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Eolien : une filière à accompagner sereinement

Si l'éolien est plébiscité pour participer à la transition énergétique française, il nécessite encore un soutien, pas forcément financier. Nicolas Ugalde-Lascorz, directeur général de Vents du Nord, fait le point sur les défis que la filière s'apprête à relever.

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Environnement & Technique N°363 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°363
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Nous vivons actuellement une révolution énergétique à travers la planète. Le monde prend aujourd'hui conscience de l'importance et de l'urgence à modifier ses comportements en matière d'énergie.

La Conférence de Paris sur le Climat s'est terminée le 12 décembre 2015, pour la première fois, sur un consensus entre les premières puissances économiques mondiales. Cet accord a permis la transition d'un constat écologique à une politique énergétique mondiale.

En France, la loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique pour la croissance verte fixe aujourd'hui des bases nouvelles et ambitieuses pour les énergies renouvelables. C'est à travers la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) que le gouvernement s'est donné un nouvel objectif, faisant suite à celui porté par le Grenelle de l'environnement, portant la puissance installée éolien entre 22 à 27 GW d'ici 2023.

Depuis près de 20 ans, les objectifs successifs éoliens sont toujours très ambitieux mais difficilement atteignables. La politique énergétique ne doit donc pas se limiter à fixer des objectifs mais doit également accompagner la filière pour lui permettre de les atteindre.

La filière éolienne a besoin d'une vision stable et pérenne. Elle doit tout d'abord se positionner face aux autres sources énergétiques. C'est la raison pour laquelle il est essentiel que l'Etat se positionne clairement sur les autres sources d'énergie (nucléaire et fossile).

L'éolien a également besoin d'un cadre juridique, administratif et économique cessant de vaciller tous les deux à trois ans. L'éolien a connu, depuis ses débuts, le programme Eole 2005, une limitation de parc à 12 MW, la mise en place du régime ICPE, les zones de développement éolien (ZDE), la règle des cinq mâts minimum, la suppression des ZDE, les schémas régionaux éoliens (SRE) et bientôt les Sraddet (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires). Cette instabilité administrative aux contraintes grandissantes fait écho à celle du tarif d'achat de l'électricité.

Les prochains mécanismes de soutien à partir du 1er Janvier 2017 seront primordiaux. Il est indispensable voire vital que les futurs systèmes d'appel d'offres et de complément de rémunération puissent donner confiance sur le long terme aux professionnels, aux investisseurs et accélérer ainsi notre rythme d'installation.

L'éolien est une force pour nos territoires

Il est cependant nécessaire de garder à l'esprit que l'éolien est avant tout une énergie de proximité. Notre pays vit depuis plus de 40 ans sur une "mono-énergie" centralisée. A l'inverse, l'énergie éolienne est, elle, décentralisée. L'éolien bouscule les codes dans notre pays et dans nos régions, sur un plan social, économique et culturel.

A ceux qui disent que l'éolien détruit les régions, je leur réponds que l'éolien, au contraire, les enrichit !

Depuis le début des années 2000, l'éolien est vecteur d'emploi et de développement économique pour nos territoires. L'éolien en 2016, c'est près de 15.000 emplois à travers l'hexagone avec une progression de 15% par an. Quelles sont les autres filières aujourd'hui avec un tel potentiel ?

L'éolien est également vecteur de développement. Il redynamise certains territoires et apporte des services de proximité parfois disparus depuis longtemps (indépendance énergétique des particuliers par des aides communales, transport scolaire, infrastructures sportives).

Certaines régions ont su déceler dans l'éolien un fort potentiel. Des laboratoires sont déjà en marche, dans la recherche et l'innovation, pour faire évoluer les turbines et l'aérodynamisme des éoliennes qui aujourd'hui tirent profit de tous les régimes de vents même les plus faibles.

De la recherche et de l'innovation également dans le stockage. L'appel à projets "Territoires Hydrogène", lancé par le gouvernement en mai 2016, a mobilisé toutes les régions de France. De nombreux projets pilotes, couplant éolien et production d'hydrogène, sont d'ores et déjà en route pour que demain l'électricité produite par les éoliennes puisse chauffer nos maisons et faire rouler nos voitures avec une efficacité grandement supérieure à une voiture électrique classique. Longtemps l'éolien a souffert de sa production fluctuante au gré des vents. Le stockage permet aujourd'hui de balayer ce point limitant et d'être compétitif face aux autres sources d'énergies à forte puissance.

