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Climat : le prolongement du protocole de Kyoto reste l'élément clé des négociations

Les négociateurs sur le climat se sont quittés une nouvelle fois en soulignant les avancées techniques et en appelant les décideurs politiques à prendre leurs responsabilités en matière d'engagements fermes.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Climat : le prolongement du protocole de Kyoto reste l'élément clé des négociations
   

Réunis du 6 au 17 juin 2011 à Bonn (Allemagne), les délégués des Etats membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont tenté de s'accorder sur les principaux sujets qui seront tranchés par les décideurs politiques lors de la 17ième Conférence des Parties (COP 17) qui se tiendra à Durban (Afrique du Sud) du 28 novembre au 9 décembre.

"Négociations climat de Bonn : de l'optimisme sinon rien… d'ici Durban", commente le Réseau action climat (RAC) à l'issue des douze jours de négociations. Or selon le RAC, "les négociations semblent très loin de [la] réalité [des derniers chiffres publiés par l'Agence internationale de l'énergie (AIE)]."

Fin mai, l'AIE estimait que les émissions mondiales de CO2 ont atteint un record de 30,6 gigatonnes (Gt) en 2010, dépassant de 5 % le record de l'année 2008 (29,3 Gt) et effaçant largement la baisse de 2009 résultant de la crise financière. Cette augmentation constitue ''un grave revers'' dans la lutte contre les changements climatiques, estimait alors Fatih Birol, économiste en chef à l'AIE, ajoutant qu' moins que des décisions audacieuses et décisives ne soient prises très prochainement, il sera extrêmement difficile de réussir à atteindre [l']objectif global", à savoir limiter à 2°C l'élévation de la température moyenne mondiale par rapport à l'ère préindustrielle.

Optimisme de rigueur

Résolument optimiste, Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre "s'est félicitée des progrès accomplis" évoquant des avancées "dans l'élaboration d'un Fonds d'adaptation, d'un Fonds vert et d'un mécanisme technologique visant à renforcer la coopération mondiale sur les technologies propres à travers, entre autres, la création d'un Centre de technologie du climat et de réseau pour la coopération technique."

Reste que pour le RAC, il s'agit là de "maigres avancées techniques" et les négociations de Bonn ont été marquées par des "blocages de procédures."

Autre source de satisfaction pour le secrétariat de la CCNUCC, "la confiance dans le processus onusien des négociations climatiques se reconstruit mais elle est fragile." Le retour de la confiance entre les négociateurs constitue de fait un élément clé depuis l'échec de la conférence de Copenhague (Danemark) en 2009.

Enfin, Christiana Figueres explique que "les domaines nécessitant que des décisions politiques soient prises avant la conférence annuelle de l'ONU sur le climat ont été identifiés." En l'occurrence les sujets politiques concernent les trois grands axes de négociations : le financement destiné à soutenir les efforts des pays du Sud en matière d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et d'adaptation aux effets du dérèglement climatique, la rédaction d'un traité international contraignant intégrant l'ensemble des parties à la Convention et le prolongement du protocole de Kyoto dont la première période d'engagement expire le 31 décembre 2012. Des sujets qui constituent le cœur du Plan d'action de Bali, adopté en Indonésie lors de la COP 13 en 2007, et qui aurait dû aboutir à un accord en décembre 2009.

 
Le GIEC se penche sur la géo-ingénierie Alors que les négociations piétinent, les scientifiques du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) ont annoncé qu'ils allaient étudier attentivement les technologies permettant de contrer la hausse des températures.
Ces techniques, regroupées sous le nom de géo-ingénierie, visent à capter le CO2 atmosphérique (fertilisation de l'océan pour favoriser la croissance du plancton ; création de machines capables d'absorber et de liquéfier le CO2), voire à réguler l'intensité du rayonnement solaire reçu par la Terre en diffusant des particules réfléchissantes dans l'atmosphère ou en déployant des ombrelles spatiales.
Elles sont aujourd'hui très critiquées notamment du fait de possibles effets secondaires imprévus. Par ailleurs elles soulèvent des questions éthiques relatives à la manipulation du climat et au pouvoir accordé aux Etats qui "contrôleraient le thermostat."
 
Le protocole de Kyoto, encore et toujours

Finalement, comme depuis cinq ans, la question des engagements que pourraient prendre les pays développés concernés par le protocole et les pays émergents, dont les émissions de GES ne cessent de croître, reste le principal sujet de discorde. "Le lien nécessaire à établir entre les négociations sur l'atténuation des émissions de GES telles que prévues par la CCNUCC et l'atténuation en vertu du Protocole de Kyoto [est] l'un des problèmes qui [doit] faire l'objet d'une attention particulière de la part des responsables politiques mondiaux avant la conférence de […] Durban", résume Christiana Figueres prévenant que "cela exigera un leadership de haut niveau au cours de l'année."

