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La neutralité carbone passe par de profonds changements sociétaux

Pivot de l'Accord de Paris sur le climat, le concept de neutralité carbone vise zéro émission nette à l'horizon 2080. Entre temps, les interprétations divergent sur la manière d'y parvenir, souligne une note de l'Iddri.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

La neutralité carbone n'a pas reçu de définition scientifique cadrée, et pourtant elle est au coeur de l'Accord de Paris sur le climat. L'objectif de plafonner la hausse de la température globale à +2°C implique des modifications drastiques. Le scénario RCP 2,6 (Representative Concentration Pathway) du Giec implique de limiter le forçage radiatif à 2,6 watts par mètre carré. Traduction économique : les émissions de CO2 décroissent pour parvenir à zéro en 2060, puis elles deviennent négatives. Le reste des gaz à effet de serre (GES) est divisé par deux d'ici la fin du siècle.

Comment y parvenir ? En son article 4, le texte enjoint les Parties à ''parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle''. La neutralité carbone (29079) est d'abord une arithmétique des émissions : l'addition et la soustraction du CO2 équivalent (tous gaz à effet de serre compris) devant aboutir à zéro, voire à un chiffre négatif. On parle de zéro émission nette, voire d'émissions négatives.

Comment cette neutralité carbone se traduit-elle dans la réalité ? C'est la question abordée par une note de l'Iddri parue le 3 août qui estime que la neutralité carbone est déjà devenue un ''marqueur'' politique. En témoignent une myriade d'expérimentations à des échelles diverses, locales, régionales, au sein des entreprises, urbaines et étatiques, en cours sans qu'un cadre unifié ait été défini. Pour les auteurs de cette note, ce foisonnement traduit la volonté des parties prenantes de renforcer leur ambition en faveur du climat.

La neutralité carbone a plusieurs facettes. Elle ne consiste pas seulement à réduire les émissions à la source, mais renvoie à un ensemble de technologies et de mécanismes visant à compenser le surplus d'émissions. Même si aucun de ces dispositifs n'a réellement fait ses preuves à long terme. A fortiori, une gestion écologique des forêts, des sols et des écosystèmes côtiers (mangroves) ne permettrait que de manière transitoire de stocker les excès de carbone répandus par les sociétés industrielles, souligne la note de l'Iddri.

Portée limitée des technologies d'émissions négatives

Selon la littérature scientifique, le potentiel de séquestration additionnelle de ces puits de carbone semble incertain et difficile à mesurer, estimé entre 1,83 et 14 gigatonnes de CO2 équivalent par an sur une période de quelques décennies à l'issue de laquelle ils seraient saturés. Les incitations politiques internationales à une gestion écologique des forêts, des prairies et des écosystèmes côtiers n'ont pas encore fait leurs preuves, note l'Iddri. Quant aux effets collatéraux de ces politiques sur la sécurité alimentaire par exemple, ils restent à évaluer.

Si l'avantage de ce flou est de permettre une vaste latitude d'interprétations, l'inconvénient est de ne rien exclure, y compris des techniques controversées. Les NET (Negative Emission Technologies) en sont encore au stade expérimental ou, au mieux, existent sous la forme de démonstrateurs. Elles soulèvent des questionnements sur leur impact écologique et leur coût. Exemple : les Bioenergy Carbon Capture and Storage (BECCS) combinent production d'énergie à partir de la biomasse ou de biocarburants et séquestration des gaz à effet de serre dans les couches géologiques. Pour avoir un impact sur les émissions, 20 à 35% des terres cultivables dans le monde devraient être dédiées à ces techniques, ce qui pourrait menacer la sécurité alimentaire. Le cinquième rapport du Giec envisage dans la plupart des scénarios de plafonnement de la température à +2°C un développement à grande échelle des BECCS sous réserve qu'elles soient disponibles à des coûts raisonnables à partir de 2050 et que leurs conséquences écologiques ne soient pas contreproductives.

En tout état de cause, les technologies NET ne pourront se substituer aux réductions à la source. Comme le souligne l'étude de l'Iddri, les économies industrielles ne pourront pas faire l'impasse sur la décarbonisation profonde que suppose le scénario RCP 2,6. Concrètement, cela signifie moins de deux tonnes de CO2 per capita dans le secteur énergétique et au moins 30% à 40% de réduction des émissions de CH4 (méthane) et de N2O (protoxyde d'azote) d'ici à 2050. Ceci se traduira par une modification des régimes alimentaires, et par une transformation profonde des systèmes agricoles.

L'enjeu des modes de vie des pays développés

Surtout, préconise l'Iddri, il faudra distinguer entre les différents gaz à effet de serre, chaque type de GES devant faire l'objet d'une comptabilité spécifique plutôt qu'être converti en tonnes équivalent CO2. Ceci permettrait aux décideurs de mieux cibler les mesures à prendre. A l'échelle nationale, trois catégories d'émissions devraient être prises en compte : les émissions domestiques, les émissions issues des transports internationaux, les émissions causées par les modes de consommation. Sur le plan international, la décarbonisation profonde devrait faire l'objet d'efforts coordonnés, en particulier en matière de méthodes de production agricole. ''Chaque acteur devrait définir sa place dans un monde carboniquement neutre'', insiste l'Iddri.

Compte tenu des modes de vie et si ceux-ci restent inchangés dans les pays développés, les GES ne diminueront pas suffisamment. Leur réduction ne dépend pas seulement de déploiements de technologies. L'enjeu de fond est d'abord une transformation des modes de vie, de production et de consommation. Comme le souligne l'Iddri, ''jusqu'à présent, ce sont des comportements conservateurs et des modélisations économiques qui ont constitué le modèle global de la décarbonisation. Mais la réponse au défi du climat sollicite des transformations sociétales profondes''.

Réactions1 réaction à cet article

 

Les mesures de compensation, le captage tant mis en avant par le GIEC, c'est juste une façon de ne pas résoudre le problème de notre surconsommation d'énergie. Le message est clair : pourquoi économiser si on peut évacuer ?! Tout ça va évidemment dans le sens des puissants actuels, hydrocarbures en tête. Et c'est contre ceux-là qu'il faut se battre. Autant dire qu'il faut une volonté sans faille, pas vraiment ce qui caractérise nos politiques.

dmg | 28 août 2018 à 18h31
 
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