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Comment la Nouvelle-Aquitaine intègre la biodiversité pour orienter sa politique

Le comité scientifique régional Écobiose, qui étudie la dépendance des activités humaines à la nature, a achevé ses travaux. La Région s'appuie sur ses conclusions pour orienter sa politique en matière d'agriculture et de biodiversité.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Comment la Nouvelle-Aquitaine intègre la biodiversité pour orienter sa politique

« Anticiper les conséquences de l'érosion du vivant et de la dégradation du fonctionnement des écosystèmes [sur les activités humaines] ». Tel est l'objectif du comité scientifique sur la biodiversité, dénommé « Écobiose », que la région Nouvelle-Aquitaine a mis en place fin 2017, et qui a rendu public ses travaux le 2 décembre.

Les travaux de ce comité, coordonnés par le directeur de recherche au CNRS Vincent Bretagnolle, bénéficient de la contribution interdisciplinaire d'environ 150 scientifiques. La Région s'appuie sur ces travaux pour orienter sa politique en matière d'agro-écologie et de protection des espaces naturels.

Six socio-écosystèmes

Les scientifiques ont défini six socio-écosystèmes qui prennent en compte les interactions des sociétés humaines avec les écosystèmes qu'elles occupent : plaines agricoles, régions viticoles, forêts, milieux aquatiques, milieux urbains et artificialisés, prairies et bocages. Le comité scientifique avait présenté les premiers résultats de ses travaux portant sur les plaines agricoles en juin 2018. La restitution de la totalité des travaux en cette fin d'année fait l'objet d'une synthèse à destination des décideurs, à l'instar de la méthodologie retenue au plan international par le groupe d'experts internationaux spécialisés sur la biodiversité (IPBES). Le comité adresse quatre messages clés à l'intention des décideurs.

En premier lieu, « la biodiversité a des effets positifs directs et indirects sur les biens et productions » dans les socio-écosystèmes que sont les plaines agricoles, les vignes et les forêts. Elle « améliore la qualité de la production et augmente et stabilise les rendements face aux aléas environnementaux ». « Par exemple, sur la production de colza et de tournesol, la multiplication du nombre d'abeilles par cent permet une hausse de 40 % des rendements », illustre Vincent Bretagnolle. Mais la biodiversité offre aussi des services qui « dépassent la dimension de production de biens » : services de régulation comme l'épuration de l'eau, la régulation du climat ou le contrôle biologique, services socioculturels à travers les activités récréatives notamment. Ce qui signifie aussi que certains des services fournis par la biodiversité ont une valeur non marchande, en matière de santé publique, par exemple à travers son rôle d'atténuation des îlots de chaleur en ville.

Ces conclusions sont d'autant plus importantes que la Nouvelle-Aquitaine est la première région française pour la valeur de sa production agricole. Elle est aussi le premier employeur viticole de l'Hexagone, représente 27 % de la récolte de bois nationale et accueille 28 millions de touristes chaque année, rappelle Nicolas Thierry, vice-président du conseil régional en charge de l'environnement et de la biodiversité.

Déclin accéléré d'un grand nombre d'espèces

Les quelque 1820 articles scientifiques étudiées dans le cadre de ces travaux confirment par ailleurs « le déclin accéléré d'un grand nombre d'espèces végétales ou animales ». « Dans le sud des Deux-Sèvres, 90 % des populations de perdrix a disparu en 25 ans et un tiers des populations d'alouettes. C'est préjudiciable d'un point de vue cynégétique (…). Mais cela a aussi un impact direct sur l'agriculture. En effet, les oiseaux régulent les populations d'insectes en été, et en hiver mangent les graines de la flore spontanées qu'ils éliminent à près de 50 % », explique le directeur de recherche au CNRS.

Les causes de cet effondrement de la biodiversité ? « L'intensification de l'agriculture via le recours massif aux intrants chimiques (pesticides et fertilisants), la mécanisation des travaux agricoles ainsi que la simplification des paysages agricoles, viticoles et forestiers mais aussi l'introduction d'espèces exotiques et envahissantes ». Les auteurs de l'étude constatent également, mais dans une moindre mesure, un déclin de la biodiversité dans les territoires urbanisés. « La Gironde et la Charente-Maritime détiennent sur leur littoral un record d'espaces bétonnés », pointe Vincent Bretagnolle.

 
La biodiversité a des effets positifs directs et indirects sur les biens et productions dans les socio-écosystèmes que sont les plaines agricoles, les vignes et les forêts.  
 
