En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

“Dans la valorisation des sédiments fluviaux, il y a un intérêt immédiat à agir”

Les sédiments s'accumulent dans le lit des fleuves. Leur extraction et leur stockage, très onéreux, remettent en cause la rentabilité du réseau fluvial. Entretien avec Olivier Matrat, porte-parole du projet Alluvio, qui réunit tous les acteurs concernés autour d'une meilleure gestion des sédiments.

Interview  |  Déchets  |    |  Guillaume Krempp Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°364 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°364
[ Plus d'info sur ce numéro | S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]
   
“Dans la valorisation des sédiments fluviaux, il y a un intérêt immédiat à agir”
Olivier Matrat
Porte-parole du projet Alluvio
   

Actu-Environnement : Quels sont les acteurs et les objectifs du projet Alluvio?

Olivier Matrat : Alluvio est une démarche participative qui doit, par le développement de filières industrielles novatrices et porteuses d'emploi, transformer en force la contrainte que constituent les sédiments pour le transport fluvial et pour les territoires de la région Hauts-de-France. Cette problématique, l'organisme Voies Navigables de France (VNF) ne pouvait pas y répondre seul. Les collectivités territoriales sont aussi touchées, de même que les industriels. Il faut donc trouver une solution qui puisse convenir à tous.

En associant l'ensemble des forces vives concernées (collectivités, monde agricole, industries, scientifiques, acteurs de la voie d'eau), il s'agit d'identifier les sources de sédiments pour limiter les dépôts en amont, et de développer des solutions économiquement pertinentes pour leur gestion. Pour VNF, c'est un fonctionnement très novateur. On était tourné uniquement vers le canal, maintenant nous sommes tournés vers les territoires. Des comités territoriaux se sont réunis le 13 octobre à Lille (Nord) et le 17 et le 18 octobre à Dunkerque (Nord) et à Valenciennes (Nord). Ces réunions nous permettent de déterminer progressivement les applications et les solutions précises et adaptées à chaque territoire.

AE : Comment les sédiments constituent-ils un obstacle à la navigation fluviale ?

OM : Les sédiments se déposent au fond du canal et limitent la hauteur d'eau disponible. Or, et c'est le principe d'Archimède, la masse que peut emporter un bateau est directement liée à son enfoncement. Plus il y a de sédiments, moins il peut être chargé et moins il peut être rentable. L'excès de sédiments est donc un frein au développement du transport fluvial.

AE : Quelles sont les contraintes qui pèsent sur le maintien de la navigabilité des canaux ?

Pour garantir les niveaux d'eau suffisants et la sécurité du transport fluvial, VNF extrait entre 100.000 et 200.000 mètres cubes de sédiments par an. Cet objectif n'est pas viable sur le long terme.

La règlementation européenne sur les sédiments, déclinée en droit français, est extrêmement rigoureuse et pénalisante pour la création de débouchés. Les sédiments sont en effet considérés comme des déchets. Ils doivent donc être entreposés dans un site adapté - l'équivalent d'une décharge - construit avec une enveloppe étanche, un suivi écologique mis en place avec clôture, voire des caméras pour surveiller le site. Une fois que le sédiment a été déposé, on ne sait pas quoi en faire. Il ne sort plus de son statut de déchet.

En Belgique, par exemple, les choses sont différentes. Les sédiments sont aussi considérés comme des déchets au moment où on les extrait de l'eau. Ils sont envoyés dans des sites de regroupement où ils sont entreposés pour sécher. De façon très simple et ouverte, les sédiments peuvent être ensuite réutilisés pour produire des matériaux de construction ou de remblai.

Aujourd'hui, les sédiments extraits dans le Nord-Pas-de-Calais sont donc pris en charge par des entreprises belges et transportés en Belgique. Ces sédiments sont stockés et utilisés selon les normes belges. Les sédiments extraits du Nord-Pas-de-Calais font donc en pratique les bénéfices d'entreprises belges.

AE : Quels sont les coûts de stockage des sédiments actuellement ?

OM : Avant que la règlementation européenne (directive cadre sur les déchets 2008/98/CE du 19 novembre 2008) n'entre en vigueur, le stockage des sédiments coûtait 20 euros par mètre cube. Suite à son application, on était dans des gammes de coûts d'environ 70 euros par mètre cube. On comprend vite à quel point cela nous coûte cher quand on sait la quantité de sédiments qu'il faut extraire pour garantir la navigation fluviale. A 70 euros le mètre cube, c'est directement la compétitivité et l'avenir de la voie d'eau qui est en jeu. Dans la valorisation des sédiments fluviaux, il y a donc un intérêt immédiat à agir.

AE : D'après les technologies existantes et dans le cadre juridique actuel, quelles sont les valorisations aujourd'hui prêtes à être mises en œuvre ?

