verte. L'offre de formation a majoritairement concerné les secteurs verdissants : bâtiment et transports/logistique, où les besoins sont immédiats. En effet, l'étude que nous avons mené a confirmé que les emplois verts, en particulier ceux liés à la gestion du patrimoine naturel et à la biodiversité, sont très restreints et qu'il y a peu de débouchés. La plupart des offres concernent des CDD, dans des structures publiques ou para-publiques où les rémunérations sont moins élevées. De leur côté, les candidats sont en général très diplômés. Les emplois verdissants sont en revanche des métiers qui ne changent pas d'objet mais qui doivent intégrer des problématiques environnementales et la mise à niveau des compétences semble indispensable. Il s'agit de prescrire des formations qualifiantes relatives à l'écoconstruction, l'efficacité énergétique, aux énergies renouvelables applicables aux bâtiments, les circuits courts de livraison, la gestion de plateformes logistiques…

En 2011, notre intention est d'aller vers des temps de formation plus courts pour les demandeurs d'emplois dont les besoins sont différents. Par exemple, pour un maçon, nous n'allons pas prescrire une formation complète sur la maçonnerie mais une formation ciblée sur une compétence, un module qui lui manque, comme les monoblocs par exemple.

AE : Comment définissez-vous les besoins en formation ?

HR : Nous travaillons de façon historique avec les représentants des branches professionnelles, avec lesquels nous envisageons systématiquement un volet développement durable. Nous échangeons par exemple avec la Fédération française du bâtiment (FFB) ou la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) sur l'évolution de leurs métiers.

À la faveur de nos travaux sur la croissance verte, nous avons également bâti une convention avec la Fédération des entreprises du recyclage (Federec), avec qui nous ne travaillions pas jusque-là. Or, ces métiers souffrent d'une méconnaissance ou d'a priori et il y a un gros travail d'information à faire. Nous menons actuellement une expérimentation sur l'orientation, en amont de l'offre de formation, vers les secteurs eau-assainissement-déchets-air qui sont particulièrement méconnus alors qu'ils offrent des perspectives d'emploi et que les entreprises peinent parfois à recruter. En Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et Lorraine, une centaine de personnes a participé à nos ateliers d'orientation et à leur issue, 60 % ont décidé d'y donner suite. Nous allons réitérer cette expérience, en l'élargissant aux métiers du bâtiment.

Au niveau local ensuite, nos acheteurs régionaux vont déterminer les formations qui correspondent le mieux au tissu économique local. Dans certaines régions, la priorité va être axée sur l'agriculture, la sylviculture, la logistique, les déchets…

AE : Rencontrez-vous des difficultés dans l'offre de formation ?

HR : Il y a des secteurs, comme l'éolien par exemple, où les formations sont très peu nombreuses en France. Au contraire, dans d'autres secteurs, on fait face à un fourmillement de formations dont on ne connaît pas la qualité. Le ministère de l'Ecologie a d'ailleurs entamé un travail pour mettre à niveau les compétences des formateurs et les matériels utilisés, et vérifier le sérieux des organismes de formation.

Nous rencontrons également des difficultés liées à l'implantation territoriale des organismes de formation. Pour l'éolien par exemple, nous en connaissons deux : au Mans et à Charleville-Mézières. Il existe certes des aides à la mobilité pour les demandeurs d'emplois mais une part des frais reste à leur charge. Et certains pour des raisons plus personnelles ne peuvent pas se déplacer très loin.

Réactions2 réactions à cet article

 

Hé bien Hélène, c'est tout pour le plan national de mobilisation pour les métiers et les emplois de l'économie verte, hum ... ?

Hélène Bégon | 26 août 2011 à 19h41
 
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Bonjour hélène
Responsable des affaires administratives générales de la communauté de communes du Pays de Pervenchères, ruban du développement durable 2008-2010, nous continuons notre politique de développement durable à travers la formation continue des acteurs de la collectivité, la gestion des déchets au quotidien, l'alimentation de la cantine (biolocal autant que faire se peut) et surtout préparer les futurs acteurs de la vie économique que sont les enfants en les initiant dès à présent à tous les aspects de ce que nous, à ce jour, nous appelons "développement durable". Ce que vous mettez en place aujourd'hui est la première pierre de l'édifice qu'il faut, sans nul doute, pérenniser, et développer. Bon courage.

danièle iriart-sorhondo | 20 septembre 2011 à 17h07
 
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