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Nucléaire : l'ASN s'interroge sur la capacité d'Areva à faire face aux enjeux de sûreté

La prolongation du parc représente un "effort sans précédent" qui nécessite d'importantes compétences et capacités financières. L'ASN va auditionner Areva pour s'assurer de "sa capacité à tenir ses engagements" en matière de sûreté.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Pour la troisième année consécutive, Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) juge "globalement assez satisfaisante" la situation de la sûreté nucléaire en France, mercredi 15 avril. Comme il est de coutume, les parlementaires de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) saisissent l'occasion de la présentation du rapport 2014 sur l'état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection pour interroger publiquement le président de l'ASN sur les sujets sensibles du moment.

Il y a "des mieux", en particulier concernant la capacité d'EDF à maîtriser les arrêts de maintenance, mais "des efforts restent à faire", résume Pierre-Franck Chevet. En effet, des problèmes subsistent, notamment concernant les installations de CIS bio et le réacteur Osiris qui sera définitivement fermé. S'agissant des centrales nucléaires françaises, l'ASN désigne celle de Saint-Laurent comme étant le meilleur élève. En revanche, Bugey, Chinon et Cattenom ferment la marche.

Un point de préoccupation tout à fait majeur

Revenant sur les grands enjeux du moment, Pierre-Franck Chevet insiste sur les questions liées au renforcement de la sûreté et à la prolongation des réacteurs au-delà de 40 ans. Rappelant que la prolongation est "nullement acquise", le président de l'ASN souligne que le nucléaire français boucle un cycle industriel et que les acteurs doivent fournir un "effort sans précédent", tout au moins depuis celui réalisé pour construire le parc. A cela s'ajoute aussi la volonté de l'ASN de clore certains dossiers de sûreté en souffrance depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies pour certains.

Dans ce contexte, c'est surtout la situation d'Areva qui semble inquiéter l'ASN, compte tenu des pertes abyssales du groupe et de ses problèmes de financement. Les problèmes rencontrés par l'entreprise pour répondre à la réglementation de 2005 relatives à la fabrication des équipements sous pression nucléaires (règlementation ESPN) inquiètent aussi et questionne la capacité technique de l'industriel. Les difficultés liées au changement des générateurs de vapeur de Blayais 3 et les défauts décelés sur la cuve de l'EPR illustrent le fait qu'Areva n'a pas encore atteint un niveau de qualité suffisant pour répondre aux exigences d'une réglementation vieille de dix ans... Ces différents problèmes constituent "un point de préoccupation tout à fait majeur", estime Pierre-Franck Chevet.

Areva touché au plus mauvais moment

D'autant que ces difficultés tombent au plus mal puisque l'ASN a décidé de mettre un terme à certaines dérives en matière de sûreté. Ainsi, début 2014, l'Autorité "a tapé du poing sur la table", explique son président, et elle a demandé à l'entreprise de reprendre les déchets historiques de La Hague. "C'est une affaire qui a plus de 20 ans", déplore Pierre-Franck Chevet, rappelant que l'ASN a mis en demeure Areva, via une "prescription", dernière étape avant les sanctions. "Nous n'hésiterons pas à imposer des sanctions", prévient Pierre-Franck Chevet.

Si le dossier des déchets de La Hague a longuement été commenté devant les députés, il ne constitue pas le seul sujet sensible. Les problèmes du sûreté rencontrés par la Société franco-belge de fabrication de combustibles (FBFC), filiale d'Areva chargée de la fabrication du combustible, s'ils se résorbent depuis "sa mise sous surveillance renforcées" (18 inspections en 2014), ne sont pas complétement réglés. De même, en 2015 se profile le lancement de deux chantiers particulièrement complexes : le démantèlement de certaines installations de La Hague et de l'usine Eurodif.

En conséquence, Pierre-Franck Chevet annonce qu'il compte convoquer les dirigeants d'Areva pour s'assurer que la restructuration en cours ne compromette pas "sa capacité à tenir ses engagements" en matière de sûreté. Sa crainte ? Que les investissements dans la sûreté ne soient pas prioritaires en période de vaches maigres. Au cœur de l'inquiétude, les nouveaux travaux à réaliser qui n'ont pas été provisionnés. "C'est bien là dessus que nous devons centrer les débats", confirme-t-il. Or, dans le cadre de l'évaluation de sûreté post-Fukushima, l'ASN a "imposé" à Areva certains investissements…

La question n'est pas totalement nouvelle, en juin 2014, l'ASN avait déjà convoqué la direction du groupe pour faire le point sur ces sujets.

Les tarifs EDF au cœur du prolongement ?

S'agissant d'EDF, la situation est moins complexe, même si certains enjeux soulèvent des questions. Ainsi, l'ASN s'interroge sur la capacité du groupe à accélérer rapidement le rythme des travaux effectués sur le parc. Pour relever le challenge, il faut disposer d'industriels "en état de marche", insiste le président de l'ASN.

Selon l'Autorité, le renforcement de la sûreté et le prolongement du fonctionnement des réacteurs représentent une marche particulièrement haute, de l'ordre de 4 à 5 fois le volume de maintenance habituel. EDF a redressé la barre en 2014 et a mieux assuré les travaux de maintenance, ce qui constitue un point positif, en particulier en terme de savoir faire. Mais la question du financement des travaux reste problématique. Prenant bien soin de rappeler que les questions de tarification de l'électricité ne sont pas du ressort de l'ASN, il a tout de même souligné que la capacité d'EDF à financer les travaux "renvoie" à la question de la hausse du prix de l'électricité. Les questions tarifaires sont donc essentielles, prévient-il, rappelant s'être déjà largement frotté au sujet en tant qu'ancien directeur général de l'énergie et du climat au ministère de l'Ecologie.

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