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Fukushima : les stress tests japonais relancent le débat sur la participation du public

La Nisa a validé les audits de 2 réacteurs, ouvrant la voie à un redémarrage des unités à l'arrêt pour maintenance. Cependant, l'obtention du feu vert des autorités locales pose toujours problème alors que la confiance des populations s'effrite.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Fukushima : les stress tests japonais relancent le débat sur la participation du public

Lundi 13 février 2012, les audits de sûreté des réacteurs nucléaires japonais lancés en juillet 2011 ont franchi une étape importante : l'Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) a estimé que les réacteurs 3 et 4 de la centrale d'Ohi (au centre du Japon sur la façade maritime ouest) ont passé avec succès la première étape du processus. Cette étape vise à évaluer la résistance des installations face à un événement extrême, tel que le tsunami du 11 mars 2011 qui a frappé la centrale de Fukushima Daiichi.

Cette étape de modélisation ouvre la voie à une seconde de validation par la Commission de sûreté nucléaire du Japon (NSCJ) avant que le feu vert ne soit donné par le Premier ministre, Yoshihiko Noda, et "trois ministres concernés", explique l'agence de presse Reuters.

Un calendrier à définir

Si la voie semble donc tracée, la mise en œuvre des stress tests pose encore un certain nombre de questions, à commencer par le calendrier qui n'est pas encore défini. Début février, le quotidien Yomiuri faisait état de la volonté du gouvernement de voir redémarrer en avril les deux réacteurs de la centrale de Ohi. Le but serait d'éviter que le Japon ne se retrouve sans aucun réacteur en activité en mai, lorsque sera arrêté pour maintenance la dernière des trois tranches, sur un total de 54, encore en activité au Japon.

Si le gouvernement a démenti ces informations, il n'a cependant donné aucun détail sur le déroulement des prochaines étapes des audits de sûreté. Seule la volonté de consulter les autorités locales avant tout redémarrage d'une unité en maintenance, même si la réglementation japonaise ne l'exige pas formellement, est confirmée.

L'absence de calendrier est présentée comme un gage de qualité des audits de sûreté. En janvier, le ministre japonais de l'Industrie et du Commerce, Yukio Edano expliquait qu'il ne souhaitait pas donner de date butoir afin de s'assurer qu'aucun détail ne serait laissé de côté. "Si nous concluons positivement [sur le redémarrage des réacteurs] dès le départ ou si nous fixons une date butoir pour conclure, cela signifie que nous n'évaluerons pas réellement la sûreté des installations", expliquait-il. Le ministre avait aussi estimé que son "rôle sera bien évidemment d'aller rencontrer en personne les communautés locales pour expliquer quelles sont les conditions de sûreté des centrales".

Dialoguer avec les autorités locales…

Ces consultations représentent aujourd'hui un enjeu crucial pour l'avenir énergétique de l'archipel. En juillet 2011, le maire de Genkai dans la préfecture de Saga au sud-ouest du Japon, avait renoncé à approuver le redémarrage progressif des réacteurs de la centrale nucléaire locale après les opérations de maintenance routinière.

Le gouvernement n'avait pourtant pas ménagé ses efforts et, après une visite du ministre de l'Industrie, il avait finalement obtenu l'accord de l'édile de la commune rurale de 7.000 habitants. Las, l'annonce de la réalisation des audits de sûreté avait remis en cause le discours officiel. Furieux, le maire de Genkai avait finalement retiré son accord. Depuis, 16 réacteurs supplémentaires ont été arrêtés pour maintenance sans qu'aucun ne puisse être redémarré.

Ce sujet a d'ailleurs retenu l'attention des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui ont évalué les stress tests réalisés par la Nisa. Ils ont insisté sur les efforts à effectuer pour recouvrer la confiance du public perdue depuis l'accident de Fukushima et ils ont invité les responsables japonais à dialoguer avec les riverains des centrales, leur conseillant de les inviter à des réunions publiques.

Concernant les deux réacteurs de la centrale d'Ohi, le gouvernement devra donc convaincre l'assemblée préfectorale de Fukui et le conseil municipal de la ville d'Ohi. Selon le quotidien Yomiuri, les discussions avec ces instances pourraient aboutir à un accord courant mars. Ainsi, Yukio Edano devrait "bientôt" visiter la préfecture de Fukui et y rencontrer le gouverneur pour lui présenter les résultats des audits de sûreté. Une tache qui pourrait s'avérer délicate : le gouverneur de Fukui a demandé l'application de nouveaux standards de sûreté et le maire d'Ohi a demandé des éclaircissements sur la sécurité et les stress tests.

… pour répondre aux doutes

Dans ce contexte, deux experts participant aux travaux des audits ont publiquement remis en cause les résultats de la Nisa. Hiromitsu Ino, professeur à l'université de Tokyo, et Masashi Goto, ancien ingénieur nucléaire, ont estimé dans une lettre publique que les audits sont insuffisants car ils ne tiennent compte que d'un événement naturel à la fois et qu'ils ne considèrent ni les problèmes matériels ni les erreurs humaines.

Plus généralement, certains analystes politiques interrogés par Reuters, doutent que les audits restaurent la confiance des Japonais. Une vision qui semble confirmée par un sondage réalisé auprès des autorités locales concernées et publié par le journal Sankei. Trois villes seraient favorables au redémarrage des réacteurs à l'issue des audits de sûreté, deux y seraient opposées et 24 seraient indécises, jugeant que les audits n'étaient pas une preuve suffisante de fiabilité des installations.

Quant au Parlement, il s'interroge lui aussi sur la réalité de la sûreté des installations. "Le mythe selon lequel le nucléaire est absolument sûr est un sujet que nous devons étudier" a indiqué Kiyoshi Kurokawa, le président de la Commission parlementaire chargée d'enquêter sur la catastrophe de Fukushima, estimant que "nous devons comprendre comment un tel état d'esprit a pu se développer".

Enfin, au-delà des populations habitant à proximité des sites nucléaires, certains consommateurs s'interrogent. Le 9 février, une association a annoncé avoir recueilli 250.000 signatures pour demander à la municipalité de Tokyo un référendum sur le recours au nucléaire pour alimenter en électricité la capitale de l'archipel. L'association, créée dans le but d'obtenir ce referendum, a franchi le seuil des 214.000 signatures indispensables à l'organisation du scrutin. Si le référendum avait lieu, Tepco, qui alimente en électricité Tokyo, et le gouvernement national seraient a priori tenus d'agir en conformité avec le résultat, rapporte l'AFP. Les deux centrales de Fukushima (les six réacteurs de Daichi et les quatre de Daiini) alimentaient la ville. La mégapole n'est actuellement alimentée que par le dernier des sept réacteurs encore en activité de la centrale Kashiwazaki-Kariwa. Le 26 mars, cette dernière tranche devrait être arrêtée pour maintenance.

Réactions1 réaction à cet article

 

Il paraît totalement illusoire, vu l’ampleur de la catastrophe de 2011, d’imaginer que tous les Japonais reprennent confiance en la sûreté du nucléaire. Ou alors il y a quelque chose qui m’échappe dans la culture de ce pays ou dans la façon dont les autorités communiquent avec les citoyens.

Georges | 16 février 2012 à 10h52
 
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