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Nucléaire : un rôle important dans les mix énergétiques du futur

Bien que freinée depuis Fukushima, la croissance de l'atome devrait se poursuivre, selon l'AIE. Ses atouts : la sécurité énergétique et son caractère décarboné. Mais le coût du démantèlement et la gestion des déchets ne doivent pas être négligés.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

"Aujourd'hui, la croissance rapide de la demande d'électricité dans certaines régions, couplée à des objectifs pour améliorer la sécurité énergétique et éviter les émissions de gaz à effet de serre et d'autres polluants de l'air, laisse penser que l'énergie nucléaire continuera à jouer un rôle important dans les systèmes énergétiques futurs", analyse l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Dans son nouveau rapport sur les perspectives de l'énergie dans le monde (WEO 2014), publié le 12 novembre, l'agence dessine la place que tiendra l'atome dans les mix énergétiques en 2040. A cette échéance, la consommation d'énergie aura augmenté de près de 40%.

Un parc nucléaire en forte évolution d'ici 2040

Alors qu'en 2013, 392 gigawatts (GW) de capacité nucléaire étaient installés dans le monde, représentant 11% de la production électrique mondiale, celle-ci pourrait atteindre 620 GW en 2040, pour représenter 12% de la production mondiale. Aujourd'hui, la grande majorité de la capacité installée se situe dans les pays de l'OCDE, mais à l'avenir, la donne devrait changer, estime l'AIE.

   
Etat des programmes nucléaires par pays à fin 2013 © OECD/IEA, 2014
 
   
Les trois quarts des capacités nucléaires en construction se situent dans les pays hors OCDE, dont 40% en Chine. En Inde, en Corée du Nord et en Russie, mais aussi aux Etats-Unis et au Japon, la place de l'atome sera en croissance, "sans pour autant retrouver les niveaux connus avant l'accident de Fukushima Daiichi" au pays du Soleil levant.

Selon l'AIE, la croissance du nucléaire "se concentre sur les marchés dont le prix de l'approvisionnement en électricité est régulé, sur ceux où les opérateurs bénéficient d'un soutien de l'Etat ou bien sur ceux dont les gouvernements prennent des mesures pour faciliter des investissements privés".

L'avantage de l'atome pour ces pays : diversifier les technologies de production de l'électricité, décarboner le parc de production et limiter la dépendance énergétique. "Pour les pays importateurs d'énergie, le recours au nucléaire peut leur permettre de devenir moins dépendants des approvisionnements étrangers et moins vulnérables aux fluctuations des prix des combustibles sur les marchés internationaux", note l'AIE. Si certains pointent du doigt la dépendance à l'uranium, l'AIE estime que celle-ci est moindre que pour les autres combustibles. La France, par exemple, importe 8.000 tonnes d'uranium par an contre 80 millions de tonnes de pétrole et dispose de stocks pour plusieurs mois ou années.

Concernant les objectifs climatiques internationaux, "le nucléaire est l'une des rares options disponibles à grande échelle qui permette de réduire les émissions de dioxyde de carbone tout en fournissant ou en remplaçant d'autres formes de production de base", analyse l'AIE. Selon ses estimations, depuis 1971, l'atome aurait permis d'éviter le rejet de 56 gigatonnes de CO2, soit l'équivalent de deux années d'émissions mondiales aux niveaux actuels. Pour l'agence, en 2040, le nucléaire permettra d'éviter "près de 50% des émissions annuelles en Corée du Sud, 12% de celles prévues au Japon, 10% aux Etats-Unis, 9% en Union européenne et 8% en Chine".

Parcs nucléaires existants : des choix cruciaux

L'Union européenne prend le chemin inverse de ces pays, puisque la part de l'atome devrait y décroître d'ici 2040, alors qu'il constitue aujourd'hui, après le charbon, la principale source de production d'électricité. "Des 434 réacteurs opérationnels à la fin 2013, 200 seront mis à l'arrêt d'ici à 2040, principalement en Europe, aux Etats-Unis, en Russie et au Japon, indique l'AIE, ajoutant : Les difficultés à compenser le déficit de production consécutif sont particulièrement aigües en Europe".

Certains pays européens, à l'instar de la France, font face à des choix cruciaux : arrêter, prolonger les réacteurs les plus anciens ou construire de nouvelles capacités. Selon l'AIE, il serait plus pertinent économiquement et politiquement (acceptation du public…) d'améliorer le taux de disponibilité du parc et de prolonger la durée de vie des centrales, plutôt que de construire de nouveaux réacteurs. Mais quel que soit le choix, celui-ci doit être anticipé et lisible.

