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Nucléaire : la pollution autour de La Hague serait principalement liée aux incidents passés

La contamination radioactive au nord-ouest de l'usine Areva de la Hague proviendrait d'une série d'incidents intervenus depuis 1974, explique l'IRSN. Toutefois, une partie de la pollution en américium 241 et en plutonium reste inexpliquée.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Nucléaire : la pollution autour de La Hague serait principalement liée aux incidents passés

Les contaminations radioactives constatées récemment à proximité de l'usine Areva de La Hague (Manche) proviendraient d'incidents intervenus depuis 1974 sur une zone d'entreposage de déchets radioactifs, explique l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). La pollution aurait été transférée au ruisseau des Landes par la nappe phréatique, par voie aérienne et par le ruissellement des eaux de pluie. Toutefois, "il est (…) à souligner que tous les marquages en américium 241 et en plutonium constatés (…) ne sont à ce jour pas clairement expliqués".

L'IRSN alerte aussi sur les transferts de pollution radioactive qui "pourraient conduire (…) à une augmentation progressive du marquage au niveau de la source du ruisseau des Landes". En conséquence, Areva devrait renforcer son plan de surveillance de l'environnement, notamment en analysant la radioactivité de végétaux et de sédiments prélevés dans cette zone.

Fin 2016, l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro) avait révélé la présence d'une pollution radioactive à proximité du ruisseau des Landes situé au nord-ouest de l'usine de La Hague. En mars 2017, l'IRSN confirmait l'existence de cette contamination. Mi-mai, l'Institut a publié un nouveau rapport qui aborde l'origine de cette pollution en se basant sur les hypothèses émises par Areva.

Trois sources de contaminations

D'où provient cette contamination ? Les analyses d'Areva montrent "que les matières à l'origine des contaminations ne sont pas issues du traitement récent de combustibles", explique l'IRSN. Ce point est en accord avec les mesures de l'Acro, qui montrent que la pollution à l'américium 241 correspond à des déchets issus du traitement de combustibles réalisé au début des années 1970. Ce point est aussi confirmé par l'IRSN.

Trois incidents seraient à l'origine de la pollution. Une partie proviendrait de fosses bétonnées non étanches utilisées dans les années 1970 pour l'entreposage de déchets conditionnés en sacs en vinyle ou en fûts. Les premières fosses mises en service "présentaient des défauts d'étanchéité, qui ont conduit à une contamination de la nappe phréatique", rappelle l'IRSN. Elles ont donc été vidées et assainies entre 1990 et 2002. Aujourd'hui, deux sont encore utilisées : une contient un déchet métallique immobilisé dans du béton et l'autre des boues issues de l'assainissement des autres fosses entreposées dans des cuves.

La deuxième source serait des relâchements de radionucléides par des blocs en béton entreposés sur la plateforme de la zone nord-ouest. En 1973 et 1974, des blocs contenant des déchets contaminés en césium 137 ont présenté des fissures. Ils "ont sans doute contribué à cette contamination, qui concerne l'ensemble de la zone de bocage", explique l'IRSN.

Une dernière source de pollution est évoquée : le marquage de la zone suite aux rejets intervenus lors de l'incendie d'un silo contenant des déchets de structure de combustibles de la filière uranium naturel-graphite-gaz (UNGG). Le 6 janvier 1981, un incendie sur le "silo 130" aboutit au noyage partiel des déchets par l'eau d'extinction. Les mesures effectuées par la suite, sur le site et hors du site, ont mis en évidence une contamination des sols en césium 137.

Nappe phréatique et ruissellement

Pour expliquer la réapparition de cette contamination à l'extérieur du site, Areva privilégie le transport des radionucléides par les eaux souterraines depuis la zone où sont entreposés des déchets radioactifs. La pollution serait notamment liée aux infiltrations de radionucléides dans les sols à partir des fosses bétonnées non étanches. L'eau de la nappe entrainerait les radionucléides qui se fixeraient progressivement à la source du ruisseau des Landes. Pour l'IRSN, ce transfert par les eaux souterraines "est vraisemblable", notamment pour le strontium 90, l'américium 241 et le plutonium. "Un tel phénomène pourrait conduire à une augmentation dans le temps du marquage au niveau de la résurgence de la nappe", alerte l'Institut qui recommande qu'Areva "procède à la recherche spécifique des radionucléides émetteurs α et β γet du strontium 90 dans l'eau de la nappe, à l'aide de techniques de mesure « bas niveau »".

Mais cette hypothèse n'explique pas la pollution au césium 137. "Une origine aérienne pour cette contamination est à privilégier", explique l'IRSN. L'Institut évoque ici des blocs en béton entreposés sur la plateforme qui ont probablement contribué à la contamination de l'ensemble de la zone de bocage. En revanche, l'incendie du silo 130 serait hors de cause, "des mesures effectuées par l'exploitant dans l'environnement après l'incendie montrent des directions pour les rejets aériens ne conduisant pas a priori à une contamination des sols au niveau du ruisseau des Landes".

Le ruissellement des eaux de pluie est la dernière option envisagée. Le ruissellement des eaux de pluie depuis la zone d'entreposage des déchets "n'est pas plausible" car celles-ci sont collectées par le réseau pluvial d'Areva et sont dirigées vers une zone située au sud du site. En revanche, le ruissellement des eaux de pluie à partir de la parcelle située immédiatement au sud de la source est envisageable. L'IRSN évoque en particulier une parcelle plus élevée et contaminée, notamment en américium 241. L'institut recommande donc à Areva de réaliser une évaluation des possibilités de ruissellement depuis la parcelle incriminée.

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Ces contaminations de la nappe par les cuves de stockage non étanches et par d'anciens fûts en béton dégradé ne sont pas étonnantes, le mauvais état des containers avait été constaté par les Amis de la Terre dès les années 70; cette association avait alerté les autorités et fait procéder à des mesures significatives. Malheureusement, à l'époque, leurs préoccupations n'avaient pas eu l'heur de plaire aux responsables qui , évidemment, ne s'étaient pas précipités pour remédier au problème.

gaia94 | 01 juin 2017 à 18h34
 
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