En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Nucléaire : les ONG redoutent l'influence "néfaste" d'EDF sur la future PPE

EDF est-elle sur le point de gagner la bataille de la programmation pluriannuelle de l'énergie ? Les ONG le craignent et expliquent pourquoi ce serait une erreur de renoncer à planifier la fermeture de réacteurs nucléaires d'ici 2028.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Nucléaire : les ONG redoutent l'influence "néfaste" d'EDF sur la future PPE

La future programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) renoncera-t-elle à planifier une réduction de la part du nucléaire d'ici 2028 ? Validera-t-elle la stratégie de prolongement des réacteurs français jusqu'à 50 ans dans l'attente de la construction de nouveaux réacteurs EPR ? Ces deux hypothèses portées par EDF seraient sur le point d'être reprises par le gouvernement, craignent les ONG environnementales. "Le gouvernement pourrait suivre quelque chose d'assez proche du cahier d'acteur d'EDF", résume Anne Bringault, coordinatrice transition énergétique du Réseau Action Climat (RAC). Ce choix serait "néfaste", estiment les ONG environnementales françaises, à l'occasion d'une conférence de presse ce jeudi 14 juin.

Echos favorables à EDF

EDF l'a dit clairement : l'entreprise ne compte pas fermer de réacteurs nucléaires avant 2029 et elle veut que le gouvernement lance un EPR "nouveau modèle" à l'horizon 2020. L'absence de réaction du gouvernement inquiète les ONG. Pire, Anne Bringault évoque des "échos favorables" du gouvernement aux propos d'EDF. Certes, "une partie du gouvernement ouvre les yeux, mais l'autre ne veut pas se détourner du nucléaire", confirme Célia Gautier, de la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH). D'où la crainte que la PPE soit construite autour des doléances d'EDF. Et la représentante de FNH de rappeler que Jean-Bernard Levy a expliqué la semaine dernière à l'Assemblée nationale qu'EDF doit continuer à construire de nouvelles centrales, "un peu comme un cycliste qui pédale pour ne pas tomber".

Mais, à ce stade, les ONG estiment que le nouveau nucléaire n'est pas le vrai sujet, il s'agit surtout d'un moyen pour obtenir la prolongation du parc actuel. Avec le projet de grand carénage, "EDF prend une décision unilatérale et le gouvernement laisse faire", résume Alix Mazounie, de Greenpeace. La décision de poursuivre le fonctionnement du parc nucléaire au delà de 40 ans est prise sans tenir compte des capacités financières et techniques d'EDF. Sur le premier point, la représentante de Greenpeace estime qu'"EDF est en quasi faillite", plombée par une dette brute de 67 milliards d'euros et onze années successives de cash flow négatif. Quant à l'aspect technique, il pose des questions en terme de sûreté : la présence d'un millier de pièces ne répondant pas aux critères du secteur et le vieillissement des installations illustrent les problèmes de la filière.

Pourtant, la réduction du nucléaire serait bénéfique à EDF et à l'Etat. En effet, explique Marc Jedliczka, du Réseau pour la transition énergétique (Cler), cela permettrait de réduire la surproduction électrique qui sévit en Europe, renvoyant les prix de gros de l'électricité à des niveaux plus convenables pour les producteurs. Outre le bénéfice tiré par EDF, cela permettrait aussi de réduire la charge pour les finances publiques qui compensent l'écart entre le prix de vente subventionné des renouvelables et le prix de marché.

Ne pas faire fausse route

Plutôt que de "faire fausse route", le gouvernement devrait engager la transformation du système électrique français. "L'un des enjeux phares de la nouvelle feuille de route énergétique de la France est de planifier la fermeture de réacteurs nucléaires et de définir les investissements à faire dans le secteur de l'électricité", estiment les ONG. Elles mettent l'accent sur le secteur électrique car il s'agit du "facteur dimensionnant du système énergétique français", explique Marion Sevaz (FNE). En effet, un quart de la consommation énergétique française se fait via ce vecteur.

Pour convaincre le gouvernement, elles avancent dix raisons. Tout d'abord, la consommation française est appelée à diminuer, rappellent-elles, citant notamment les prévisions de RTE : toutes les trajectoires de consommation électrique utilisées par le gestionnaire de réseau pour ses scénarios sont en baisse ou stables à l'horizon 2035. "Pourquoi ne pas aller plus loin ?", interroge Marion Sevaz, expliquant que des potentiels d'efficacité et de sobriété énergétique restent inexploités, notamment dans le bâtiment. Et de rappeler que le scénario négaWatt envisage une baisse de la consommation électrique de 25% d'ici 2035.

En matière de réduction des émissions de CO2, "les contraintes identifiées par le gouvernement n'en sont pas", explique Célia Gautier, de la Fondation pour la Nature et l'Homme. Par exemple, le développement du véhicule électrique (de l'ordre de 15 millions d'unités en 2035) n'empêche pas RTE d'anticiper une réduction de la consommation. Surtout, le potentiel des renouvelables reste très important en France, compte tenu du retard accumulé. En effet, la France est le deuxième pays de l'Union européenne le plus éloigné de son objectif pour 2030, expliquent les ONG, alors que le potentiel est évalué à 699 gigawatts (GW) dans le scénario négaWatt.