Des défis à relever

Des freins se dressent malgré tout encore devant l'éolien. Le premier concerne la cohabitation des zones militaires. La R&D là aussi peut avoir un rôle important à mon sens. L'action de France Energie Eolienne en collaboration avec le pôle de compétitivité Tenerrdis et l'Agence régionale de l'innovation en région Auvergne Rhône-Alpes permettra je l'espère, grâce à la recherche, de faire cohabiter éoliennes et radars et permettre la libération de près de 8.000 MW aujourd'hui en stand by sur notre pays. Un travail est actuellement mené pour définir les axes d'innovation dans l'éolien ou comment les laboratoires d'Auvergne Rhône-Alpes peuvent-ils répondre aux besoins de la filière. La nécessité de pouvoir construire des éoliennes dans un périmètre proche des radars (Armée et météo) sans interférences est une piste privilégiée dans ce programme collectif. Un accord avec la Défense devra également être nécessaire et obligatoire.

L'autre frein important reste encore aujourd'hui l'acceptation. L'Ifop a récemment publié un sondage à ce sujet montrant que plus de 75% des citoyens français au minimum ont une image positive de l'éolien en France en 2016. Mais ce chiffre n'empêche malheureusement pas l'abus des recours administratifs bloquant aujourd'hui plus de la moitié des projets déposés. Nous avons donc, nous professionnels mais également l'Etat français, un devoir pédagogique pour informer, proposer un nouveau modèle énergétique et en particulier envers les plus jeunes qui parfois ont déjà même intégré l'éolien dans leur propre paysage.

Nous devons permettre à chaque citoyen français de s'approprier son énergie et de s'en rendre maître. Chacun doit y trouver une finalité. En s'appropriant l'énergie nous en sommes responsables. L'éolien participatif dans certains cas peut être une solution à l'appropriation mais force est de constater que ce système ne prévient nullement des recours.

L'éolien est un formidable atout pour nos territoires. C'est un vecteur d'avenir. Il s'inscrit dans cette révolution énergétique mobilisant aujourd'hui les grandes nations de ce monde. La transition énergétique est déjà en marche. La renier serait tourner le dos à une énergie plus propre, à la création de milliers d'emplois et à une meilleure stabilité sociale.

Avis d'expert proposé par Nicolas Ugalde-Lascorz, directeur général de Vents du Nord

Réactions10 réactions à cet article

 

Il n'est pas interdit à tout citoyen involontairement contributeur des bénéfices tirés de l'éolien surtout par/pour les actionnaires des constructeurs étrangers ou français de préférer les avis d'experts totalement indépendants, incluant des vétérinaires ayant constaté l'impact négatifs des éoliennes jusque sur les animaux d'élevage.

Evidemment pour une "pauvre" commune que l'état aide de moins en moins, la manne éolienne n'est pas négligeable; mais elle ne doit pas aveugler, car incontestablement l'impact environnemental est "durable" et le démantèlement plus coûteux que généralement annoncé.

Sagecol | 04 octobre 2016 à 09h19
 
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Le développement inconsidéré des EnR intermittentes, pour « sauver la planète » d’un problème qui n’existe pas (il n’y a plus de réchauffement global depuis près de 20 ans et les projections des modèles numériques divergent de plus en plus des observations), a pour conséquence d’accroître la précarité énergétique avec un dérapage rapide de la taxe CSPE, donc du prix du kWh. Les EnR sont aléatoirement intermittentes, et leurs facteurs de charge sont ridiculement faibles : 23% pour l’éolien et 14% pour le solaire. Pour une puissance installée de P MW, Il faut en soutien permanent une puissance P MW de thermique, donc dire que les productions des EnR sont décarbonées est un mensonge éhonté. L'Allemagne est un parfait exemple de cette fausse décarbonation, et ses centrales thermiques de soutien, au charbon ou au lignite, envoient dans l'atmosphère, outre le CO2 (gaz de la Vie car nécessaire à la photosynthèse, et non polluant), de vrais polluants. Bref, les EnR intermittentes, et notamment l’éolien, sont des solutions inadaptées à la production d’une énergie électrique pilotable, fiable, compétitive. Leur foisonnement déraisonnable est une absurdité.

