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“ Si Nicolas Hulot y va, ça n'est pas pour les dorures mais pour changer les choses ”

Connu pour avoir refusé toutes les mains tendues des anciens Présidents, Nicolas Hulot a finalement accepté d'entrer au gouvernement d'Emmanuel Macron. Jean-Paul Besset, ex député européen, proche du nouveau ministre de l'Ecologie, nous livre les raisons qui ont poussé ce dernier à relever le défi.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Marie Jo SaderActu-Environnement.com
   
“ Si Nicolas Hulot y va, ça n'est pas pour les dorures mais pour changer les choses ”
Jean-Paul Besset
Ancien député européen EELV
   

Actu-Environnement : Qu'est ce qui a convaincu Nicolas Hulot d'entrer pour la première fois dans un gouvernement ?

Jean-Paul Besset : Deux choses l'ont convaincu. La première, c'est le changement de l'écosystème politique. Il semble que nous sommes passés à présent de la confrontation systématique, la lutte de camps où l'on espère gagner par K.O. à une pratique de dépassement des clivages, de concertation, de dialogue pour trouver des solutions. Et c'est ce qu'a toujours porté Nicolas Hulot en pensant que les affrontements n'amenaient qu'à des bêtises et il l'a constaté tout le long de son expérience dans le périmètre politique.

L'autre point qui l'a convaincu, ce sont les rencontres qui datent depuis plusieurs mois avec le nouveau Président de la République. Il a pu constater, durant ces entretiens approfondis, qu'il y avait des convergences entre ce que lui, Nicolas Hulot, apportait comme horizons et ce qu'Emmanuel Macron avait dans la tête. Il y avait une évolution très positive d'Emmanuel Macron sur les combats écologiques. Cette évolution d'Emmanuel Macron combinée à un paysage politique bouleversé, lui ont paru offrir une opportunité pour entrer dans le gouvernement.

AE : Nicolas Hulot a-t-il obtenu des garanties fortes en adéquation avec ses convictions ou a-t-il accepté que faire de la politique c'est aussi renoncer à certains engagements ?

JPB : Il n'y a pas de garanties au sens marchandage du terme : "je viens si tu me donnes ça", mais plutôt une garantie sur le fond. C'est à dire un nouveau climat politique et l'engagement d'un président de la République pour faire des questions écologiques, le fil rouge de son quinquennat.

AE : Quelles différences selon vous par rapport à l'ère Sarkozy ? L'ex-président français avait lui aussi tendu la main à Nicolas Hulot dans un gouvernement hétéroclite.

JPB : Ca n'a rien à voir. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy était un gouvernement de prise d'otages et de guerre. Un "gouvernement d'ouverture" comme on disait, c'est à dire composé d'individus qui se raccrochaient pour pouvoir faire quelque chose. Ca n'était pas du tout le même paysage politique qu'aujourd'hui et les individus n'étaient pas les mêmes non plus. Emmanuel Macron n'est pas Nicolas Sarkozy. Dans la mesure où le paysage politique explose et rend possible les convergences des énergies et le rassemblement des compétences plutôt que les "guéguerres" ici où là, ça devient complètement autre chose. Avec Nicolas Sarkozy, il fallait que Nicolas Hulot choisisse la droite. Et avec François Hollande, il aurait fallu qu'il choisisse la gauche et ça il ne le voulait pas. Il voulait trouver un dépassement et il l'a trouvé avec Emmanuel Macron.

AE : Beaucoup commentent les divergences qui opposent Nicolas Hulot avec les autres membres du gouvernement, à commencer par le Premier ministre Edouard Philippe, ancien cadre d'Areva. Comment Nicolas Hulot va-t-il cohabiter avec des individus qui portent des combats antagonistes aux siens ?

JPB : Effectivement, il y a des sensibilités différentes, des itinéraires différents, et des cultures différentes. Mais tout ça se rencontre et va essayer de travailler ensemble pour tenter de converger.

Si chacun reste sur ses positons et ses soi-disant convictions, si chacun reste assigné à résidence sur ce qu'il a été et sur ce qu'il a fait, ou sur telle petite phrase, alors on n'avancera jamais ! A présent, nous essayons de dépasser les clivages. Bien sûr qu'il y a des risques que les résistances soient trop fortes, les résistances culturelles particulièrement. C'est un pari risqué. Et comme tout pari dans la vie il comporte sa part d'échec possible.

