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« Avant de mettre en place des quotas d'accès à la nature, il existe beaucoup d'autres solutions »

Les espaces naturels ont connu une hausse de fréquentation qui peut les fragiliser. Laurence Chabanis présente les enjeux et les moyens dont disposent les gestionnaires pour réguler l'accès du public.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Laurent Radisson
   
« Avant de mettre en place des quotas d'accès à la nature, il existe beaucoup d'autres solutions »
Laurence Chabanis
Chargée de mission tourisme, accès à la nature et marque collective Office français de la biodiversité (OFB)
   

Actu-Environnement : La régulation de l'accès du public à la nature est-elle davantage nécessaire qu'avant ?

Laurence Chabanis : Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu un effet lié à la crise du Covid pour plusieurs raisons : sortie dans un territoire limité dans un premier temps, déconfinement ensuite, difficulté à partir à l'étranger. Pour toutes ces raisons, les Français sont plus restés autour de chez eux en 2020 et en 2021, et même encore un peu cette année. Ils ont découvert, ou redécouvert, les espaces protégés qui étaient à proximité. Les hausses de fréquentation sont assez variables d'un territoire à l'autre du fait de l'intervention de plusieurs facteurs : accessibilité, météo, etc. Cela peut être compliqué à gérer sur le terrain, car le milieu peut avoir du mal à encaisser ces pics de fréquentation. Il peut y avoir aussi des problèmes d'infrastructures : parkings insuffisamment dimensionnés, routes trop étroites, etc. D'un autre côté, on peut se dire que c'est plutôt une bonne nouvelle que les gens redécouvrent la nature.

AE : Quelles sont les zones qui ont fait l'objet de cet engouement du public ?

LC : C'est le cas des espaces littoraux et des espaces protégés en montagne. Il y a eu aussi un effet de report de fréquentation dans les territoires où il faisait trop chaud, cet été en particulier, le public cherchant par exemple à monter en altitude. La difficulté, c'est que l'on n'a aucune certitude sur le fait que ces phénomènes vont se reproduire ces prochaines années. Les espaces protégés sont en train d'apprendre de ces nouvelles formes de consommation de la nature.

AE : Est-ce qu'on a également constaté des changements de comportement du public ?

LC : En 2020 et en 2021, on a constaté l'arrivée de nouveaux publics, qui n'avaient pas l'habitude de fréquenter des espaces protégés. Il s'agissait d'une population plutôt urbaine. Ces nouveaux publics ne connaissaient pas nécessairement les « codes » de la nature, la réglementation en place et n'étaient parfois pas correctement équipés. Les gestionnaires d'espaces protégés ont dû aller à leur rencontre, leur expliquer que certains comportements n'étaient pas souhaitables, voire interdits, et leur faire passer des messages sur le bruit ou les déchets. Il y a eu beaucoup de pédagogie. Les procès-verbaux ont été réservés aux plus réfractaires. Mais cela a été assez rare.

AE : Quels sont les différents modes possibles de régulation de l'accès du public ?

LC : Il y a plein de solutions possibles. Il faut surtout partir du problème sur le terrain. Il peut y avoir des solutions de très court terme et des pistes de travail de moyen et long terme. Ce peut être des questions d'aménagement, de communication, de personnel à mettre sur le terrain, en fonction des moyens disponibles. Ce sont d'ailleurs, parfois, des moyens autres que ceux du gestionnaire de l'espace protégé : collectivités, professionnels, comme les accompagnateurs en montagne.

AE : Peut-on mettre en œuvre des moyens de régulation plus contraignants, comme des interdictions, des péages ou des réservations ?

LC : C'est loin d'être développé pour l'instant. Le système de quotas mis en place dans le Parc national des Calanques cet été, dans le cadre d'une expérimentation sur deux territoires, est un cas isolé et atypique. C'est une piste sur laquelle le parc travaillait depuis un moment, car il y avait des phénomènes de surfréquentation constatés depuis longtemps, avec des dégradations assez fortes des milieux. Avant d'en arriver là, il y a énormément d'autres solutions à disposition. Cela dit, la question des quotas ou de la régulation n'est pas nouvelle. Elle existe depuis longtemps dans des sites culturels ou patrimoniaux, comme les grottes ornées. L'expérimentation des Calanques a montré des résultats plutôt intéressants. Il faut maintenant voir comment cela peut évoluer dans le temps. Nous allons organiser les retours d'expérience dans les prochaines semaines pour comprendre dans le détail ce qui a fonctionné ou non, s'il y a des pistes d'amélioration, si c'est transférable dans d'autres sites et, si oui, dans quelles conditions.

AE : Quid des droits d'entrée ou des péages ?

LC : La situation est différente de celle des parcs canadiens, gérés par des sociétés privées, en délégation de service public, et où l'entrée est payante. En France, ce sont principalement des établissements publics, des syndicats mixtes ou des associations qui gèrent les espaces protégés. L'accès à la nature, qui est lié au droit de propriété, y reste toutefois gratuit. C'est un principe auquel les parcs nationaux tiennent. Quand un système de paiement est mis en place, c'est en contrepartie d'un service. Il faut arriver à dimensionner le service que l'on rend à son client et le prix qu'il peut payer pour cela. Quand il y a eu, il y a quelques années, la redevance pour le ski de fond, c'était en contrepartie du fait que les pistes étaient entretenues. Ce système existe aussi lorsqu'il y a un système d'accueil, des sanitaires, des places de parking ou, de manière générale, des services qui nécessitent de l'entretien. Ces services ne sont pas nécessairement mis en place par les gestionnaires d'espaces protégés. Ils peuvent l'être par les collectivités. Il peut aussi y avoir des formes plus douces de régulation, en restreignant par exemple la surface d'un parking et, de manière plus générale, en agissant sur le dimensionnement des infrastructures d'accueil.

AE : La problématique est-elle la même pour tous types d'espaces protégés ?

LC : Globalement, ce sont des questions qui peuvent être assez largement partagées par tous types d'espaces protégés. Par contre, les modalités d'action varient en fonction de chacun. Ils n'ont pas tous la capacité à agir, à réguler, à mettre des agents sur le terrain. Dans un cœur de parc national, on peut créer une réglementation spécifique. Un parc naturel régional, par exemple, n'a pas toujours cette capacité à mettre en place une réglementation. Cela dépendra de la présence ou non d'une réserve naturelle dans son périmètre.

AE : Les outils juridiques sont-ils suffisants pour instaurer les modes de régulation souhaités ?

LC : Il y a eu un avancée récente avec la loi Climat et résilience qui permet aux maires de mettre en place une réglementation si un espace est menacé par une surfréquentation. Globalement, ce qui fonctionne le mieux, c'est de discuter avec les acteurs en place (collectivités, gestionnaires d'espaces protégés, accompagnateurs en montagne, hôteliers, commerçants, etc.) sur les meilleures solutions à appliquer. Souvent, les problèmes sont liés à des pics, certains jours de l'été. L'idée n'est certainement pas de prendre des décisions hâtives. Un espace protégé travaille sur le long terme, en concertation avec les acteurs locaux. Il faut prendre le temps d'analyser chaque dispositif. Pour l'instant, je n'ai personnellement pas identifié de manque dans les outils juridiques disponibles.

AE : Est-ce que le ministère de la Transition écologique a donné une orientation nouvelle sur ces sujets ?

LC : Il n'y pas de consigne particulière. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un espace protégé a des comptes à rendre. Il a été mis en place pour protéger certains milieux, certaines espèces, et il a donc une responsabilité vis-à-vis de l'État ou de la Région qui l'a créé.

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