Réactions7 réactions à cet article

 

Doit voir dans cette volonté d'EdF de proroger contre vents et marées la vie du parc électronucléaire français :
- une question de principe ("je suis EdF donc je continue de dicter à l'Etat la conduite à tenir en matière de nucléaire civil") ?
- une fuite en avant pour retarder l'échéance de la confrontation aux difficultés techniques et financières majeures de la réalité du démantèlement des vieilles centrales ?
- une opportunité pour certains de pouvoir toucher à taux plein leur retraite d'ingénieur en chef de l'industrie nucléaire civile ?
La nécessaire mutation écologique de la société civile est décidément souvent entravée - si ce n'est paralysée - par le poids de grands corps d'Etat et des lobbies industriels.

Pégase | 19 juin 2018 à 13h06
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Eh oui, sont inquiets les zécolos, et c'est plutôt une bonne nouvelle : pour une fois, ils ne peuvent pas envahir totalement l'espace médiatique pour propager leurs terreurs archaïques infondées mais aux conséquences possibles parfaitement claires (arrêter brutalement le nucléaire, c'est inéluctablement relancer le gaz et le fuel, se demander à qui profite la chose...). Un seul exemple : à Lyon, Greenpeace a soumis sa participation à certains "débats" à la garantie qu'il n'y aurait pas de pro-nucléaires dans l'assistance. Et ces gens-là osent parler de débat démocratique ! Pour une fois, les acteurs de la profession s'expriment et ont la place et le temps de dire les choses clairement. Alors oui, il y a de la langue de bois, mais c'est tellement gros qu'on en sourit ! Mais il y a surtout énormément de réflexions, d'informations et des positions (pas des postures) claires et incontestables : on ne joue pas avec le système énergétique sur des motivations dogmatiques ou électoralistes ; appliquer brutalement la LTECV conduirait le pays à la catastrophe. Espérons une attitude raisonnable de l'Etat loin des postures subies jusqu'à présent.

dmg | 19 juin 2018 à 18h35
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Et c'est qui le ministre de l'énergie ? C'est pas le patron de Célia Gautier à FNH ?
Et comment faire rouler les jolies Tesla pour les zécolos à qui on a refilé jusqu'à 10 000 euros pour en faire l'acquisition ?

Albatros | 19 juin 2018 à 19h59
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@ dmg :
Terreurs infondées ? M. Naoto KAN, ex-premier ministre japonais, qui parcourt actuellement le monde pour alerter sur les dangers du nucléaire, semble manifestement en connaître un peu plus que vous sur le sujet. Après avoir porté à bout de bras la filière comme tout bon responsable national d'un pays nucléarisé, ses certitudes ont vacillé suite à la catastrophe de Fukushima en mars 2011 (vous savez, cette centrale construite sur une zone sismique - ça n'arriverait pas chez nous, ça !) et il sait désormais ce que s'est que de gérer une vraie crise technologique, environnementale et sanitaire de grande ampleur, lui. Contactez-le, son expérience pourrait vous être utile. Il est passé à Flamanville en mars dernier, vous l'avez sans doute manqué...
Cocasse en revanche de lire une critique quant à l'incapacité de débat démocratique des associations, quand on sait comment les décisions d'implantations de sites nucléaires ont été prises sans aucune consultation des français ou que tout accident dans ces sites est encore de nos jours étouffé, minimisé, travesti ! Enfin, vous pouvez toujours tenter de noyer le poisson, mais je crains fort que cela ne fasse plus autant recette qu'auparavant.

Pégase | 20 juin 2018 à 21h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Pour produire la totalité de l' énergie décarbonnée (1800 Twh) (prévisions ministérielle pour 2050) il faudra 54 000 éoliennes de 3MW + 4,8 MILLIARDS de M² de panneaux PV + de nombreux méthaniseurs + cout stockage + renforcement réseau Cout de l' opération : 15000 à 2000 MILLIARDS d' €. Complètement absurde  !!!
RAPPEL : 1800 TWh représentent l' énergie équivalente aux 160 MTEP que consomme la France annuellement

1noel2 | 28 juin 2018 à 19h30
 
Signaler un contenu inapproprié
 

" Marc Jedliczka (Cler) explique que cela permettrait de réduire la surproduction électrique qui sévit en Europe, renvoyant les prix de gros de l'électricité à des niveaux plus convenables pour les producteurs."
Sauf que les prix ont été négatifs durant 81 jours en 2017 lorsque l'éolien européen était à son maximum et que les pays nordiques, Allemagne en tête ne peuvent pas arrêter leurs centrales au charbon du sud par absence de réseaux THT. Alors que le nucléaire français baisse sa puissance et que nous absorbons cette énergie à vil prix . L'analyse de la réalité est un minimum avant de faire des déclarations inconsidérées .

jjherou | 05 juillet 2018 à 18h09
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Ces propos ne sont pas inconsidérés mais chiffrés contrairement à vos déclarations qui ne sont que du verbiage idéologique et irréaliste sans consistance, véritable déni de réalité

1noel2 | 29 juillet 2018 à 11h20
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…