OM : Des valorisations peuvent s'inscrire dans le droit français tel qu'il régit le sédiment. Ce dernier peut en effet se substituer au sable dans l'élaboration de béton par exemple. On est suffisamment mûr sur ces technologies pour lancer ce type de filière industrielle. Des solutions, aujourd'hui techniquement prêtes, attendent encore une validation ultime pour les utiliser en opérations de défense de berge : enrochements bétonnés, matelas reno et poutres de couronnement en bordure de berges. Aujourd'hui, on est vraiment à un stade de mise en route de filières industrielles. On va basculer de la recherche à la mise en œuvre.

AE : La valorisation des sédiments passe par des opérations de dragage qui peuvent affecter les écosystèmes. N'y a-t-il pas là un danger pour la biodiversité ?

OM : La gestion de la biodiversité au niveau des opérations de dragage est très règlementée. Nous recevons des autorisations pluriannuelles d'organiser sur une unité très précise une opération de dragage. Pour obtenir ces autorisations, des études environnementales sont nécessaires au préalable.

Les terrains de dépôt, qui reçoivent les sédiments sur le long terme, peuvent devenir des sites environnementaux assez remarquables. Le conservatoire des espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais a observé un certain nombre d'espèces sur un site de stockage. Il y a vu apparaître au fil du temps des habitats intéressants et de nouvelles espèces qui sont venues enrichir la biodiversité des terrains de dépôt.

Réactions6 réactions à cet article

 

Faut-il comprendre que toutes les saloperies que doivent aussi contenir ces sédiments seront neutralisées?

Quoiqu'il en soit, qu'on profite de ces travaux pour installer des hydroliennes fluviales de type membrane ondulante

Sagecol | 27 octobre 2016 à 07h14
 
Signaler un contenu inapproprié
 

As t'on une idée du tonnage exploitable en BTP que représentent ces sédiments ?

EC50 | 27 octobre 2016 à 09h26
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Sagecol devrait savoir qu'il n'y a pas de courant sur un canal !

La Métamorphose | 27 octobre 2016 à 12h49
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Emile,

Votre interrogation a été transmise a Monsieur Matrat. Sa réponse vous intéressera sans doute:

"Je ne peux donc être très précis à ce stade, mais nous considérons (vu les sédiments que nous récupérons actuellement dans nos canaux) que la fraction utilisable pour les applications du BTP, en bétons non structurels notamment, est très significative.

Elle pourrait représenter une part importante, voire majoritaire, des 10 millions de m3 qui correspondent aux seuls besoins déjà identifiés par VNF, sans compter les besoins à identifier par les territoires, qui trouveront aussi des débouchés via les sites de gestion que nous mettrons en place.

Autrement dit, nous considérons que le potentiel gisement pour les applications du BTP se chiffre en plusieurs millions de mètres cubes : il s'agit bien d'un volume qui nécessite une filière industrielle, et pas d'un volume marginal mis en avant dans un objectif de communication."

La rédaction | 31 octobre 2016 à 09h34
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Les sédiments sont considérés comme déchets...peut être dans le cadre des canaux, mais les voies navigables ne concernent pas que les canaux, mais aussi certains cours d'eau.
Rappelons que la qualité et la diversité des sédiments sont des habitats pour la biodiversité (zones de reproduction, d'alimentation, de repos...) et participent à l'atteinte des objectifs de la Directive cadre sur l'eau (volet hydromorphologie).
Le risque est de croire que les sédiments sont un danger ou inutiles et qu'il faut s'en débarrasser à tout prix, hors ils participent, en fonction des débits, au fonctionnement naturel des cours d'eau au travers les phénomènes d'érosion et de dépôts des sédiments . Le manque de sédiment dans un cours d'eau peut causer des dégâts: érosion des berges, incision (creusement) du lit du cours d'eau, jusqu'à la fragilisation des digues et des ouvrages d'art (pont..).
Cet article est intéressant et présente une certaine problématique lié au transport fluvial mais ne soyons pas trop catégorique en disant "les sédiments c'est mal" car le lecteur novice pourrait faire des amalgames.
Merci

CC | 01 novembre 2016 à 11h47
 
Signaler un contenu inapproprié
 

A l'attention de Messieurs Krempp et Matrat
Le programme Alluvio concerne-t-il aussi les ports ?
Vous faites état de 10 à 200.000 m3 de sédiments, nous en Baie de Seine nous en sommes à 4,5 à 5 MILLIONS de m3 !!
La seule entreprise privée de Normandie qui s'occupait de traitement des sédiments est en liquidation judiciaire;
Avez-vous avanc" dans vos projets, avez-vous des contacts en France, Belgique, Allemagne ou Hollande pays éminemment concernés.

URT | 15 novembre 2016 à 16h09
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager