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Ce que cache l'objectif européen de -30% d'émissions de gaz à effet de serre en 2020

Les avis sont partagés sur la faisabilité d'une baisse de 30% des émissions de CO2 de l'Union européenne d'ici 2020. Trois tours de passe-passe comptables pourraient donner un gros coup de pouce à l'atteinte de cet objectif, qui reste à adopter.

Gouvernance  |    |  Victor Roux-Goeken Actu-Environnement.com
   
Ce que cache l'objectif européen de -30% d'émissions de gaz à effet de serre en 2020
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Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20% en 2020 par rapport à 1990, de 30% ''si les autres principales économies acceptent d'assumer elles aussi leur juste part d'efforts'' dans la lutte contre le changement climatique. C'est ce qu'a réaffirmé mardi 9 mars la commissaire européenne à l'action climatique Connie Hedegaard lors de la présentation aux parlementaires européens de sa stratégie pour redynamiser un après-Copenhague poussif 1.

L'engagement - conditionnel pour l'instant - a beau être évoqué, l'Union européenne demeure très divisée sur le sujet, comme l'a montré le Conseil informel des 27 ministres européens de l'environnement réunis en janvier dernier à Séville (Espagne).

Ce passage d'un objectif de -20% à -30% de réduction des émissions européennes est prévu par le paquet Climat européen, adopté en décembre 2008. Mais comment le concrétiser ? L'Union européenne a réparti son objectif de réduction d'émission de 20% d'ici 2020 dans deux textes : la directive européenne 2009/29 du 23 avril 2009, qui concerne 40% des émissions européennes, principalement l'industrie et l'aviation ; la décision du même jour sur le partage entre Etats membres de l'effort de réduction des 60% d'émissions restantes. ''Pour le moment, aucune décision n'a été prise sur la manière dont toute révision à la hausse de l'objectif européen au-delà de 20% en 2020 par rapport à 1990 serait partagée entre industrie et Etats membres'', explique Peter Zapfel, membre de la Commission européenne, économiste spécialiste des marchés du carbone.

Un rapport sur la manière dont ce nouvel objectif sera atteint aurait dû être présenté trois mois après l'adoption d'un accord sur le climat, c'est-à-dire ce mois-ci, rappelle Sophie Galharret, chargée d'études Climat et énergie à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Comme l'accord de Copenhague n'en a pour l'instant que le nom, le fameux rapport sera publié en juin par la Commission européenne. Bruxelles en profitera aussi pour donner quelques pistes sur la voie à suivre pour que l'UE opère sa transition vers une économie à faibles émissions de CO2 d'ici 2050 – à titre indicatif, la France sera censée réduire de 75% ses émissions à cette date.

Avis partagés sur le coût de l'effort

Les avis sont partagés sur la faisabilité d'un -30% en 2020. Pour Elise Buckle, responsable Energie-climat au WWF, ''la moitié de cet objectif est déjà atteinte de manière structurelle du fait des investissements déjà réalisés, de la croissance démographique en déclin dans de nombreux pays européens, ainsi que de la hausse du couvert forestier sur le continent''. Rien n'interdit donc à l'UE d'aller plus loin. Le Stockholm environment institute (SEI) plaide carrément pour un objectif de -40% d'émissions en 2020, objectif qu'il chiffre entre 1 à 3% du PIB européen entre 2010 et 2020.

Le Medef et le ministère de l'économie sont d'ailleurs vent debout contre un objectif additionnel de 10%. ''Cela représenterait l'équivalent d'un choc pétrolier'', assure un fonctionnaire de Bercy.

Réduire les émissions avec trois tours de passe-passe comptable

Pourquoi ne pas réaliser l'objectif à l'extérieur de l'UE ? C'est ce qu'a en tête la Commission européenne. ''Nous avons toujours eu l'intention de réaliser au maximum la moitié de cet objectif supplémentaire de 10% par des compensations hors UE'', rappelle Peter Zapfel. Sur la période 2008-2020, le recours à des compensations carbone dans des pays tiers pourrait atteindre entre 40 et 60% de l'objectif de -20%, évalue Sophie Galharret.

Ensuite, la Commission européenne prévoit d'inclure dans les -30% les émissions liées à l'utilisations des terres, leurs changements d'affectation et la foresterie (Lulucf), qui ne sont pas inclus dans l'objectif actuel de -20%. Un enjeu d'importance 2, car la prise en compte des émissions de ce secteur peut faire varier l'effort européen de 3% à la baisse… ou à la hausse. Tout dépend de la manière dont elles sont comptées...

Dernier tour de passe-passe comptable sur lequel l'Union européenne pourrait s'appuyer : ''l'air chaud'', ce surplus de quotas alloués aux anciens pays de l'Union soviétique. A lui seul, le surplus de quotas de CO2 des 10 ''nouveaux'' Etats membres de l'Union européenne représente près de 440 millions de tonnes par an entre 2008 et 2012, soit 1/5e du montant total de quotas de CO2 de l'industrie européenne… Une vraie bombe à retardement pour le marché des droits à polluer européens, mais qui permettrait de donner un gros coup de pouce supplémentaire à la réduction - virtuelle - de 30% des émissions européennes de gaz à effet de serre en 2020.

Réactions7 réactions à cet article

 
Et la taxe ?

J'aime bien le principe de l'exportation des réductions des émissions : mettre notre savoir-faire en la matière au service des puissances émergentes serait un moyen très séduisant de partager l'effort. De même, si on parvient à leur éviter de ravager leurs forêts, et à accroître les notres, on progresse.

Ceci dit... comment finance-t-on tout cela ? Quelles sont les nouveautés concernant la contribution Climat-Energie ?

Umwelt | 11 mars 2010 à 10h21
 
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Tour de passe-passe pas compris

J'avoue ne pas être une spécialiste de la question, je n'ai pas compris comment s'effectuerait le dernier tour de passe-passe comptable. Si c'est une bombe à retardement, comment permet-elle en même temps de réduire virtuellement (donc à loisir ?) les émissions d'ici 2020 ?
"L'air chaud" vient d'où ? Ce surplus de quotas a été alloué quand ?

LauraPat | 11 mars 2010 à 11h02
 
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Tour de passe-passe???

Les 3 solutions avancées ne sont pas scandaleuses en soit et sont déjà utilisées pour 2 d'entre elles donc rien de nouveau.

Les crédits carbone hors UE sont déjà utilisées dans le marché européen (quotas de 15% sur le total des crédits carbone UE). Ceux-ci sont d'ailleurs sources de réelles économies de CO2 bien que certains secteurs soit criticables (HFC,..). Pour les crédit forestiers, ceux-ci font l'objet d'une discussion depuis...1997 donc rien de nouveau sous le soleil. La question est de savoir quelles seront les méthodes de comptabilisation, question très complexe!
Enfin, les crédits des pays de l'Est + Russie font l'objet de cession prudentes et les européens discutent depuis longtemps avec ces pays pour ne pas déstabiliser le marché des quotas justement.

Bref, tous ces mécanismes étaient déjà présents dans la période Kyoto (2008-2012) et les Etats, libres de les utiliser. L'objectif de -30% est donc bien un effort supplémentaire!

frenchiestar | 11 mars 2010 à 12h06
 
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Re:Tour de passe-passe pas compris

La base de calcul pour l'attribution des quotas de CO2 via le protocole de Kyoto est 1990. Or, après la chute du mur de Berlin en 1989, l'industrie du bloc de l'Est s'est écroulé et les émissions de GES avec. A Kyoto l'objectif assigné à ces pays était une faible réduction ou une stabilisation.

Aujourd'hui ces pays ont des émissions inférieures à 1990 ,de l'ordre de 20 à 50% selon les cas, représentant des réductions largement supérieures à leur objectif. L'écart entre ces réductions et l'objectif représente un surplus de quotas que ces pays peuvent céder à d'autres Etats n'ayant pas réussi à atteindre leur objectif. Ce stock de quotas est appelé "air chaud". Il est artificiel dans le sens où il n'existerait pas si l'année de référence était postérieure à l'écroulement de leur industrie!

Cependant, si ces surplus peuvent être cédés pour la première periode d'engagement (2008-2012) du protocole, rien n'est moins sûr pour l'après Kyoto. Pour qu'il soit cédable, il faudrait (1) qu'il y ait une seconde période d'engagement sous le protocole (2013-2020) et (2) que la Convention-cadre de l'ONU accepte que les surplus de crédit de la première période puisse être conservé lors la deuxième période... En l'état rien n'est moins sûr!

Wareika | 11 mars 2010 à 12h20
 
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Essayons de comprendre ce marché!

Le marché des quotas européens de C02 porte bien son
nom! Le problème ,c'est de savoir comment il fonctionne? Pour le citoyen ordinaire,peu informé
sur les procédures de distribution de ces fameux quotas gratuits ,il est impossible de se faire un
avis sur un marché conclu dans les hautes sphères!
Par exemple,on nous a toujours parler des pollueurs
de l'est européen qui brûlent leur charbon,et comme
par miracle,ils sont devenus excédentaires en quotas
à vendre? Peut-être qu'un jour on nous dira la vérité et publiera tous les noms des détenteurs de
ces "bons" de trésors! On discute ,mais on est concerné comme citoyen-électeurs ,donc on n'oubliera
pas le temps perdu.Merci

arthur | 11 mars 2010 à 13h40
 
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Des émissions de CO2 sous estimées

Et si les calculs des quantités de GES émis pare nos pays riches avaient été sous-évalué... Il est facile de produire moins de CO2 dans un pays riche lorsque celui-ci délocalise son industrie et pratique l'importation. Dans ce cas, on délocalise également les émissions de GES...

Tarznag1 | 11 mars 2010 à 16h54
 
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Re:Re:Tour de passe-passe pas compris

Merci beaucoup pour ces précisions. Je comprends mieux

LauraPat | 11 mars 2010 à 18h16
 
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