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Le BRGM et l'ONF alertent sur le recul exceptionnel du littoral aquitain

Les tempêtes successives de l'hiver 2013-2014 ont fait reculer le trait de la côte sableuse aquitaine de 20 m. Une situation inédite qui laisse le littoral en situation de vulnérabilité, compte tenu de la faible reconstitution estivale des plages.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Le BRGM et l'ONF alertent sur le recul exceptionnel du littoral aquitain

Les tempêtes de l'hiver 2013-2014 "ont provoqué d'importants dégâts et ont fortement traumatisé le littoral, avec de très vives inquiétudes parmi les populations et les responsables". La répétition des tempêtes, une vingtaine en quatre mois, et le cumul d'énergie généré par les vagues, "plus du double de la puissance de la plupart des derniers hivers", ont engendré "un recul du trait de côte évalué à plus de 20 m sur de nombreux sites". Habituellement, le trait de côte aquitain recul de 1 à 3 m par an sur le littoral sableux. Le phénomène est d'autant plus inquiétant que la "recharge" naturelle des plages durant l'été n'a, semble-t-il, pas été au rendez-vous en 2014, laissant un littoral fragilisé à l'approche de l'hiver et de ses tempêtes.

Telles sont les principales conclusions d'une étude réalisée par l'Observatoire de la Côte aquitaine à la demande de l'Etat, la Région Aquitaine, les trois départements côtiers (Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques) et le syndicat mixte du Bassin d'Arcachon. Ces résultats viennent confirmer les premières conclusions publiées en février dernier.

Plus globalement, 27% de l'ensemble du littoral français subit une érosion côtière, soit 46% des plages de sable ou à galets et 23% des côtes rocheuses, rappelle le BRGM. Or, les littoraux attirent toujours plus d'habitants. Ainsi, on a enregistré une augmentation de 14 habitants par km² dans les communes littorales entre 1999 et 2010. Enfin, le littoral reste sans surprise la première destination touristique.

Un recul historique

Les chercheurs du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et de l'Office national des forêts (ONF) ont constaté que les conditions de houle et les niveaux d'eau ont été "relativement modestes" au cours de l'hiver dernier. En revanche, ils ont constaté une "succession rapprochée dans le temps des tempêtes", caractérisée par une vingtaine de tempêtes successives entre décembre 2013 et mars 2014, dont huit importantes sans être exceptionnelles. Ces événements successifs ont été accompagnés par "des hauteurs significatives de vagues" et une puissance cumulée de la houle "très nettement supérieure aux données historiques".

C'est principalement la répétition de tempêtes qui entraîne des différences notables avec les événements exceptionnels constatés jusqu'à maintenant. En effet, une cinquantaine de fortes tempêtes ont atteint le littoral aquitain depuis 1960, parmi lesquels le cyclone tropical Hortense en 1984 ou les tempêtes Martin en 1999, Klaus en 2009 et Xynthia en 2010. Ces événements pouvaient augmenter sensiblement l'érosion, mais "les impacts étaient néanmoins localisés". L'hiver passé est, quant à lui, caractérisé par un "taux d'érosion élevé et (…) généralisé à l'ensemble du littoral sableux". Alors que l'érosion la plus forte est généralement localisée, elle a touché l'hiver dernier 40% du littoral aquitain.

Au cours de l'hiver dernier, "les 240 km de la côte sableuse qui constituent la majeur partie du littoral aquitain ont été fortement érodés", note l'Observatoire, ajoutant que "le recul du trait de côte dépasse 20 m sur de nombreux sites". C'est en Gironde que le recul est le plus important avec des retraits "dépassant souvent 20 m et atteignant par endroit de 30 à 40 m". Dans les Landes, le recul est de l'ordre de 15 à 20 m avec des retraits de 25 m par endroit. Quant à la côte rocheuse basque, située dans les Pyrénées-Atlantiques, elle a été peu affectée par l'érosion.

Des plages bien basses

Moins visible de prime abord, mais tout aussi grave, "les plages se sont fortement abaissées et aplanies, limitant ainsi leur résistance et celle des dunes adjacente aux assaut de l'océan". Cet abaissement atteint fréquemment 2 m et peut aller jusqu'à 3 ou 4 m sur certaines plages. Normalement, un mécanisme naturel intervient en été, rehaussant le niveau des plages en sable et compensant, au moins pour partie, les pertes hivernales associées aux tempêtes. Mais ce phénomène a été très limité en 2014, laissant le littoral aquitain dans une situation de vulnérabilité. Cette situation menace les ouvrages de défense du littoral et surtout le système dune-plage. "On a déjà mesuré de fortes érosions depuis octobre", alerte Cyril Mallet, du BRGM, ajoutant que, d'ores et déjà, "on s'attend à avoir un niveau d'érosion plus fort que la moyenne".

Les effets de cette érosion seront-ils durables ? Quelle est la résilience du littoral ? Quels seront les impacts liés à la hausse du niveau des océans ? Quelle stratégie de gestion du trait de côte adopter ? Autant de sujets "très préoccupants", estime Cyril Mallet.

"Le littoral a toujours bougé et bougera toujours, on l'a un peu oublié", explique pour sa part Carlos Oliveros, du BRGM, précisant qu'en France on a commencé à s'intéresser au sujet dans les années 1990. Avec la hausse du niveau des océans, "le recul du trait de côte va s'accélérer, mais on ne peut pas dire de combien", prévient-il. Que faire ? Si la réponse est avant tout politique, les experts de l'Observatoire ont néanmoins quelques idées. Ainsi, pour l'ONF, qui gère de nombreux territoires littoraux, une gestion souple, qui accompagne le mouvement, est adaptée. "Nous luttons contre l'érosion", explique Francis Maugard, de l'ONF Sud-Ouest, "mais nous ne faisons jamais de gestion en dur, ce n'est pas notre philosophie". En l'occurrence, l'ONF privilégie le maintien et la restauration du cordon dunaire.

Quant à la protection des implantations touristiques, elle se pratique sur certaines portions. Trois millions d'euros ont été investis en urgence pour protéger le front de mer de Lacanau et deux millions supplémentaires doivent être investis pour compléter les ouvrages de défense.

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