Quant aux pays faisant le choix de fermer des centrales, "des incertitudes de taille subsistent concernant ces coûts, en raison de l'expérience encore relativement limitée en matière de démantèlement des réacteurs et de réhabilitation des sites pour d'autres utilisations". Le démantèlement des centrales mises hors service avant 2040 pourrait coûter 100 milliards de dollars. "Les régulateurs et les opérateurs doivent continuer de s'assurer que les fonds adéquats sont provisionnés en vue de ces futures dépenses", souligne l'AIE.

Enfin, elle estime que les préoccupations du public, notamment sur la sûreté du nucléaire, ne doivent pas être négligées. Ni la question des déchets : en 2040, "le total cumulé de combustible nucléaire usé double, pour atteindre plus de 700.000 tonnes sur la période considérée". Pourtant, "à ce jour, aucun pays n'a ouvert de centre de stockage permanent permettant d'isoler les déchets hautement radioactifs à longue durée de vie produits par les réacteurs à usage commercial".

Réactions9 réactions à cet article

 

"...à ce jour, aucun pays n'a ouvert de centre de stockage permanent permettant d'isoler les déchets hautement radioactifs à longue durée de vie produits par les réacteurs à usage commercial".

Peut on savoir si cela se fera un jour, combien cela coutera aux générations futures et surtout pourquoi on a démarré les centrales sans s'être préoccupé de ce problème...

JCC | 13 novembre 2014 à 23h25
 
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Ce n'est pas la bonne solution de demander continuellement la fermeture des Centrales dont la sécurité est garantie par l'A.S.N et les travaux de mise en conformité respectés! Proposons de favoriser la Mix Energétique en diminuant le Nucléaire en fonction des E.N.R effectivement disponible pour assurer la demande à court terme .Ce n'est productif de vouloir précipiter les fermetures pour des satisfactions écologiques ,car le meilleur soutien pour diminuer l'effet de serre, c'est encore le Nucléaire qui augmente dans les pays émergents.

arthur | 14 novembre 2014 à 10h34
 
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Décidément les autres pays aussi ne se sont pas résolus a choisir une solution définitive pour les déchets nucléaires comme si on avait l'embarras du choix. Le public ne comprend pas que quoiqu'on fasse il y aura toujours des déchets nucléaires a gérer et qu'on sait aujourd'hui déjà qu'il n'y aura pas de possibilité d'accélerer la disparition de la radioactivité. C'est, pour le public, le coeur du problème: tant que ce message ne sera pas passé il y aura des personnes qui bloqueront toute évolution et tout choix d'une solution de stockage définitif sur des DIZAINES DE SIECLES. Quant au démantèlement des installations tant qu'on a pas décidé du sort des déchets tout est bloqué. Il semble que bien peu d'opposants au nucléaires en soient conscients.
Concernant le provisionnement des fonds en vue du démantèlement il y a deux problèmes imbriqués: garantir au bout de 40, 50 ou 60 ans un budget et savoir qu'elles seront les exigences a ce moment là. Aujourd'hui les blocages au niveau des dispositifs et sites de stockage définitif ne font qu'augmenter la dépense par la mise en place de couteuses solutions d'attente. Imaginer que l'on puisse "revenir a l'herbe"=tout faire disparaitre pour avoir le terrain comme avant pour les centrales atomiques est un rêve plaisant. La vérité sera toute autre: mise en sécurité en retirant le combustible seul et en scellant l'enceinte ensuite.

ami9327 | 15 novembre 2014 à 00h51
 
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Depuis que le nucléaire existe, les énergies renouvelables ont produit 50% de plus d'électricité que le nucléaire.

Les énergies renouvelables, dont fait partie l'hydraulique, ont ainsi évité le rejet de 84 gigatonnes de CO2, soit l'équivalent de trois années d'émissions mondiales aux niveaux actuels.

