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Nucléaire : le démantèlement d'Eurodif devrait faire l'objet d'une nouvelle enquête publique

L'Autorité environnementale juge irréaliste la gestion des déchets de très faible activité issus du démantèlement d'Eurodif. Areva devra probablement les stocker au Tricastin ou les recycler, ce qui impose une nouvelle enquête publique.

Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Nucléaire : le démantèlement d'Eurodif devrait faire l'objet d'une nouvelle enquête publique

Le 23 novembre, l'Autorité environnementale (Ae) a rendu son avis sur le démantèlement de l'usine Georges Besse I d'enrichissement d'uranium. Elle recommande à Eurodif, filiale d'Areva, "de procéder à une actualisation de l'étude d'impact et à une nouvelle enquête publique préalablement à chacune des décisions qui seront prises en matière de traitement des déchets métalliques, de déconstruction des bâtiments et de dépollution des sols contaminés". En cause ? Le scénario de gestion des déchets de très faible activité qui répond à l'obligation légale mais qui ne semble pas réaliste. Plus globalement, "un certain nombre de décisions importantes pour la conduite du démantèlement ainsi que pour qualifier et quantifier les impacts sont différées", déplore l'Autorité.

En juin 2012, Areva a définitivement mis à l'arrêt l'usine d'enrichissement Georges Besse I ouverte en 1979 et située sur le site du Tricastin (Drôme). Elle fonctionnait à partir du procédé de diffusion gazeuse qui consiste à faire passer l'uranium sous forme gazeuse dans une série de filtres. Elle a été remplacée par l'usine Georges Besse II qui utilise le procédé de centrifugation.

Areva envisage le recyclage des déchets métalliques très faiblement radioactifs

L'Ae rappelle que le démantèlement d'Eurodif est un chantier hors norme : 1.400 éléments filtrants en céramique placés dans des structures métalliques de 40 m de haut doivent être démantelés. Le chantier durera 30 ans et 200.000 tonnes de déchets, essentiellement de très faible activité, seront produits. Or, l'accord passé avec l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) "semble conduire à la saturation à moyen terme du site de stockage des déchets de très faible activité de [l']agence". Environ 180.000 m3 sont attendus sur le centre de Morvilliers (Aube). Fin 2014, 43% des 650.000 m3 de capacité du site étaient déjà utilisés. Il devrait être saturé d'ici 4 à 9 ans. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pointe depuis plusieurs années ce problème de capacité.

Comment gérer les déchets métalliques dans ces conditions ? Une première option est de stocker une partie de ces déchets au Tricastin. Mais Areva rejette ce scénario compte tenu de la vulnérabilité hydrologique du site. Autre option : le recyclage des déchets métalliques. Cette alternative "est à l'étude et semble privilégiée par [Areva]", explique l'Ae. Les producteurs défendent le recyclage, notamment la réutilisation des métaux ferreux pour la réalisation de conteneurs de stockage de déchets faiblement radioactifs. Quant à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), il est favorable au recyclage de certains déchets, au stockage dans des sites d'enfouissement conventionnels et à la libération de certains anciens sites ou bâtiments nucléaires. Cela "permet la minimisation et un partage équitable des risques et nuisances", estime l'institut. Dans le cadre du démantèlement d'Eurodif, Areva envisage un recyclage en dehors des débouchés offerts par la filière nucléaire. Depuis janvier 2014, un groupe de travail étudie cette option dans le cadre de la Commission locale d'information du Tricastin.

Mais le recyclage pose problème puisqu'"il s'agit d'une solution que le droit n'autorise pas", rappelle l'Ae. Logiquement, le dossier d'Areva rejette cette option qui suppose d'importantes évolutions réglementaires et une dérogation au code de la santé publique.

Le décret autorisant le démantèlement devrait être revu

L'Autorité en conclut que le dossier de mise à l'arrêt et de démantèlement d'Eurodif présente une solution de gestion des déchets "administrativement incontestable" basée sur "un scénario techniquement incertain". Quand bien même les capacités de stockage de l'Andra augmenteraient avant la fin du chantier, ce qui n'est pas acté, "il serait nécessaire de disposer d'une faculté d'entreposage intermédiaire sur le site du Tricastin". L'étude d'impact évoque la création d'un tel site, "mais [elle] ne précise jamais" les capacités envisagées, ni sa localisation précise, ni les impacts sur la santé et l'environnement. Le constat est similaire pour l'option "recyclage" qui a été écartée compte tenu de l'impossibilité réglementaire.

La conséquence n'est pas anodine : "Il ne peut donc être assuré que les modalités de mise en œuvre du décret [de mise à l'arrêt et démantèlement] seront bien celles qui figurent dans la présente étude d'impact", constate l'Ae. Elle estime que pour respecter la réglementation, Areva devra demander une modification du décret de démantèlement. Dans ce cas, l'étude d'impact devra être actualisée et une nouvelle enquête publique devra être réalisée.

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