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Mines d'uranium : gérer l'héritage du passé

Si discrets dans le paysage, on oublierait presque les anciens sites miniers d'uranium. Pourtant, au regard du rapport final du Groupe d'Expertise Pluraliste (GEP) Mines du Limousin, ils montrent l'exemple d'un passé nucléaire difficile à gérer.

Risques  |    |  Camille SaïssetActu-Environnement.com
   
Mines d'uranium : gérer l'héritage du passé
© CS
   
Ce jour, le Groupe d'Expertise Pluraliste (GEP) sur les mines d'uranium du Limousin a rendu public son rapport final remis au ministre du développement durable : ''Recommandations pour la gestion des anciens sites miniers d'uranium en France - Des sites du Limousin aux autres sites, du court aux moyen et long termes''. ''La mission du GEP Mines du Limousin visait à améliorer la connaissance des objets, de leurs impacts sanitaire et environnementaux, afin de prescrire des actions de limitation des impacts et de surveillance à long terme, de diffusion d'information et des actions de concertation'', a souligné Laurent Michel, directeur général de la prévention des risques du MEEDDM. Pendant près de trois ans et demi, une cinquantaine d'experts français et étrangers de disciplines diverses a mené une analyse collective sur les principaux enjeux des sites miniers : les stériles, les stockages de résidus de traitement, et la migration des éléments radioactifs et chimiques dans l'eau, l'air et les sédiments. Ce fut pour eux l'occasion d'aborder la question du radon, ce gaz cancérigène de la famille du radium présent dans toutes les problématiques de la filière nucléaire. ''Les 15 recommandations que nous adressons aux pouvoirs publics, aux exploitants et aux acteurs locaux ont pour objectif, d'ici une dizaine d'années, la mise en place par les pouvoirs publics d'une stratégie claire de gestion des anciens sites miniers'', a précisé Robert Guillaumont, membre de l'Académie des Sciences et président du GEP.

Regard sur l'héritage des mines d'uranium

   
Pancarte quasi illisible sur la clôture d'un ancien site minier de Vendée : Compagnie générale des matières nucléaires - Accès interdit, danger d'effondrement © CS
 
   
Le GEP propose une méthodologie pouvant être appliquée à l'ensemble des sites, élaborée à partir de la situation des sites de la division minière de la Crouzille de la région Limousin. C'est en effet sur ce territoire que la société civile (Collectif Les Bois Noirs, Sources et Rivières du Limousin) a lancé l'alerte sur les risques et les dangers de l'après-mine. La division minière de la Crouzille est aussi la plus importante des 23 zones minières qui ont été explorées et exploitées en France, afin d'obtenir de l'uranium utilisé dans la fabrication des combustibles de réacteurs électronucléaires. De 1948 à 2001, près de 50 millions de tonnes de minerais d'uranium ont ainsi été traitées soit dans l'une des huit usines, soit sur le site même, pour une production totale d'environ 76.000 tonnes d'uranium. Cette exploitation démarrée par le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) a été transmise à sa filiale la Compagnie Générale des Matières Nucléaires (Cogema) en 1976 et s'est arrêtée en 2001, du fait de contraintes économiques et d'épuisement des gisements. Selon l'inventaire MIMAUSA (Mémoire et Impact des Mines d'urAniUm) accessible depuis le site web de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), 217 sites répartis sur 25 départements conservent aujourd'hui la trace de cette exploitation. Qu'il s'est agit de travaux miniers à ciel ouvert ou souterrains, cette exploitation laisse un héritage conséquent à tous, et tout particulièrement aux pouvoirs publics et à l'exploitant devenu Areva NC en 2002. En effet, cette activité s'est accompagnée de l'extraction par explosifs d'environ 200 Mt de roches (granitiques le plus souvent, parfois sédimentaires) dites « stériles » car non valorisées. Et elle a généré la production d'environ 50 Mt de résidus de traitement. À l'heure actuelle, ceux-ci sont stockés sur 17 sites considérés comme des ICPE, pour lesquels il existe aujourd'hui 13 instances de concertation (Comités Locaux d'Information et de Suivi, CLIS).

Les stériles, le problème...

