À l'occasion des Assises européennes de la Transition énergétique, qui se déroulaient à Bordeaux du 28 au 30 janvier, la Région Nouvelle-Aquitaine a dévoilé un scénario 100 % gaz vert à l'horizon 2050. Deux ans après l'étude nationale présentée par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et les acteurs du gaz, la Nouvelle-Aquitaine a souhaité décliner l'exercice à l'échelle de son territoire. « On a tiqué sur la place donnée au gaz dans la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). On peut être plus ambitieux que ces documents de planification nationaux, en s'appuyant sur les potentiels des territoires », explique Françoise Coutant, vice-présidente du Conseil régional. « Nous sommes la première région agricole ; nous avons donc un fort potentiel pour la méthanisation. Nous pourrions même être une région exportatrice ».
L'objectif n'est pas de tout miser sur le gaz. Le document de planification régionale, le Sraddet, adopté en décembre dernier, prévoit d'atteindre 45 % d'énergies renouvelables en 2030, dont 30 % de gaz vert (contre 1 à 1,5 % aujourd'hui).
L'exercice vise plutôt à identifier les potentiels selon les ressources présentes sur chaque territoire, les technologies et la trajectoire à suivre pour atteindre des objectifs ambitieux, en se mettant des « garde-fou » pour éviter un trop grand mitage des territoires et une montée de l'opposition aux projets de production de gaz renouvelable.
Le scénario table sur une consommation de gaz stable d'ici 2050, malgré une hausse démographique. Cela s'explique par une baisse des usages résidentiels et tertiaires notamment et une hausse de l'usage du gaz dans la mobilité. Ce secteur représenterait 11,5 TWh annuels sur les 25 TWh consommés à l'échelle régionale en 2050.
45 unités de méthanisation par an d'ici 2030
Dans le scénario 100 % gaz vert, 830 unités de production de gaz renouvelable seraient déployées sur l'ensemble de la région en 2050, dont 730 unités de méthanisation, 67 de pyrogazéification et 35 de power-to-gaz. « Les densités, les productions et les technologies seront différentes selon les territoires », explique Françoise Coutant. L'exercice a permis d'étudier à quel rythme déployer ces différentes technologies pour faciliter leur « appropriation » par les habitants.
La première technologie déployée sera donc la méthanisation, plus mature. Aujourd'hui, la région compte huit unités de méthanisation avec injection sur le réseau. Vingt autres projets sont dans les tuyaux. D'ici 2030, le scénario 100 % mise sur 283. D'ici là, « 45 unités de production maximum seront déployées chaque année. C'est cinq fois moins qu'en Allemagne pendant l'âge d'or du biogaz », au début des années 2000, souligne l'élue.
30 % de cultures intermédiaires
Et contrairement à ce qui s'est passé Outre-Rhin, en Nouvelle-Aquitaine, hors de question de développer les cultures énergétiques. En revanche, la Région mise sur les cultures intermédiaires. Celles-ci pourraient représenter 30 % de la production de biogaz en 2030. Pour faciliter leur acceptabilité et éviter les mauvais choix, la Région travaille avec les chambres d'agriculture et l'association France nature environnement (FNE) à la définition de critères d'encadrement. Des suivis environnementaux et agronomiques sont notamment prévus. Par ailleurs, le scénario prévoit de traiter 90 % des effluents d'élevage et près de 50 % des déchets agricoles.