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Deux fois trop de carbone dans l'atmosphère selon un rapport de l'ONU Environnement

A l'approche de la COP 23, les Nations unies pour l'environnement tirent la sonnette d'alarme sur le surplus de CO2 dans l'atmosphère. Celui-ci compromet dangereusement la stabilisation du réchauffement climatique.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

L'Accord de Paris a stimulé la protection du climat mais dans des proportions encore très insuffisantes. C'est ce que souligne l' Emission Gap Report présenté à Genève le 31 octobre. Cette huitième édition élaborée par les Nations unies pour l'environnement pointe que les politiques climatiques n'en sont qu'à leurs balbutiements. Les contributions nationales (NDCs) annoncées en 2015 lors de la COP 21 ne couvrent environ qu'un tiers des réductions d'émissions nécessaires à maintenir la dérive de la température en-dessous de la hausse de +2°C. Le décalage (gap) entre les réductions réelles et les intentions affichées demeure ''alarmant'', estime l'ONU de l'environnement.

De fait, au rythme actuel de l'activité humaine, il y aura encore 11 à 13 gigatonnes de CO2 équivalent (GtCO2e) de trop dans l'atmosphère en 2030 par rapport à l'objectif de stabilisation de la température moyenne à +2°C, et 16 à 19 GtCO2e si l'on s'en tient à l'objectif plus ambitieux de stabiliser la température à +1,5°C mentionné dans l'Accord de Paris. Cet objectif plus exigeant est appelé de leurs vœux par les pays les plus vulnérables, dont Fidji, qui présidera la COP 23 à partir du 6 novembre prochain. Une gigatonne représente en gros une année d'émissions issues du secteur des transports, aviation incluse. Actuellement, les émissions annuelles sont de 51,9 GtCO2e pour l'année 2016. Certains scénarios estiment qu'il faudrait les plafonner à 24GtCO2e d'ici à 2030, soit deux fois moins qu'actuellement.

Stabilisation depuis 2014

La bonne nouvelle, c'est que les émissions de CO2 sont restées stables depuis 2014, en partie du fait de l'essor des énergies renouvelables en Chine et en Inde. Ce constat a pu laisser espérer que les émissions ont atteint leur pic, ce qui serait positif car elles doivent avoir commencé à diminuer dès 2020 pour que leur trajectoire préserve le climat. Pour autant, le rapport met en garde sur d'autres gaz à effet de serre tels que le méthane, qui continue à augmenter. Un regain de croissance économique pourrait aussi faire reprendre les émissions de CO2 de plus belle. Et l'application de l'amendement de Kigali au Protocole de Montréal aboutirait à éliminer les hydrofluorocarbures.

Même en mettant en pratique les plans climat nationaux actuels, qu'ils soient conditionnels ou inconditionnels, la température va augmenter de +3°C d'ici à 2100, s'alarme l'ONU environnement. Ce qui veut dire que les gouvernements doivent impérativement adopter des contributions nationales plus exigeantes dès 2020. Si les Etats-Unis concrétisent leur sortie de l'Accord de Paris annoncée pour la même année, le tableau sera plus sombre encore.

Le temps presse. Car d'ici à 2030, les trajectoires d'émissions devront avoir passé leur pic afin d'être en cohérence avec l'objectif de +2°C affiché par l'Accord de Paris. Au rythme actuel des efforts accomplis, le budget carbone sera consommé à 80% en 2030 au lieu d'avoir été considérablement réduit. Les Nations unies en appellent à des objectifs plus ambitieux à appliquer d'ici à 2020. Une évaluation ''systématique'' des potentiels de baisse d'émissions dans chaque secteur de l'économie devrait être engagée afin de mettre en œuvre les meilleures pratiques et les technologies les plus efficaces, plaide l'ONU.

Des politiques sectorielles pour résorber les excédents

Pour réussir à endiguer ce "gigatonne gap", six secteurs principaux doivent être mobilisés : l'agriculture, le bâtiment, l'énergie, la forêt, l'industrie et le transport. Le rapport souligne que cette mobilisation sectorielle peut se faire dans des conditions économiquement attractives, pour un coût de 100 dollars la tonne de CO2 équivalent. Et aboutirait à une réduction de 22GtCO2e en 2030.

Dans le domaine agricole, les techniques de non labour, la conservation des marais, la cessation des pratiques des feux de tourbe et l'évolution des comportements alimentaires combinées peuvent produire une réduction de 3GtCO2e/an. Dans le bâtiment, la combinaison de construction de tous les bâtiments neufs de l'OCDE avec la réhabilitation des immeubles existants et l'usage d'énergies renouvelables dans les logements aboutirait à une économie de 1,9 GtCO2e/an en 2030. Dans le domaine de l'énergie, les émissions pourraient être réduites de 100% à l'horizon 2030, non sans le développement massif de captage et stockage du carbone. Le transport représente 9,7 GtCO2e en 2030, dont 1,1 issu de l'aviation dans un scénario de laisser faire. L'étude pointe un potentiel de réduction de 4,7 GtCO2e dans ce secteur en 2030 par l'usage de véhicules électriques, de moteurs plus efficaces et de biocarburants dans les avions.

Avec le secteur énergétique, l'industrie est le plus grand gisement de réduction d'émissions. 70% des gaz à effet de serre résultent des énergies fossiles et de l'industrie du ciment. Les 100 plus grandes entreprises mondiales cotées en bourse sont à l'origine d'environ un quart des émissions globales de gaz à effet de serre. C'est principalement par l'efficacité énergétique qu'elles pourraient réduire leurs émissions. En tout état de cause, l'utilisation du charbon doit complètement cesser, préconise l'ONU. Les 6.683 centrales thermiques de la planète devraient être remplacées par des installations non fossiles financées par des taxes sur le carbone. Or, les énergies fossiles sont encore largement subventionnées dans le monde. Le Low Carbon Economy Index de Price Water House Cooper paru également le 31 octobre estime que la décarbonisation devrait se faire au rythme de 6,3% par an au lieu des 1,4% actuels en business as usual. On est loin du compte.

Réactions2 réactions à cet article

 

Les deux degrés sont déjà en passe de devenir un lointain souvenir et la machine continue sur sa lancée...
Nous sommes toutes et tous responsables !
L'hubris et l’égoïsme humain ont une telle puissance que seuls les faits peuvent avoir raison d'eux : l'humanité ne réagira pas en masse avant de se voir perdue, mais ce sera déjà trop tard...
Toutes et tous responsables !
Quel gâchis !

BikePower | 02 novembre 2017 à 15h30
 
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Belle contribution au débat.
Je suis toujours surpris du catastrophisme généralisé car il n'est en aucun cas productif. Alertés, nous (lecteurs de ce type de fil) le sommes et ce média devrait davantage expliciter les actions possibles au lieu de se lamenter et de relayer des discours qui tiennent du religieux.
Pourquoi le parallèle n'est-il pas fait entre les ressources nécessaires à une transition (faire ce qui est possible: accès à l'énergie, à l'assainissement, aux soins... éducation, prévention et gestion correcte des déchets, sortie de la misère, etc.) et les évasions et fraudes fiscales en tous genres ?
Un media actif n'est pas seulement un relais pour les prêcheurs et vendeurs de peur. Me tromperais-je ?
Allez, un peu de courage !

Albatros | 08 novembre 2017 à 10h54
 
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