En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le potentiel des microgrids urbains à la loupe

MAJ le 03/05/2017

Une étude évalue le potentiel économique et technique des microgrids en zone urbaine. Si dans l'industrie et les aéroports, ces réseaux locaux fermés ont une réelle pertinence, dans d'autres cas, les réseaux locaux intelligents sont plus appropriés.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

"Il y a un vrai territoire de valeur pour les microgrids qui ont la capacité de s'îloter. Ils permettent d'agréger plus d'énergies renouvelables et de fournir des fonctions de service au réseau", souligne Arnaud Banner, directeur Technique et Innovation d'Omexom. C'est la conclusion d'une étude sur les microgrids urbains, réalisée pour le compte d'un consortium ad hoc porté par Omexom, Total, la Caisse des dépôts, Aéroport de Paris, Enedis et la Fondation Tuck.

Ces réseaux locaux privés "agrègent de multiples installations de production locales et diffuses (micro-turbines, piles à combustible, petits générateurs diesel, panneaux photovoltaïques, mini-éoliennes, petite hydraulique), des installations de consommation, des installations de stockage et des outils de supervision et de gestion de la demande. Ils peuvent être raccordés directement au réseau de distribution ou fonctionner en mode îloté", définit l'étude.

L'objectif était d'évaluer le potentiel économique et technique de ces boucles fermées, mais aussi des projets d'autoconsommation collective. Trois usages ont été étudiés : les écoquartiers, les ensembles industriels et les zones aéroportuaires.

"Il y a plus de 70 microgrids opérationnels recensés dans le monde dans des zones urbaines et capables de s'îloter. Ils sont de différentes tailles et le plus grand dépasse 1 MW de capacité installée", rappelle l'étude. De nombreux projets se situent aux Etats-Unis et au Japon. En Europe, ces réseaux sont plus petits et en phase de démonstration. En France, les réseaux fermés existent depuis longtemps mais sont restreints à certains usages : hôpitaux, prisons, zones militaires…

Microgrids versus réseaux locaux intelligents

Le réseau fermé, pour être pertinent économiquement, doit apporter une réelle plus value. "Le profil de consommation d'un supermarché, par exemple, va correspondre au profil de production photovoltaïque. Il n'y a donc pas besoin de stockage, le microgrid n'est pas nécessaire, l'auto consommation suffit. Dans les écoquartiers, l'autoconsommation collective peut également suffire pour éviter des coûts de renforcement du réseau.

En revanche, dans certaines zones industrielles où moyens de production, consommateurs et différents vecteurs d'énergie cohabitent, les microgrids ont un intérêt, notamment lorsque les besoins de chaleur et de froid sont importants : le surplus de production de l'un pourra bénéficier à un autre. "Cela va permettre de fédérer plusieurs entités autour d'un gestionnaire de l'énergie, qui assurera le rôle de distributeur à l'échelle locale."

Cependant, la pertinence économique n'est pas toujours au rendez-vous, notamment en cas de forte proportion de production intermittente et de nécessité de stockage. "Dans ce cas, un réseau local intelligent avec production d'énergie locale et sans capacité d'îlotage peut être conçu pour répondre aux besoins des clients finaux, permettant d'atteindre des objectifs de pénétration des renouvelables et une réduction de coûts avec des investissements moindres", souligne l'étude. Autre solution de compromis : développer un mix qui n'est pas 100% renouvelable. Dans les zones aéroportuaires, les réseaux fermés permettent de "favoriser l'électromobilité sans surdimensionner le réseau en amont", indique Arnaud Banner.

Finalement, l'étude conclut que "les microgrids basés sur des sources d'énergie intermittentes ont un coût bien plus élevé, qui doit être correctement évalué face à la valeur ajoutée créée par la capacité d'îlotage. Les réseaux locaux intelligents ne sont pas en mesure de fournir cette capacité d'îlotage mais permettent d'avoir une énergie produite localement à moindre coût". Mais pour faciliter leur développement, des contraintes réglementaires devront être levées, estime-t-elle.

Des évolutions réglementaires récentes

Plusieurs textes réglementaires sont parus récemment autour de ces problématiques. Une loi encadrant l'autoconsommation collective a été publiée en février 2017. En décembre 2016, une ordonnance ouvrait la voix aux réseaux fermés de distribution dans l'industrie. "Sur ce dernier point, les modalités d'îlotage restent à préciser", indique Arnaud Banner. Longtemps attendus, ces textes devraient permettre le développement de nouveaux projets. De même, un décret permet d'expérimenter les services de flexibilité locaux. "Nous avons exploré quels étaient les intérêts pour le réseau de distribution d'électricité. Outre des renforcements de réseau évités, le premier peut bénéficier de la flexibilité pour le soutien de la fréquence, de la tension, de la pointe de consommation…", explique le spécialiste d'Omexom.

Reste à faire évoluer les modalités de tarification pour qu'aucune partie ne se sente lésée. En effet, si la tarification repose sur l'énergie soutirée, comme c'est le cas aujourd'hui, ou sur les appels de puissance, la pertinence économique des projets peut varier.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager