En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Quatre chantiers pour faire converger transition écologique et transition numérique

Faire de la transition numérique un accélérateur de la transition écologique. Tel est l'objectif poursuivi par quatre parties prenantes qui publient, en présence de deux secrétaires d'Etat, un livre blanc à l'attention des pouvoirs publics.

Gouvernance  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

"Les acteurs de l'écologie demeurent trop rares à s'approprier le potentiel du numérique, tandis que ceux du numérique font comme si le caractère apparemment « immatériel » du numérique et ses effets en termes d'efficience suffisaient à le rendre vertueux". Tel est le constat opéré par quatre parties prenantes (Iddri, Fing, WWF, GreenIT.fr), qui rendent public ce lundi 19 mars un livre blanc dédié au Numérique et à l'environnement. Leur objectif ? Que les pouvoirs publics s'emparent de la nécessité de concilier les transitions opérées par les deux secteurs. Ce qui semble être le cas puisque la publication de ce travail s'est faite en présence de Brune Poirson et de Mounir Mahjoubi, secrétaires d'Etat en charge respectivement de l'écologie et du numérique.

Dans leur livre blanc, les quatres acteurs proposent quatre pistes d'actions. Avant de décliner les propositions correspondantes, ils font passer trois messages issus de la recherche et des retours d'expérience. En premier lieu, l'apport du numérique ne se limite pas à l'optimisation écologique mais recèle un véritable "potentiel disruptif". Ensuite, le numérique n'est pas intrinsèquement bon ou mauvais pour l'environnement, à l'instar du véhicule autonome selon qu'il s'agit ou non d'un véhicule partagé. Enfin, troisième message : la convergence des transitions est une responsabilité partagée, c'est-à-dire que les acteurs du numérique doivent "considérer sérieusement l'impact écologique direct et indirect de leur activité", tandis que les acteurs de l'écologie doivent "élever leur niveau de jeu sur le numérique".

Rendre obligatoire l'inclusion d'un bilan Green IT dans les rapports extra-financiers

"Même si le numérique peut aider d'autres secteurs à réduire leur empreinte écologique, il faut prendre à bras le corps l'enjeu de la réduction de l'empreinte du secteur numérique lui-même", souligne le livre blanc. Celui-ci formule des propositions très concrètes à l'attention des pouvoirs publics : appliquer un taux réduit de TVA sur les activités des acteurs de la réparation et du réemploi des équipements numériques, augmenter et moduler l'éco-contribution versée par les producteurs, allonger à cinq ans la durée de garantie des équipements, généraliser l'affichage "durabilité" de ces produits et l'élargir aux services, rendre obligatoire l'inclusion d'un bilan Green IT dans les rapports extra-financiers des entreprises. Mais aussi créer un label "numérique responsable" pour les entreprises de services et en faire un critère de sélection des appels d'offres publics, ou encore rendre obligatoire l'éco-conception des sites web publics et des entreprises totalisant plus de 500 M€ de chiffre d'affaires.

Le deuxième chantier vise à utiliser le numérique dans la conception des politiques écologiques. Le numérique fournit de nouveaux outils pour soutenir l'adhésion du public à la transition écologique. Il favorise également les relations entre acteurs contribuant à la poursuite d'objectifs collectifs en matière écologique. Enfin, il fait émerger de nouveaux leviers d'actions à travers les données, les incitations comportementales, les plateformes locales d'échange d'énergie ou de biens entre particuliers, les systèmes de mobilité collaborative, les espaces de travail partagés ou encore les projets Open Source. Face au manque de culture commune entre acteurs du numérique et ceux de l'écologie, les quatre parties prenantes formulent là aussi une série de propositions : réaliser une revue numérique des politiques environnementales, engager un programme d'innovation et d'expérimentation en faveur des Civic Tech ou encore soutenir les projets de coproduction de données pour la transition écologique à l'image des collectivités locales qui partagent les bases du cadastre avec OpenStreetMap.

"French Tech aveugle aux enjeux écologiques"

Quant au troisième enjeu, le soutien de l'innovation numérique en faveur de l'écologie, le document relève que l'Etat et les collectivités locales ont développé avec succès des dispositifs publics pour soutenir la French Tech via notamment les véhicules autonomes, l'industrie du futur ou encore la ville intelligente. "Mais ces dispositifs demeurent souvent aveugles aux enjeux écologiques. S'ils font volontiers miroiter des perspectives écologiques favorables, celles-ci ne sont jamais abordées en profondeur et aucun dispositif ne permet d'en mesurer les impacts", taclent les quatre acteurs. Ces dernières reconnaissent toutefois quelques tentatives intéressantes de décloisonnement entre innovation numérique et innovation écologique comme la Green Tech Verte ou les opérations Greenconcept en Occitanie et Eco-conception Web en Bourgogne-Franche-Comté. Mais ces dispositifs étant encore modestes et peu nombreux, le livre blanc propose plusieurs mesures de soutien : favoriser la création et la diffusion de référentiels d'évaluation des innovations à impact écologique, engager une revue écologique des programmes d'innovation numérique sur le véhicule autonome et l'industrie du futur, créer des territoires d'expérimentation numérique et écologique, ou encore rapprocher les acteurs de la Green Tech Verte et de la French Tech.

Le dernier chantier porte sur la mobilisation des données au service de la transition écologique. "Le potentiel des données au service de la transition écologique est d'ores et déjà mobilisé dans un très grand nombre de domaines concrets", relève le livre blanc qui cite eBird dans le domaine de la biodiversité, la carte des toits propices à la pose de panneaux solaires dans celui de l'énergie ou Optimod'Lyon dans celui de la mobilité. Si l'existence de textes européens, de dispositions législatives ou encore la création d'un superviseur des données montrent la prise en compte de l'enjeu par les pouvoirs publics, de nouvelles avancées restent nécessaires pour rendre accessibles les données aux acteurs de la transition écologique. Pour lever les freins qui subsistent, elles préconisent notamment de créer une base de données publique pour permettre aux acteurs du numérique d'analyser leurs impacts environnementaux, d'étendre la notion de données d'intérêt général en Open Data aux thèmes clés de la transition écologique, de renforcer la coopération entre collectivités et acteurs numériques détenant des données privées essentielles (comme Airbnb avec la plateforme Dataville) ou encore de favoriser la science ouverte.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question au journaliste Laurent Radisson

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…