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Golfe du Mexique : la marée noire persisterait sous les eaux

Si ces dernières semaines, la marée noire, issue de la fuite du puits de BP, n'est pas visible en surface, elle n'aurait pas disparu pour autant. Des océanographes américains ont détecté une nappe de pétrole dans les profondeurs du golfe du Mexique.

Eau  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
   
Golfe du Mexique : la marée noire persisterait sous les eaux
   
L'équivalent de cinq millions de barils - près de 800 millions de litres - de pétrole ont été déversés dans le golfe depuis l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon (Louisiane) en avril, avant que la fuite du puits ait été stoppée début août. Le colmatage définitif du puits a, quant à lui, été repoussé à septembre.
Mais un nuage de pétrole provenant du puits de BP s'étend encore ''sur au moins 35 km à plus de 900 m de profondeur'', ont confirmé les océanographes américains de la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), un institut privé d'études océanographiques. Leurs travaux ont été publiés le 19 août dans la revue ''Science''. Le panache d'hydrocarbures mesure ''près de 2 km de largeur sur près de 200 m de hauteur''. Le gouvernement américain et BP affirmaient pourtant le 4 août venir à bout de cette marée noire. Pour rassurer la population, le président Barack Obama s'était même récemment baigné en Floride tandis que de nombreuses zones de pêche ont été rouvertes en Louisiane.

Les chercheurs de la WHOI ont réalisé, du 19 au 28 juin, plus de 57.000 analyses chimiques, à l'aide notamment d'un spectromètre de masse sous-marin, dans un périmètre de 5 km autour du puits. Avant d'être interrompus par l'Ouragan Alex, ils ont mesuré des concentrations de plus de 50 microgrammes d'hydrocarbures par litre et relevé la présence de benzène, de toluène, d'éthybenzène et de xylène. Des gouttelettes d'huile inodores et diffuses ont été prélevées. Cependant, ''nous n'avons pas déterminé le degré de toxicité'' du nuage de pétrole ''ni comment il s'est formé'', a souligné Christopher Reddy, géochimiste marin de l'équipe de recherche.
Si les chercheurs ont observé que la bio-dégradation de ce pétrole était en cours grâce aux microbes vivant dans les grands fonds, le processus est relativement lent. Alors que le pétrole reste sous la surface, la température de l'eau y est plus froide, ce qui ralentirait le processus de dégradation. Le panache de pétrole pourrait ''subsister dans l'océan plus longtemps qu'on ne le pensait'', ont alerté les scientifiques. Des mois voire des années…? D'autant que la nappe se déplacerait ''à la vitesse de 0,27 km/h en direction du sud-ouest, vers les côtes mexicaines'', a précisé Richard Camilli, le chef de l'expédition scientifique.

Polémique autour du rapport de la NOAA

Après les océanographes de l'Université de Géorgie ayant estimé le 17 août que 79 % du brut se trouvait encore dans l'océan, les chercheurs du WHOI ont à leur tour contredit le rapport officiel présenté par l'agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), qui affirmait pourtant, il y a deux semaines, que les trois quarts du pétrole échappés du puits s'étaient évaporés, dispersés naturellement et/ou avaient été récupérés ou éliminés.
26% du pétrole seraient toujours dans l'eau, soit à l'état liquide, soit sous forme de résidus lourds au fond de la mer issus des brûlages localisés de la nappe, selon la NOAA. Or, d'après les experts de l'Université de Géorgie, seuls 8 % ont été dispersés, 6 % brûlés, 4 % dragués et 12 % évaporés. ''Une des principales erreurs est de penser que le pétrole qui s'est dissous dans l'eau a disparu et est de ce fait inoffensif'', a prévenu Charles Hopkinson, spécialiste de la vie marine à l'Université de Georgie. ''Le pétrole est toujours là, et il risque de prendre des années à se dissoudre complètement. Nous sommes encore bien loin d'avoir évalué tous les impacts possibles de la catastrophe'', a-t-il ajouté. Selon l'équipe scientifique, un autre nuage de pétrole se dirigerait vers la Floride et serait ''cinq fois plus important'' que celui analysé par les océanographes de la WHOI.

Quels impacts environnementaux ?

La question de l'impact environnemental causé par quatre mois de marée noire demeure entière. Tout comme celui des 7 millions de litres de produits chimiques utilisés pour la disperser. Des chercheurs de l'Université de Floride viennent de souligner les effets du pétrole sur la biodiversité, dans une étude préliminaire. Ils ont constaté un impact sur la santé du phytoplancton ''entre 275 m et un millier de mètres de profondeur''. Ils ont par ailleurs découvert des dépôts microscopiques de pétrole dans le sol d'un canyon sous-marin, proche de Panama City, en Floride. Là, où s'était d'ailleurs baigné Barak Obama… De son côté, Samantha Joye, de l'Université de Georgie, entend évaluer l'impact du méthane, échappé aussi du puits. La scientifique appréhende l'apparition de zones mortes provoquées par le méthane, en raison du manque d'oxygène, ce qui asphyxie et tue les créatures marines.

La publication de ces études scientifiques intervient alors que les Etats-Unis et le Mexique ont annoncé le 20 août ''vouloir réaliser conjointement une première évaluation de l'impact environnemental de la marée noire''. Si les autorités des deux pays ont prévu de se rencontrer fin septembre ''pour préparer cette étude'', l'organisation écologiste Greenpeace vient de lancer une expédition scientifique de trois mois pour mesurer les impacts de la marée noire et des dispersants chimiques sur la vie marine et sous-marine du golfe. L'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) assure pour sa part que ''les mélanges dispersants ne sont généralement pas plus toxiques pour les espèces aquatiques testées (une espèce de crevette et de petits poissons, ndlr) que le pétrole seul''.

Réactions2 réactions à cet article

 
6% de la consommation journalière de pétrole

Il me semble que nous consommons 90 millions de barils par jour.
5 millions de barils correspondent donc à 6% de consommation journalière ou 0.02% de la consommation annuelle.
C'est la goute de pétrole qui va faire déborder le vase ...
Il faut donc que l'on se désintoxique au plus vite de ce fichu pétrole sinon il va y en avoir d'autre de catastrophes !

chocard | 24 août 2010 à 10h17
 
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Manipulation évidente

Dès le départ j'ai toujours eu du mal a croire l'annonce du contrôle des 3/4 de la marée noire en un délai aussi cours.

Par ailleurs je suis étonné qu'on ne parle que maintenant de la partie immergée de cette marée qui en constitue la majeur partie et la plus difficile à éliminer.
Autre déclaration qui fait frémir:
"agence américaine de protection de l'environnement (EPA) assure pour sa part que ''les mélanges dispersants ne sont généralement pas plus toxiques pour les espèces aquatiques testées (une espèce de crevette et de petits poissons, ndlr) que le pétrole seul"

hattori | 26 août 2010 à 09h48
 
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