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Nucléaire : l'Autorité environnementale s'interroge sur la filière Mox développée par EDF

L'Ae vient de rendre un avis sur la demande d'autorisation pour l'utilisation du Mox dans les tranches 3 et 4 du Blayais. L'occasion pour l'Ae de pointer l'absence d'évaluation de la stratégie française d'utilisation du Mox développée depuis 25 ans.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Fin juillet, l'Autorité environnementale (Ae) a rendu public son avis sur la demande de modification du décret d'autorisation de création de l'Installation nucléaire de base (INB) du Blayais (Gironde) pour les tranches 3 et 4, en vue d'y introduire du combustible appelé mélange d'oxydes (Mox).

Faire un bilan de l'usage du Mox en France

 
Un enjeu économique L'Ae souligne clairement les enjeux liés au Mox pour EDF.
En premier lieu, le Mox permet d'utiliser de l'uranium naturel, voire de l'uranium appauvri, un déchet de la production de l'uranium enrichi ou un résidu des barres de combustible usagé, en place de l'uranium enrichi. Ensuite, le Mox permet d'utiliser du plutonium issus de l'irradiation de l'uranium dans les réacteurs nucléaires et isolés lors du traitement des combustibles nucléaires usagés.
Or, s'agissant du plutonium, l'Ae souligne qu'il est "le principal responsable de la radiotoxicité du combustible usé" et qu'il "ne trouve d'utilisation que dans le combustible Mox ou dans les usages militaires." L'Ae cite par ailleurs le rapport parlementaire de Christian Bataille et Robert Galey sur l'aval du cycle nucléaire qui souligne que "la poursuite de cette introduction [de Mox dans les réacteurs français] conditionne l'équilibre économique de l'aval du cycle" du combustible.
 
Au delà de l'avis sur le dossier en lui même, le document de 26 pages est particulièrement intéressant car c'est la première fois que l'Ae se penche sur une telle demande et sur la stratégie de "moxage" des tranches de 900 mégawatts d'EDF. En la matière, la stratégie initiée en 1987 et qui a pris son essor à partir du milieu des années 1990, n'a jamais été évaluée regrette l'Ae, et cela aussi bien en ce qui concerne les impacts environnementaux potentiels qu'en matière de "fermeture" du cycle du combustible. Ainsi, la lecture du rapport soulève en filigrane de nombreuses questions sur la réalisation de cette stratégie et ses avantages supposés.

Afin de répondre à ces enjeux, l'Ae recommande donc de réaliser un état des lieux de la stratégie de "moxage" des réacteurs français. Ce bilan de l'usage du Mox dans les réacteurs français devrait inclure "une appréciation de ses impacts environnementaux en terme tant de rejets liquides et gazeux que de contribution à la fermeture du cycle du combustible et de gestion du plutonium." En effet, "l'Ae estime que le présent projet s'inscrit dans la logique d'un programme au sens de l'article R.122-3 IV" et, à ce titre, "l'étude d'impact devrait comporter une appréciation des impacts de l'ensemble du programme."

Des conclusions contradictoires

En introduction, l'Ae rappelle que la centrale du Blayais "prélève et rejette d'importantes quantités d'eau dans l'estuaire de la Gironde qui est un milieu très spécifique, complexe, en cours d'évolution dans un sens a priori peu favorable, chimiquement mais sans doute aussi écologiquement (faune piscicole)." Par ailleurs, l'estuaire est concerné par des mesures de protection de l'environnement.

S'agissant de l'étude d'impact, l'Autorité relève qu'elle "conclut à un impact faible." Or le même document "met aussi en évidence des incertitudes importantes concernant les impacts globaux [de la centrale] sur le milieu estuarien, après comme avant 'moxage'." Pourtant, l'évaluation de l'impact de la centrale sur la faune piscicole de l'estuaire constitue "un enjeu majeur", selon l'Ae.

Par ailleurs, il semblerait que l'étude ne présente pas clairement les enjeux posés par l'usage du Mox dans les deux réacteurs. "Juridiquement cette évaluation environnementale ne porte que sur les effets du 'moxage' des réacteurs 3 et 4, mais dans les faits elle se présente comme une actualisation, pour l'ensemble du site du Blayais, de l'étude d'impact de la fin des années 1970", souligne l'Ae.

Trois enjeux primordiaux

Par ailleurs, au-delà des remarques générales sur l'étude d'impact, le document de l'Autorité insiste sur "trois enjeux qui lui paraissent primordiaux." Il s'agit des impacts sur la santé, de ceux sur l'estuaire de la Gironde et de la prévention des risques accidentels.

En matière de santé, "l'Ae a noté la nécessité de clarifier la présentation des impacts possibles, et recommande de compléter les informations relatives aux impacts du tritium."

S'agissant de l'estuaire de la Gironde, "l'enjeu réside dans l'amélioration des équilibres écologiques estuariens, en particulier de la faune piscicole."

Quant au risque accidentel, l'Ae juge que faute d'une validation par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) du scénario présenté par EDF, elle "n'est pas en mesure de donner un avis sur les impacts environnementaux liés au risque accidentel présenté par EDF comme majorant." Par ailleurs, l'Autorité préconise que "les données correspondantes sur cet accident majorant et ses impacts potentiels soient rendues publiques, dès validation par l'ASN" et que "soit davantage explicité dans le dossier le rôle des risques d'origine naturelle (sismicité, inondations, évènement climatique extrême, ..) propres à ce milieu."