Ce n'est qu'à partir de 1984 que les stériles ont été soumis à des obligations de registres d'utilisation et d'interdiction d'emploi dans les soubassements des habitations (décision du Service central de protection contre les rayonnements ionisants, SCPRI intégré à l'IRSN en 2002). Auparavant, ils ont servi non seulement au remblaiement des mines lors de leur fermeture, mais surtout à des travaux de génie civil jusqu'en dehors des concessions minières : terrassement ou empierrement de routes, parkings, maisons, plate-formes, cours de fermes, terrains de sports, etc. « Déchets radioactifs » mis à même la terre, il est difficile d'en recenser les emplacements et encore moins d'en identifier la forme physico-chimique et la réaction au lessivage des eaux (souterraines ou de pluie). Or ces dépôts de stériles, de même que lorsqu'ils sont stockés en verses, représentent à des degrés divers des sources potentielles de pollution, aérienne et hydraulique notamment. Le GEP recommande ainsi d'effectuer l'inventaire exhaustif des verses - d'abord par des campagnes aéroportées de détection d'émission gamma - pour les repérer, vérifier l'étanchéité (à l'émanation de radon) des couvertures végétales, mais aussi caractériser leur environnement hydrologique en recherchant les écoulements d'eau diffus qui s'en échappent au pied. Cette technique ne permettra cependant pas de détecter les stériles « cachés » dans les sous-bassements des maisons... que seuls la mémoire des locaux ou les campagnes de mesure du radon permettront de repérer... ''Le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire va prendre en main ce dossier et s'efforcer de jouer un rôle important dans l'information de la population et la concertation'', a souligné la physicienne Monique Sené qui en est membre.

Gérer l'après-mine

Pour mener à bien son travail, le GEP s'est appuyé notamment sur le Bilan Décennal Environnemental (BDE) de la Division Minière de la Crouzille – seul qui ait été réalisé à ce jour – et sur la tierce-expertise qu'en a fait l'IRSN. Parmi les principaux axes d'action identifiés à l'issue de ce travail, notons l'importance de considérer le long terme, les écosystèmes, les évolutions et les surveillances actuelles. Au moment de la fermeture des sites en effet, tous n'ont pas été réaménagés dans des configurations de « confinement passif » et nécessitent des installations de traitement des eaux qu'il convient de surveiller et de garder en état. Mais jusqu'à quand ? ''Le long terme, c'est le temps qu'il faut pour que le système perturbé revienne à son équilibre, explique Robert Guillaumont. Pour l'instant, si on observe par endroits des eaux un tout petit peu moins chargées en radium, il faut d'abord commencer par identifier d'où viennent toutes les eaux qui sont le vecteur de dispersion de radioactivité et de pollution chimique dans l'environnement ! '' Cela suppose d'abord de connaître les sites, de savoir modéliser les transferts hydrauliques, d'avoir plus de connaissance sur les phénomènes d'accumulation des radionucléides dans les sols ou les sédiments, etc. ''On va devoir compter sur des systèmes de traitement des eaux sur des durées beaucoup plus grandes, précise Yves Marignac, de Wise-Paris et coordonnateur du GEP. Or les servitudes interdisant certains usages des sites n'ont pas d'assurance de pérennité au-delà d'une dizaine d'années. Il est urgent d'agir ! ''. Une des recommandations du GEP est de revoir la doctrine de gestion à long terme des stockages de résidus de traitement. Quand aux sites miniers réaménagés en « configuration passive », certains carreaux de mines accueillent aujourd'hui des zones d'activités, des mines à ciel ouvertes remplies d'eau ne font plus partie du domaine public et servent aux loisirs (baignade, pêche...) ou à l'irrigation agricole, etc. Les travaux du GEP dressent les éléments de base nécessaires à l'élaboration d'une norme de qualité environnementale en uranium des eaux, ce qui n'existe pas encore... et surtout préconise de sortir de la doctrine du « qui protège l'homme protège l'environnement » pour améliorer la protection des écosystèmes.

Des recommandations déjà en partie retenues

''Pour l'ensemble des sites, la situation actuelle est sous contrôle, a souligné Jean-Christophe Niel, directeur général de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), mais il faut garantir qu'elle reste maîtrisée pour le moyen et le long terme''. D'ores et déjà, une partie des recommandations du GEP sont prises en compte dans la troisième et actuelle édition triennale du PNGMDR (Plan National de Gestion des Matières et des Déchets Radioactifs). Dans un contexte où aujourd'hui les velléités sont grandes d'utiliser certains sites miniers pour y installer panneaux photovoltaïques ou fermes éoliennes, l'enjeu est grand de rappeler qu'oeuvrer dans le sens du développement durable, c'est aussi veiller à ne pas dégrader à nouveau la stabilité des anciens sites miniers !

Réactions1 réaction à cet article

 
Réaction "nucléaire"

Une ligne de plus à ajouter au bilan des "Trentes glorieuses" qui devrait nous inviter à réfléchir sur le développement des nouvelles techniques qui, toujours, se sont développées en oubliant que toute médaille a son revers ! A nos descendants de rendre la monnaie.

Numismate | 18 septembre 2010 à 06h54
 
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