jipebe29 | 04 octobre 2016 à 10h51
 
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Que les éoliennes soient une affaire financière de premier ordre pour ses promoteurs ,personne ne l'ignore . Que les collectivités locales en tirent un bien moindre bénéfice ,c'est moins acceptable.
Mais que l'on dénature nos paysages pour satisfaire un secteur industriel , n'est pas admissible .
Car si le programme des promoteurs arrivait à son terme ,ce sont
10 % de notre territoire qui seraient occupés par ces machines .Mais surtout les plus beaux sites ,car les plus en vue .Une éolienne de 150 m. se voit à 10 KM. et donc sur une surface de 314 KM2 !
Le stockage reste au stade des recherches encore infructueuses .Au grand dam des producteurs éoliens .
Quant à l' "acceptabilité" elle serait moins critique si les politiques n' avaient pas refuser de ménager une distance d'un KM. entre une machine (150 m. de haut) et une habitation . La Bavière vient d'imposer l 'intervalle de 10 fois la hauteur de la machine , preuve que cet écart est nécessaire au respect des sites et des résidents .

sirius | 04 octobre 2016 à 10h58
 
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Si les graves défauts de l’éolien étaient mis sur la place publique, plus de 90% des Français y seraient opposés.

Il suffit de savoir qu’il est aléatoirement intermittent et que l’effet de foisonnement est une fable, que sa part de production annuelle dans le mix énergétique est marginale (3,9% en 2015), que son facteur de charge est faible (23%), qu’il a un grave impact sanitaire (infrasons, effet stroboscopique) et un impact environnemental négatif (massacre de biodiversité ailée), qu’il dénature nos paysages, a une forte emprise au sol, et que son bilan carbone est catastrophique... Faire pire semble difficile ... Bref, l’éolien ne présente aucun intérêt, si ce n’est d’offrir aux promoteurs cupides des avantages déraisonnables octroyés par des Pouvoir Publics incompétents, et ce sont les ménages qui en payent le prix de plus en plus douloureux (taxe CSPE, en augmentation rapide)...

jipebe29 | 04 octobre 2016 à 11h06
 
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Sagecol, vous devez confondre avec l'énergie nucléaire pour ce qui est de l'impact environnemental durable et le démantèlement plus coûteux qu'annoncé !!

Pierre | 04 octobre 2016 à 11h14
 
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Les surcoûts des EnR intermittentes, au bénéfice des promoteurs rapaces et à la charge des ménages, se montent déjà à plus de 5 Md€/an en 2016, et cela va rapidement déraper. Quant à la loi de transition énergétique, les surcoûts sont effarants : ils se montent à 23 Md€/an en 2016, et, si cette loi perdure en l'état, ils se monteront à 70 Md€/an en 2030. Voir "Transition énergétique : dites la vérité aux Français" de la Fondation Ifrap

jipebe29 | 04 octobre 2016 à 12h19
 
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Je vois que le lobby nucléaire ne faiblit pas. Et pour cause, il est aux abois. Ces messieurs commencent à comprendre que le coût tendanciel des énergies renouvelables est lié à la courbe d'expérience. Les installations coutent de moins en moins cher, les coûts de production baissent. Alors que dans le nucléaire les coûts monte en flèche. A la fois parce que les centrales sont de plus ne plus complexes pour des raisons de sécurité, et parce que le coût du minerais augmente. Après le désastre d'Areva certains commencent à imaginer le désastre d'EDF.
ENGIE qui est tout sauf un ramassis de gauchiste écolos mise sur les énergies renouvelables et la numérisation avec les compteurs intelligents et les réseaux locaux. Toutes choses dont EDF a très peur.
On ne gagne jamais en se crispant sur ses positions. Espérons pour les salariés d'EDF que leurs dirigeants se montreront rapidement plus ouverts. Sinon, on peut imaginer un désastre industriel pour dans quelques années.

La Métamorphose | 04 octobre 2016 à 14h01
 
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jipebe29, décidément cela fait beaucoup de confusion avec le nucléaire : ce qui est absurde et déraisonnable c'est de produire des déchets radioactifs dangereux pendant des centaines de milliers d'années pour seulement quelques dizaines d'années de production électrique !!

Pierre | 04 octobre 2016 à 16h00
 
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Rassurez-vous, Pierre, je ne fais pas la "confondaison"

Et, en prime, je pense que les anti-éoliens pro-nucléaires sont eux aussi victimes de discours mensongers qui vont nous coûter très cher

Sagecol | 04 octobre 2016 à 16h37
 
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Acceptabilité


Rappel des résultats d'un sondage IPSOS en 2012

Acceptez vous une éolienne ?
dans votre département OUI à 80 %
" " commune OUI à 68 %
" " champ de vision OUI à 45 %
Il est clair que le oui est d'autant plus fort que la machine est invisible ." Oui, mais pas chez moi ."
De plus le champ de vision dépasse le plus souvent les limites de la commune , quelle sera alors la réponse ?

sirius | 05 octobre 2016 à 10h34
 
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