AE : Le langage de Nicolas Hulot est de mettre l'accent sur l'urgence des défis écologiques qui nous attendent. Il a toujours dit qu'il n'y a pas de temps à perdre. Tient-il toujours à l'urgence de l'action ?

JPB : S'il y va c'est bien pour ça ! Sinon ça serait pourquoi ? Pour avoir le plaisir d'être dans un ministère et des dorures? Il en a rien a ciré de ça ! Il est d'ailleurs connu et parfois critiqué pour rester sur son quant-à-soi.

Nicolas Hulot y va pour agir parce qu'il pense qu'il peut faire avancer les choses. Alors oui, il est dans l'urgence mais en même temps il sait que c'est un travail de fond, de long terme. Il l'a dit lui-même : "le ministère de l'Ecologie c'est un peu le ministère du futur". Il faut tracer l'horizon. La positon de ministre d'Etat qu'il a dans ce gouvernement n'est pas une position protocolaire, c'est une véritable capacité d'action qui s'étend largement au-delà de son périmètre ministériel.

A-E : Est-ce que vous pensez qu'il pourrait rapidement quitter le gouvernement si de trop grandes divergences éclatent ?

JPB : Je vois qu'on est déjà aujourd'hui à la recherche du clash ! Nicolas Hulot y va sur ses convictions et sur ce qu'il veut faire. Evidemment que s'il s'aperçoit que ça va dans le sens inverse et qu'il ne sert à rien, sinon de plante, il partira ! Mais il n'y va pas dans l'état d'esprit de claquer la porte. Il y va pour durer. Il y va pour inscrire le travail dans le long terme sur l'ensemble du quinquennat.

A-E : Il dit avoir très peur de décevoir. Pourquoi selon vous ?

JPB : Parce qu'il est modeste. Parce qu'il sait que les questions sont compliquées. Il sait que ce n'est pas facile de passer d'une posture de celui qui exige des autres à la réalité de quelqu'un qui agit et qui construit. Il a conscience des délais, des compromis que cela exige. Il a conscience des possibles reculades, des hésitations. Il sait que la vie est pleine d'aspérités et que les choses ne changeront pas d'un coup. C'est évident qu'il va y avoir des impatiences. Bien-sûr que tout le monde voudrait savoir d'ores et déjà quand est-ce qu'on sort du nucléaire, qu'on arrête Notre-Dames-des-Landes et les rejets de boues rouges, qu'on lance la rénovation thermique de millions d'habitations et de bâtiments. Mais tout ça ne peut se faire que progressivement. A la fois parce que les problèmes sont complexes et parce qu'il faut convaincre des majorités dans l'opinion. Il faut obtenir l'adhésion d'une majorité culturelle. Et cela n'est pas gagné.

AE : Qu'est-ce qui lui tient le plus à cœur en entrant dans ce gouvernement ?

JPB : La question climatique bien évidement. Son combat c'est d'appliquer le cadre de la COP21 à l'économie française et européenne. Son grand combat c'est de traduire la Cop21 en actes.

Réactions3 réactions à cet article

 

Si il prend dess décision objective et basé sur la science (la vrai pas celle d'un séralini ou autre dufumier) alors il va forcement décevoir tout ceux qui reste accroché a leur conviction idéologique mais fausse.

yann | 23 mai 2017 à 11h13
 
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Notre Dame des Landes : soit l'aéroport se fait, soit il ne se fait pas. La mi-teinte n'est pas possible. Et faire cet aéroport, ce n'est pas compatible avec les objectifs de la Cop 21 parce qu'on sait bien que ça va induire de nouveaux déplacements, tout comme la construction de nouvelles autoroutes. Il y a des sujets qui n'autorisent pas de postures d'attente.

stopcarrière | 23 mai 2017 à 16h24
 
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Il est ventriloque ce Jean-Paul Besset, pour parler à la place de Nicolas Hulot ?
Enfin tant qu'il ne fait pas causer le Général de Gaulle comme tant d'autres...
Monsieur Hulot s'assure une retraite pépère, et une consécration que le suffrage universel ne lui aura jamais donné avec EELV.
Il devrait publier son empreinte environnementale personnelle, qui doit être considérable...

Albatros | 29 mai 2017 à 11h53
 
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