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Rénovation des bâtiments et transports : la France en « marche arrière » ?

L'association négaWatt a tenu une conférence de presse où elle déplore les derniers arbitrages du Gouvernement en matière de rénovation énergétique, conduisant à affaiblir les exigences en la matière, et à s'éloigner des objectifs de la SNBC.

Energie  |    |  Rémi Pin Actu-Environnement.com
Rénovation des bâtiments et transports : la France en « marche arrière » ?

« Nous avons eu, depuis 15 ans et les gouvernements successifs, des signaux positifs en matière d'énergie et de climat, même si les progrès se faisaient par petit pas, constate Thierry Salomon. Mais nous sommes aujourd'hui arrivés à un point de rupture, nous éloignant vraiment de la bonne trajectoire pour atteindre l'objectif de la neutralité carbone en 2050. »

Le porte-parole de l'association négaWatt attendait de la révision de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) une feuille de route ambitieuse à court et moyen termes, à la hauteur des objectifs que s'est fixée la France. L'association constate, à l'inverse des projets de texte prévoyant une révision à la baisse des objectifs de réduction de consommation d'énergie, des plans d'actions flous, et une augmentation des budgets carbone sur la période 2019-2023.

Deux points sont particulièrement épineux pour négaWatt. En premier lieu, des évolutions réglementaires dans le domaine du bâtiment qui visent à favoriser considérablement l'électrification des usages et qui réduisent les exigences en termes de performance énergétique. Par ailleurs, l'association fait un constat équivalent pour le secteur des transports, avec la seule promotion de l'électromobilité, au détriment d'une baisse de la dépendance à la voiture et des coûts qu'elle engendre.

Des règles du jeu modifiées dans le bâtiment

« Dans le secteur du bâtiment, l'État étant loin d'atteindre ses objectifs, il préfère changer les règles du jeu », déplore Olivier Sidler, porte-parole de l'association, spécialiste de l'énergétique dans le bâtiment. Premier indice : le Gouvernement vient de décider arbitrairement, dans le cadre de la future réglementation environnementale 2020 (RE 2020), que le coefficient de conversion de l'électricité (servant à convertir les consommations d'énergie primaire en énergie finale) serait abaissé de 2,58 à 2,30, et que l'impact climatique du chauffage électrique serait réduit de 180 à 79 g CO2/kWh. « Cela aura comme conséquence de rendre plus positif le rendement carbone des bâtiments chauffés à l'électricité, décrypte Olivier Sidler. Cela n'a rien de mineur ; cela va apporter un avantage considérable au chauffage électrique par effet Joule dans les bâtiments, ce que l'on appelle les grille-pains, et autoriser une moindre isolation ».

À cela s'ajoute la décision du Gouvernement de passer l'étiquette énergie des bâtiments en énergie finale. « En découle une revue à la baisse des exigences de cette étiquette pour les seuls logements chauffés à l'électricité, leur évitant des travaux de rénovation, analyse Olivier Sidler. Les logements chauffés à l'électricité classés C vont passer B. Ce sur-classement de l'électricité est une vraie tromperie vis-à-vis des consommateurs. »

Coup de frein à la rénovation énergétique

Autre grief de négaWatt : la révision du label BBC. « Il est question de modifier les exigences du label BBC pour l'aligner avec le projet de transformation de l'étiquette énergie. Il se situera alors au niveau de la classe B future, et donc de la classe C actuelle, déplore Olivier Sidler. Le niveau actuel de ce label est d'environ 35 kWh/m2/an en énergie finale, et son niveau sera porté à 60, donc on va le vider de ses exigences et de son sens. » Ce qui permettrait à la France d'être conforme à la loi en évitant de régler le problème sur le fond : réduire les consommations d'énergie.

 
Dans le secteur du bâtiment, l'État étant loin d'atteindre ses objectifs, il préfère changer les règles du jeu.  
Olivier Sidler, porte-parole de négaWatt
 
La création d'un nouvel indicateur « équivalent rénovation » pose également souci. Le Gouvernement a fait le choix de développer massivement la rénovation par étapes et se retrouve, selon l'association, dans l'incapacité de dénombrer les logements réellement rénovés au niveau BBC. « Il développe donc ce nouvel indicateur qui permettra d'agréger les petits gestes de rénovation, y compris peu performants, explique Olivier Sidler. De quoi permettre d'atteindre plus facilement l'objectif de 500 000 rénovations par an, mais conduit à l'impossibilité technique et économique de parvenir au niveau de performance globale du parc requis par la SNBC, c'est-à-dire un niveau BBC.

négaWatt déplore également une « électrification à marche forcée », mais, cette fois, dans le secteur des transports. « L'action du Gouvernement se résume à la seule promotion de l'électromobilité. Mais où sont passées toutes les formes de mobilité douce, le développement des infrastructures de transports collectifs en zones urbaine et rurale, ou la remise en service de lignes ferroviaires secondaires ? » interroge Stéphane Chatelin, directeur de négaWatt. Des questions sur le soutien des énergies renouvelables sont aussi de mise, avec des déclarations « inquiétantes » du Gouvernement ou du Président Macron sur le futur développement de l'énergie éolienne, et sur aucun moyen mis sur la table pour atteindre les objectifs du photovoltaïque.

Préparer la nouvelle politique nucléaire de la France

Cette « électrification a tout prix » s'inscrit-elle dans la prochaine politique nucléaire de la France ? Cela fait peu de doute pour l'association. « Le Gouvernement doit engager la construction de nouveaux EPR et prolonger la durée de vie des réacteurs existants, d'où la nécessité d'une électrification au mépris de la sobriété et de l'efficacité énergétique, analyse Yves Marignac, porte-parole spécialiste du nucléaire de négaWatt. On sait que cela n'est pas compétitif, mais on décide quand même d'y aller ».

Pour l'association, les choix politiques du Gouvernement vont à l'encontre de la transition énergétique et pointent un refus d'obstacle. « L'État n'assume pas un changement de politique majeur, la fin du nucléaire, ni le type de décision qu'il doit mener : celui de l'obligation de la rénovation énergétique, conclut Thierry Salomon. Les signaux se multiplient ces dernières semaines, et nous sonnons l'alerte. »

Réactions2 réactions à cet article

 

Les mantras habituels de Negawatt : il faut bannir le chauffage électrique, parce que d'origine nucléaire. Ils négligent juste qu'on sait faire des bâtiments quasi zéro énergie... Juste pour rappel : il est écrit explicitement dans la SNBC que la diminution du nucléaire nécessitera un recours extensif au gaz. Ce coefficient 2.58 (ou 2.30) est une ineptie qui favorise directement les gaziers : voilà la logique de ces gens-là. Pourquoi ne citez-vous pas plutôt les scénarios Negatepp, qui visent eux explicitement à une diminution prioritaire des hydrocarbures, sans exclusive quant aux solutions ?! La sortie des hydrocarbures, qui est l'urgence absolue, ne peut se faire qu'avec une électrification accrue -et évidemment une baisse de la consommation, dans la limite de l'acceptation sociale, et surtout aucun moyen ne doit être rejeté pour des motivations dogmatiques. Et il reste que la SNBC est inepte et très en-dessous du nécessaire.

dmg | 06 mars 2020 à 11h20
 
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Sur ce point Negawatt a raison . C'est bien dans ces deux secteurs qu'il faut rationnellement chercher les économies de GES et non dans les éoliennes qui n'ont aucun effet sur ces émissions .

sirius | 06 mars 2020 à 15h03
 
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