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Les premières briques des métropoles low-tech se mettent en place

À travers une myriade d'initiatives repérées dans les territoires, la ville low-tech émerge déjà et suscite un intérêt croissant parmi les urbanistes et les acteurs de la transition écologique. Visions et études prospectives fusent.

Aménagement  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com

« Une autre smart city est possible. La ville high-tech n'est ni une évidence ni une fatalité. » C'est le crédo des tenants des low-tech, pour qui, à l'instar de l'ingénieur Philippe Bihouix, « d'autres trajectoires sont souhaitables, comme la ville (ou métropole) low-tech, c'est-à-dire une ville qui, sans rejeter en bloc la technologie et l'innovation technique, fait montre d'un plus grand technodiscernement ». L'auteur de l'Âge des Low Tech, directeur de l'agence d'architecture Arep et pilote d'une note sur le sujet à la Fabrique écologique, estime que la ville smart relève davantage d'une dystopie que de la réalité. Il en veut pour preuve le projet de Quayside, à Toronto, modèle emblématique de smart city développé par le Google Sidewalk lab entre 2019 et 2020, et aujourd'hui abandonné.

À l'heure où nombre de collectifs prennent en considération la sobriété comme composante à part entière de la transition écologique, la vision d'une métropole low-tech émerge à travers plusieurs travaux. Le Labo de l'économie sociale solidaire (ESS) vient ainsi de publier une étude, réalisée au cours de l'année 2021, qui démontre que la métropole low-tech est une réalité émergente dans les quartiers urbains, plus concrète que la smart city. Le rapport Pour des métropoles low-tech et solidaires met en valeur un nouveau modèle qui s'invente d'ores et déjà, à travers des exemples concrets repérés dans six territoires métropolitains : Paris, Lille, Lyon, Poitiers, Bordeaux, Strasbourg .

Une myriade d'initiatives

 
L'enjeu est de projeter une ville favorisant la simplicité, la sobriété et le renforcement du pouvoir d'agir de ses habitantes et habitants, plutôt que la dépendance croissante aux outils technologiques, aux systèmes techniques et productifs  
Philippe Bihouix
 
L'enquête prend comme point de départ les besoins des citadins : comment habiter, se déplacer, accéder à des biens et services de consommation courante, produire et travailler sur un mode low-tech ? En matière d'habitat par exemple, « aujourd'hui, les villes et les métropoles sont fortement consommatrices de ressources et d'espace. Il faut moins construire et mieux construire. Un ensemble d'innovations frugales peuvent réduire la consommation en énergie et en eau… La démarche low-tech s'applique aussi à l'aménagement de l'espace public », explique Florian Laboulais, coordinateur de ce travail pour le Labo de l'ESS. Exemple, Bellastock est aujourd'hui une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) travaillant à la valorisation des lieux et de leurs ressources en proposant des solutions alternatives à la construction dans le Grand-Paris. Elle intervient dans les projets d'aménagement pour apporter des solutions de réemploi, en tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage ou comme consultant pour la maîtrise d'œuvre.

Sur le terrain, quelque 70 initiatives ont été identifiées, repérées lors de « visites apprenantes », qui constituent « les briques d'une démarche low-tech dans une métropole, maillons d'une chaîne plus grande », selon Florian Laboulais, qui tient également un blog sur ce thème à la Caisse des dépôts. Une myriade d'exemples relevant de l'économie sociale et solidaire sont cités, compatibles avec une vision low-tech : colocations mixtes et solidaires d'immeubles et de pavillons temporairement inoccupés, tiers lieux en occupation temporaire, coopératives d'activité et emploi dans le secteur de la rénovation, équipements frugaux tels que chauffe-eaux solaires et sanitaires en toilettes sèches, économie circulaire dans le BTP, les exemples abondent.

Changer d'échelle

Reste à changer d'échelle afin de consolider ces prémices de métropoles low-tech car, en l'état, les actions identifiées sont trop parcellaires pour enclencher une véritable rupture. L'étude en appelle à développer les coopérations territoriales pour « créer de véritables écosystèmes urbains de la low-tech ». Cette initiative du Labo de l'ESS a également donné lieu à un guide pratique à destination des élus et techniciens des grandes villes et agglomérations, Vers une politique publique low-tech à l'échelle urbaine.

La convergence de l'économie sociale et solidaire et des low-tech a aussi vocation à reterritorialiser l'économie, c'est-à-dire à l'ancrer dans une chaîne de valeur locale. Elle renforce la résilience des territoires en assurant une production locale en cas de rupture d'approvisionnement. Elle permet la réappropriation collective de la production à travers une plus forte souveraineté économique. À Lille par exemple, l'association Fou de coudre œuvre pour la relocalisation de la filière textile. Aujourd'hui, son activité principale est l'upcycling (c'est-à-dire la transformation d'objets textiles récupérés) de produits issus de grandes marques qui sont ensuite vendus à des prix abordables dans la boutique de l'association. L'artisanat urbain est une autre piste à valoriser, à l'image d'EclowTech, une coopérative poitevine d'artisanat low-tech.

Un urbanisme du discernement

À la place d'une urbanité high-tech, l'enjeu est de projeter « une ville favorisant, chaque fois que possible, la simplicité, la sobriété et le renforcement du pouvoir d'agir de ses habitantes et habitants, plutôt que la dépendance croissante aux outils technologiques, aux systèmes techniques et productifs dans lesquels ils s'inscrivent, aux chaînes d'approvisionnement complexes et mondiales sur lesquelles ils s'appuient, pour reprendre les termes de Philippe Bihouix, référent de l'étude. Il s'agit plutôt de proposer une boussole pour repenser de façon cohérente et systémique la place de la technologie dans les territoires urbains. »

La démarche résonne avec d'autres. Dans le cadre de son « grand défi écologique », l'Agence de la transition écologique (Ademe) mobilise ses directions régionales autour d'initiatives low-tech dans les territoires et affirme se positionner comme « actrice de la sphère low-tech ». En Bretagne, elle a soutenu une expérience de mesure des impacts économiques et ergonomiques des low-tech dans l'habitat, ainsi que le développement d'un plateau technique mobile de formation aux nouvelles technologies. Dans les prochains mois, en partenariat avec l'association Low-tech Lab, une expérimentation « Les solutions low-tech au service de la sobriété territoriale » sera lancée avec 20 structures volontaires, privées et publiques, sur un territoire démonstrateur.

Dans une série d'études récentes, l'Institut Paris Région et l'Arep imaginent la ville low-tech en 2040 et proposent une définition qui n'a pas fini d'inspirer les nouvelles générations d'urbanistes : « La ville low-tech est un système territorial ou urbain, dont les pratiques sociales, la gouvernance, le rapport au vivant et le fonctionnement économique, témoignent de la mise en œuvre d'un urbanisme de discernement. »

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