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Japon : le Premier ministre démissionnaire laisse derrière lui une loi critiquée sur les renouvelables

Avec l'adoption d'une loi sur les EnR, le Premier ministre japonais peut quitter le pouvoir comme annoncé en juin. Cependant, si cette loi est un premier pas attendu, elle recèle des incertitudes qui pourraient limiter sa portée.

Energie  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Japon : le Premier ministre démissionnaire laisse derrière lui une loi critiquée sur les renouvelables
   

La gestion de la catastrophe de Fukushima, jugée calamiteuse par de nombreux Japonais, a eu raison de Naoto Kan, le Premier ministre en poste depuis juin 2010. Au début de l'été, il conditionnait sa démission à l'adoption de trois lois : un texte permettant les premières reconstructions, un autre relatif au financement de ce plan et un dernier en faveur des énergies renouvelables.

Le premier texte a été validé en juillet et avec l'adoption en août des deux derniers textes, la démission de Naoto Kan devenait inéluctable. Vendredi 26 août, le Sénat validait le texte relatif au soutien des énergies renouvelables et, dans la foulée, Naoto Kan annonçait son départ de la tête du Parti démocrate du Japon (PDJ). Ce faisant, il annonçait qu'il laissait sa place de Premier ministre à son successeur à la présidence du PDJ. "Aujourd'hui, les lois importantes ont été votées" a déclaré Naoto Kan, estimant que "les conditions posées [pour son départ] ont toutes été remplies".

Ce lundi 29 août, le PDJ a élu à sa tête le ministre des Finances, Yoshihiko Noda, 54 ans, qui devrait être nommé officiellement Premier ministre du Japon.

Vers des tarifs d'achat pour les EnR

Naoto Kan avait adopté une position ouvertement anti-nucléaire au cours des derniers mois de son mandat et si aucune action concrète n'a été adoptée en vue d'un abandon du nucléaire, il laisse néanmoins derrière lui une loi attendue de longue date en faveur des énergies renouvelables.

Le texte, qui entrera en vigueur en juillet 2012, établit pour une durée de 20 ans des tarifs d'achat pour l'électricité renouvelable. Les producteurs d'électricité pourront facturer à leurs clients les surcoûts engendrés par ces tarifs d'achat. Quant aux industries électro-intensives et aux habitants des zones affectées par le séisme, ils bénéficieront de mesures spécifiques afin de réduire de 80 % ce surcoût.

Ce soutien devrait permettre d'installer en dix ans plus de 30 gigawatts (GW) de capacité de production dans cinq secteurs : solaire, éolien, biomasse, géothermie et hydroélectrique de petite taille. Un tel volume est à rapporter aux 240 GW dont disposait le Japon avant le séisme du 11 mars, dont environ 4 GW de solaire, 2 GW d'éolien et 0,5 GW de géothermie.

Suite au tsunami du 11 mars 2011, la loi a été présentée comme une solution pour remplacer une partie des capacités de production détruites par des sources de production utilisant les énergies renouvelables. Dans ce cadre, elle devrait détourner le pays des investissements dans le nucléaire, estiment des spécialistes interrogés par Reuters. Ainsi, pour Yasutoshi Nishimura, membre de l'opposition libérale, "il est certain qu'avec ce texte nous mettons de cap vers la promotion des énergies renouvelables", même si les détails clés ne sont pas fixés.

Les tarifs ne sont pas fixés

En premier lieu si la loi établit le principe de tarifs d'achat, elle ne fixe pas leurs montants. Il reviendra à un comité d'experts, nommés par le Parlement, de les fixer d'ici l'an prochain.

Selon Yosuke Kondo, un parlementaire du PDJ cité par Reuters, le prix pour l'électricité photovoltaïque pourrait être fixé autour de 37-40 yens par kilowattheure (kWh) (environ 33 à 36 centimes d'euro), selon le prix des panneaux solaires.

Cependant, un tarif d'achat à 40 yens entraînerait "une bulle" estime Takao Kashiwagi, membre de la commission sur les énergies renouvelables du ministère de l'Economie, qui juge par ailleurs que "même un prix de 35 à 37 yens [31 à 33 centimes d'euro] ajouterait environ 3 GW de capacité par an sur les trois premières années".

Un point de vue proche de celui des opérateurs qui devraient bénéficier de la loi, à l'image du producteur de panneau photovoltaïque Suntech Power Japan, dont le président a jugé "suffisamment élevé" un prix compris entre 36 et 38 yens (32 à 34 centimes d'euro).

Quant au tarif d'achat pour l'éolien, il pourrait être de 20 yens par kWh (18 centimes d'euro).

Un soutien précaire

Autre source d'inquiétude : l'obligation de révision de la loi après trois ans d'application. Les investisseurs craignent en particulier que les tarifs d'achat soient abolis et remplacés par un autre programme de soutien.

Le délai de trois ans semble trop court pour des investisseurs qui risquent d'hésiter à s'engager dans des projets qui seraient potentiellement remis en cause. "Il faut trois ans minimum pour mettre en œuvre un projet éolien et dix ans pour un projet de géothermie", explique un analyste ajoutant que "les investisseurs ne devraient pas prendre le risque en se basant sur un programme qui pourrait disparaître dans trois ans".

Cette crainte est d'autant plus forte qu'avec six Premiers ministres en cinq ans, le Japon ne garantit pas la stabilité politique nécessaire à l'élaboration et à la conduite d'une stratégie énergétique de long terme.

Un réseau trop fragmenté

De même, un réseau électrique fragmenté, à l'image du réseau japonais basé sur une dizaine d'opérateurs régionaux, a des capacités limitées d'absorption des productions intermittentes. À l'occasion des débats parlementaires, les opérateurs électriques ont fait valoir qu'ils ne pouvaient pas absorber l'électricité issue de plus de 10 GW d'installations photovoltaïques et 5 GW d'éolien.

Or, la loi ne prévoit pas de "feuille de route détaillée pour financer les investissements en infrastructure", regrette Hirofumi Kawachi, analyste chez Mizuhmo Investors Securities, qui anticipe "un risque que le nombre de centrales photovoltaïques et de fermes éoliennes progresse sans qu'elles soient bien utilisées". Il anticipe en particulier un risque de hausse des factures énergétiques pour financer des achats d'électricité, électricité qui n'atteindrait pas, ou mal, les clients finaux.

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