Mouche du coche | 17 novembre 2014 à 22h04
 
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L'AIE n'a jamais fait des bonnes prévisions sur l'énergie. Regardez leurs rapports précédents. La seul chose qui commence changer chez eux, c'est qu'ils ne peuvent plus ignorer les EnR parce que on ne peut plus les dénigrer, ni au point de vue technologique, ni au point de vue économique ! Voici une belle citation "Si vous tentez de sortir d'un trou, pourquoi continuez-vous à payer quelqu'un pour le creuser ?" (je ne trouve plus la source).

mk | 18 novembre 2014 à 15h57
 
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La part du nucléaire dans l'énergie mondiale ne cesse de décroitre ...et c'est une bonne nouvelle. Comment les gouvernements successifs ont-ils été aussi inconscients d'avoir donné une autorisation de construction de ces centrales sans avoir été informés de l'impossibilité de traitement des déchets ? Le nucléaire, c'est la plus dangereuse des énergies, les catastrophes Tchernobyl, Fukushima, au WIPP (fuite de plutonium dans un stockage souterrain de déchets radioactifs militaires au Nouveau Mexique), Asse, Stocamine ... la liste est trop longue, quand cessera-t-elle de grandir ?
Solutions aux problèmes d'électricité : diminuer fortement la consommation (en fait elle n'est qu'encouragée .....) développer les énergies libres, type Tesla ou autres et surtout, permettre à chaque ville d'avoir son indépendance énergétique comme à Montdidier (80). Casser le monopole de l'électricité d'EDF doit être la prochaine bataille de nos élus . . .

Rémifasol57 | 18 novembre 2014 à 20h44
 
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""Depuis que le nucléaire existe, les énergies renouvelables ont produit 50% de plus d'électricité que le nucléaire."""
l’hydroélectricité pour être plus précis/exact. le reste étant encore marginal.
C'est marrant, en général, les anti-nucléaire ne comptent pas l'hydroélectricité (française) pour comparer la production de renouvelables France/Allemagne (parce que si on la compte, la France n'a pas à rougir). Ce qu'on ne ferait pas dire aux chiffres.
L’hydroélectricité reste la meilleur source d'énergie (même si elle n'est pas exempte de problèmes/risques) , mais elle est limitée.
Le problème c'est de savoir comment on produit le reste du mix électrique (faible part du mix énergétique) une fois qu'on a fait le max d'hydroélectricité possible. Le nucléaire SEUL ne suffira pas (sans révolution technologie), ni aucune autre source d'énergie en dehors des fossiles fortement carbonés. Si on fait le choix du tout charbon, on a encore de la marge.

""La part du nucléaire dans l'énergie mondiale ne cesse de décroitre ...et c'est une bonne nouvelle.""

Pour les pétroliers oui.
La part du nucléaire baisse car la consommation explose.
la production de nucléaire baisse légèrement, principalement en raison de l'arrêt des réacteurs japonais.
l'hydraulique augmente un peu. (fort potentiel de développement dans certains pays en voie de développement, mais pas chez nous)
Le gaz, le charbon et le pétrole explosent.
Les autres ENR augmentent légèrement, mais restent marginales.

dolgan | 19 novembre 2014 à 11h38
 
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Enfin un post objectif. Merci Dolgan.
Il ne faut ni être pro nucléaire ni contre. La société avec les modes de consommations (qui ne feront qu’augmenter) a besoin du nucléaire. L’hydraulique est aussi une part importante du « bon » mix.
Mais cette énergie qui est clamée par nombre d’écolo/hippie et marginaux de la mondialisation reçoit des levées de bouclier lorsqu’un barrage va être construit (Sivens).
Pensons/pensez global. Si nous voulons moins de CO2 alors l’hydraulique et le nucléaire sont les meilleures options. Regardez les pluies acides, les nuages de pollutions venant d’Allemagne : la cause à l’arrêt du nucléaire et l’augmentation du fonctionnement des centrales à charbon. Et ce pays produit encore plus que nous niveau ENR.
Intéressez-vous à la composition physico chimique d’un panneau photovoltaïque. Vous verrez que ce n’est pas si propre que ça et le retraitement c’est encore un autre problème. Bien entendu vous n’en entendrez moins parler car très peu d’organisme s’occupe du contrôle (contrairement à l’ASN pour le nucléaire ou dès qu’une mouche meurt sur une centrale les associations protestes).
On peut donc dire qu’il ni a pas de solution miracle. Seulement des compromis entre le politique, le sociétal et l’économie. Mais rappelez-vous que la France est petite a l’échelle du monde. Que ces associations s’intéressent au pays comme la Chine, l’Inde ou autre grosses nations.

Ours des flandres | 21 novembre 2014 à 12h31
 
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complément aux éléments de Dolgan. Arrêtons d'opposer les gentils renouvelables au diable nucléaire ! Les ruptures de barrages font plusieurs milliers de victimes par an dans le monde... Quant aux déchets, j'adhèrerai à la posture des écolos quand ils prendront les problèmes dans l'ordre : le problème crucial, aujourd'hui, c'est le CO2, pas le radon dans 500000 ans !

dmg | 26 décembre 2014 à 18h37
 
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