Enfin, le comité scientifique constate « des blocages institutionnels et législatifs » qui empêchent la mise en place de modes de gouvernance appropriés permettant de « concilier objectifs de production et objectifs de conservation de la biodiversité ». Le résumé à l'intention des décideurs permet d'en savoir un peu plus sur ces blocages. « Par exemple, à l'échelle régionale, les interprofessions comme le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) mobilisent des services et comités "techniques" puissants qui ont, historiquement, d'abord défendu la viticulture conventionnelle (c'est-à-dire intensive) puis davantage une viticulture "raisonnée" », pointe le document concernant le secteur viticole. Pour la forêt, les chercheurs identifient deux freins principaux : « un processus de concentration du pouvoir entre acteurs issus de l'industrie sylvicole et leurs alliés » et « un recours quasi-exclusif à des sources de savoirs en lien avec les visions productivistes de la gestion forestière ».

Sortir des pesticides de synthèse d'ici 2030

La Région ne souhaite pas que ces travaux, dont elle a contribué au financement, restent lettre morte. C'est pourquoi elle annonce l'intégration de ces conclusions dans la stratégie régionale pour la biodiversité qu'elle élabore avec l'État pour la fin 2020. Cette étude a également nourri les volets agriculture et biodiversité de la feuille de route Néoterra votée en juillet dernier par le conseil régional et qui définit « une trajectoire de transition écologique globale pour la Nouvelle-Aquitaine ». La région annonce 18 recrutements « dès 2020 » pour mettre en œuvre cette feuille de route et 67 millions d'euros de budget supplémentaires.

Pour le volet agricole, la Région se fixe comme objectif de sortir des pesticides de synthèse d'ici 2030, d'arrêter l'utilisation des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) dès 2025, et d'atteindre 80 % d'exploitations certifiées en bio ou à « haute valeur environnementale (HVE) » d'ici 2030. Dans ce cadre, elle lance un appel à manifestation d'intérêt (AMI) « Territoires sans pesticides » à destination des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et des parcs naturels régionaux.

Côté préservation de la biodiversité, la feuille de route fixe des objectifs généraux comme ceux de « réconcilier la biodiversité et les activités humaines » ou encore de « mieux l'intégrer dans les projets d'aménagement ». De manière plus pragmatique, la Région annonce 25 nouvelles réserves naturelles en 2030, le doublement des surfaces gérées par les conservatoires d'espaces naturels (CEN), ainsi qu'un appel à manifestation d'intérêt « intégrateur de biodiversité » au printemps.

D'ores et déjà, Nicolas Thierry met en avant « l'acquisition par la Région de 2 500 hectares d'espaces naturels ». Un début de réponse modeste par rapport aux leviers d'action suggérés par Écobiose : des systèmes de production diversifiés significativement moins intensifs en termes d'usage d'intrants et de travail mécanique, des investissements dans des infrastructures écologiques, le changement de nos modes alimentaires, et l'utilisation sobre des ressources naturelles.

Réactions1 réaction à cet article

 

Pas de biodiversité sans eau ! La base de toute la vie sur terre c'est l'eau, en Nouvelle aquitaine on laisse mourir des millions d'hectares de végétation pour que l'eau douce aille dans les toilettes des villes !

on compte 1.1 millions d'hectares de prairies dans la région, avec des haies, ni labour ni pesticide pourtant ces écosystèmes riches en biodiversité crèvent tous les étés sur des périodes de plus en plus longues, alors que notre devoir de citoyen de la planète c'est d'entretenir le vivant et donc de ne pas le laisser mourir de soif l'été !
La foret est le seul écosystème à réguler le climat de façon autonome grâce à son fort taux d'évaporation (70% des pluies) et à son important volume racinaire. on a défriché pour cultiver mais sans respecter le rythme des saisons : les forets sont vertes l'été il faut que nos champs soient verts aussi. Les continents et toute la biodiversité ont besoin d'une couche de protection végétale au moment ou il fait le plus chaud ! Toutes les zones de la planètes qui ont un climat tempéré ont une forte évaporation (mers et forets) parce que c'est le cycle de l'eau qui régule la température des basses couches de l'atmosphère.

La métropole de Bordeaux rejette,dans la mer, 1 millions de m3 d'eau douce par jour (pluie et eaux usées ) alors qu'elle a l'obligation de la recycler pour des usages non domestiques comme l'arrosage ...
Quand les villes seront aux normes on ne parlera plus jamais de restriction d'eau !

laurent | 29 décembre 2019 à 06h35
 
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