Compléter et rendre lisible le dossier

Au-delà de la demande de l'Ae en matière d'évaluation de la stratégie de "moxage" des réacteurs français, l'AE émet deux préconisations centrées sur le contenu du dossier déposé par EDF.

En premier lieu, elle recommande d'apporter des précisions techniques au dossier présenté par EDF. L'Ae souhaite ainsi que l'étude d'impact et l'étude de maîtrise des risques soient complétées par une série d'analyses des impacts possibles et des mesures prises pour les éviter atténuer ou compenser. Il s'agit des rejets liés à l'opération (tritium, carbone 14 et hydrazine), du détail de la contribution d'EDF à l'atteinte des objectifs du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), à savoir le retour au bon état écologique en 2015 et au bon état chimique en 2027, et de présenter un programme de mesures concrètes de limitation des impacts des pompages de la centrale sur les civelles. Cependant, les précisions demandées par l'Autorité ne s'arrêtent pas là et concernent aussi trois autres points du dossier. L'Ae demande ainsi de revoir l'évaluation des incidences sur le réseau Natura 2000, de compléter la présentation du traitement des déchets radioactifs et de reprendre les résumés non techniques de l'étude d'impact et de l'étude de maîtrise des risques afin qu'ils soient plus précis et exhaustifs.

Enfin l'Ae recommande d'améliorer la lisibilité du dossier. "L'Ae constate que le dossier actuel est assez difficile à lire, tant par sa longueur et son organisation générale (renvoi de parties essentielles dans des annexes) que par sa rédaction", regrette l'Autorité, préconisant ", pour faciliter la participation du public à l'élaboration des décisions, de prendre tous moyens pour en faciliter l'accès et la compréhension."

Réactions4 réactions à cet article

 

Quand on voit la paranoïa qui a agité nos têtes pensantes dès qu'il a été question du mercure, on reste pantois quand on lit cet article. Rappelonsque le mox, c'est 7 % de plutonium et 93 % d'uranium appauvri. Et comme on peut le lire à l'adresse

http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/fiches-radionucleides/Documents/sante/Fiche-Radionucleide-Pu.pdf

"Après dépôt dans l'environnement, le plutonium peut se retrouver dans tous les constituants de la chaine alimentaire. Cependant, ces transferts par voie alimentaire sont mal connus et considérés comme relativement faibles." Bonnes gens, dormez tranquilles! Car l'ignorance vous protège du plutonium, comme la frontière de la France vous a protégées d'un certain nuage.

Onésime | 11 août 2011 à 10h58
 
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"...pour faciliter la participation du public à l'élaboration des décisions..." Alors, l'industrie nucléaire n'a aucun intérêt de laisser participer le public aux décisions! La mafia ne joue jamais cartes sur table : trop des liens avec le pouvoir et le marché des finances. Qui a le plus de pouvoir sur lé marché ? Le consommateur ! Alors mesdames messieurs, faites votre choix !

Charles | 11 août 2011 à 14h01
 
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et elle a raison l'Autorité de poser ce genre de question : brûler du MOX, ça veut dire qu'on a réfléchi à une filière pérenne de production nucléaire (c'était effectivement le cas dans les années 70), qui donc inclut des réacteurs à même de consommer -entre autres- les déchets du MOX (plus toxiques que ceux sortant des REP), en clair, des réacteurs à neutrons rapides... bref, un vrai choix politique. Et l'argument de la pollution de la Garonne n'est qu'un paravent commode. Parce que du Pu, il y en a déjà pas mal dans les combustibles normaux usés, sinon, d'où proviendrait-il pour faire les MOX ?!

dmg | 17 août 2011 à 14h39
 
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Rappelons à Onésime et dmg les passages suivants de l'article :
- 'absence d'évaluation de la stratégie française d'utilisation du Mox développée depuis 25 ans... en ce qui concerne les impacts environnementaux potentiels en termes tant de rejets liquides et gazeux que de contribution à la fermeture du cycle de combustible et de gestion du plutonium'
- 'la centrale du Blayais prélève et rejette d'importantes quantités d'eau dans l'estuaire de la Gironde qui est un milieu très spécifique, complexe, en cours d'évolution dans un sens a priori peu favorable, chimiquement mais sans doute aussi écologiquement (faune piscicole). Par ailleurs, l'estuaire est concerné par des mesures de protection de l'environnement (Natura 2000).'
- 'manque de clarté sur les impacts sur la santé (tritium), sur l'estuaire de la Gironde et sur la prévention des risques accidentels.'
- 'manque de précisions techniques et d'informations sur le traitement des déchets radioactifs...'
- Le meilleur pour la fin dans l'encadré 'Un enjeu économique' : 'le plutonium est le principal responsable de la radiotoxicité du combustible usé'
A part cela dmg et Onésime, tout baigne comme en 1999 lorsque la centrale a été inondée. Arrêtez SVP de nous prendre pour des ignorants avec vos théories Sarko-Besson-Allègre-Proglio compatibles.
Charles, même si les jeux sont faits, ces réunions publiques sont essentielles pour dire 'la vérité sur le nucléaire - le choix interdit'. Lire livre de Corine Lepage SVP.
Merci.

RaymondPiombino | 29 octobre 2011 à 22h05
 
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