En l'occurrence, les positions restent figées. Les pays en développement exigent une deuxième période d'engagement sous le protocole sur la base de la responsabilité historique des pays riches dans le réchauffement climatique.

Le Canada, le Japon et la Russie, qui ont ratifié le protocole, n'entendent pas pour leur part s'engager pour une deuxième période lors de la conférence de Durban si les pays émergents n'ont pas d'engagement contraignant. Quant aux Etats-Unis, qui ont signé le protocole sans le ratifier, la position est identique.

Reste, l'Union européenne qui ne s'oppose pas à un nouvel engagement mais qui aimerait en contrepartie que soit négocié en parallèle un système englobant les grandes économies.

Vers un prolongement a minima ?

Le prolongement du protocole de Kyoto, qui avait été laissé de côté lors de la conférence de Cancun (Mexique) fin 2010, sera donc le principal enjeu de Durban. Le succès ou l'échec de la conférence sera sans aucun doute jugé à l'aune de la tournure que prendront les négociations relatives au protocole.

"L'une des options possibles à Durban serait une prolongation de Kyoto d'un, deux ou trois ans afin de laisser le temps de finaliser une solution plus globale", a indiqué à l'AFP José Romero, le représentant de la Suisse. Cependant, cette solution pourrait être difficile à mettre en œuvre, le Japon s'opposant à un prolongement de la première période d'engagement.

Les membres de l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis) qui figurent parmi les principales victimes des changements climatiques, ne semblent pas opposés à la signature d'un Kyoto allégé. Un tel accord engagerait moins de pays, mais il aurait l'avantage de maintenir en vie les négociations onusiennes. "Si on abandonne Kyoto, il sera difficile de remettre sur la table un système similaire plus tard", expliquait à l'AFP un négociateur européen.

Afin de progresser vers un compromis, l'Afrique du Sud qui présidera la COP 17 a annoncé qu'une réunion ministérielle se tiendra à Berlin en juillet et que les ministres se réuniraient de nouveau environ un mois avant la conférence de Durban.

Réactions3 réactions à cet article

 

Afin d'atténuer les émissions de gaz à effet de serre, les Pays sous-développés ont besoin de fonds pour préserver les forêts naturels et artificiels ainsi qu'une disponibilisation des finacements pour la protection des sols.

Ruyange | 23 juin 2011 à 10h37
 
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Le protocole de Kyoto n’imposait pas de lourdes contraintes aux Etats. Ses effets sont trop limités. Pourquoi lui chercher une suite ?
Son prolongement, même s’il avait été ratifié par les pays les plus émetteurs de GES, n’aurait pas abouti à la division par 2 des émissions mondiales en 2050. Pour atteindre ses objectifs, un petit effort de l’industrie était quasiment suffisant. C’est ce qui a été fait par le système de l’allocation de quotas d’émission et l’ouverture du marché correspondant. encore un hommage rendu au libéralisme !
Pour aller plus loin, il faudra que chaque Etat se décide à taxer les émissions de GES et donc établisse une TVC (taxe sur la Valeur Carbone) de chaque produit du commerce (importé ou non). Cette taxe doit être croissante de façon à devenir progressivement dissuasive. On a prétendu qu’il était difficile d’établir la valeur carbone des différents produits. Tant que la taxe reste faible,une approximation suffira.
Une des difficultés, me semble t’il, des négociations internationales sur le climat vient de la répulsion des Chefs d’Etats à des contraintes qu’il leur faut endosser et dont ils sentent la difficile perception par leur opinion publique. Le souci leur réélection l’emporte !
Il faudrait donc que les décisions soient (ou semblent) prises à un échelon supérieur qui ne feraient des Etats que les collecteurs des taxes (ou allocataires des subventions) qui, en définitive seront nécessaires pour réduire significativement les émissions de GES. .

Fr.Hubert | 23 juin 2011 à 12h27
 
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Avant de lancer des projets de géo-ingénierie dont les conséquences risquent d'être catastrophiques, il vaudrait mieux ne plus se référer aux seules projections cataclysmiques des modèles numériques du GIEC, dont on sait qu'elles n'ont pas de signification digne de foi : les modèles ne savent pas intégrer la vapeur d'eau, les nuages, les grands courants marins, les échanges dynamiques d'air et d'énergie, les aérosols, les rayons cosmiques, ....De plus, les données d'observation montrent que la température moyenne globale est stable depuis 1999, que les océans sont en léger refroidissement depuis 2003 (mesures des 3350 sondes océaniques ARGO) et que la montée des océans tend à stabiliser, et ceci, malgré la croissance continue du taux de CO2 troposphérique (mesures au Mona Loa). Le rôle du CO2 anthropique est donc très vraisemblablement nul, ou, à tout le moins, marginal.

jipebe29 | 28 juin 2011 à 17h29
 
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