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Changer d'organisation financière mondiale pour un développement soutenable

Fuite de capitaux, bulles financières, spéculation sur les matières premières et les denrées alimentaires… La financiarisation à outrance de l'économie explique très largement l'échec d'un modèle compatible avec la réalité des ressources et des besoins humains. Un changement s'impose pour un développement durable.

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Changer d'organisation financière mondiale pour un développement soutenable
Corinne Lepage
Ancien ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21
   
Le débat des moyens autour d'un quatrième pilier du développement soutenable ressort périodiquement pour mettre en exergue l'importance de la culture et de l'éducation. C'est une évidence. Mais, l'évolution souligne un élément qui paraît encore plus fondamental en ce qu'il est à la fois la cause, certes non unique, mais fondamentale de la croissance non durable de nos sociétés et l'obstacle majeur à l'instauration d'un développement réellement soutenable.
En effet, la spéculation sous toutes ses formes, la tyrannie du court-termisme, des taux de rentabilité absurdes qui ont animé une cupidité à laquelle rien n'a pu résister, la financiarisation de l'économie avec les choix qu'elle a entraînés expliquent très largement l'échec, à l'échelle planétaire, de l'instauration réelle, au-delà des engagements effectifs de quelques-uns et du marketing massif de l'immense majorité, d'un modèle de développement compatible avec la réalité de nos ressources et des besoins humains.

Mais, à l'heure où l'opinion publique mondiale réclame, bien au-delà d'une prise de conscience que les politiques continuent à prôner - comme s'ils cherchaient à justifier leurs choix actuels en faveur du court terme et des grands lobbies qui les agitent - une action efficace à Copenhague qui nécessiterait d'immobiliser des fonds considérables et disposer à minima d'une taxe sur les transactions financières, force est de constater que la finance internationale s'y oppose. Elle n'est préoccupée que de maintenir voire de renforcer un système opaque, pour partie illégal, pour partie ''border line'' en tout cas parfaitement illégitime au regard des besoins du monde. Ce système multiplie les bulles et la déconnexion entre le système financier qui s'enrichit lui-même et une économie mondiale qui souffre et ne parvient pas à trouver les moyens de sa reconversion pour les uns, de son développement sobre pour les autres.
Tant que les multinationales pourront utiliser les paradis fiscaux pour ''optimiser'' leur fiscalité, c'est-à-dire en réalité détourner du budget des pays industrialisés, les impôts nécessaires à la mise en œuvre d'une économie verte sans bien évidemment dans le même temps alimenter les budgets des pays en développement, faisant à la fois peser sur les classes moyennes un impôt excessif et rendant impossibles de véritables politiques publiques en faveur d'un développement soutenable, ce concept restera virtuel.
Tant que la spéculation viendra gonfler les marchés des matières premières y comprises alimentaires accroissant la faim dans le monde, tant qu'elle continuera à trouver de nouveaux domaines d'expansion qu'il s'agisse du marché du carbone ou de l'achat de terres en particulier en Afrique créant ainsi de nouvelles injustices source de conflits futurs inévitables, il sera vain de s'escrimer à parler de changement de paradigme et de nouveau modèle de développement.
Tant que le modèle de la corruption deviendra, malgré les conventions internationales, le modèle dominant dans un à nombre croissant de pays du monde, conduisant progressivement l'économie ''blanche'' à devenir grise, dans le mouvement inverse de celui qu'utilise l'économie noire pour se blanchir, nous ne parviendrons pas à inverser l'évolution actuelle dont chacun ne peut que reconnaître qu'elle nous conduit à notre perte.

C'est la raison pour laquelle le changement de l'organisation financière commande la capacité de l'humanité de se doter d'une évolution soutenable. Il ne s'agit pas seulement de mesures techniques et encore moins du pseudo ripolinage du capitalisme financier prétendument rendu plus éthique. Il s'agit bien d'arriver à mettre dans le débat, au cœur des discussions sur les piliers du développement durable, le sujet de la finance dont on ne parle que pour vanter les mérites, au demeurant indiscutables, de l'investissement socialement responsable et de la responsabilité sociale des entreprises. Ce n'est évidemment pas de cela dont il s'agit mais de la volonté et de la capacité des politiques dont il convient de rappeler qu'ils sont en principe les représentants de l'intérêt général de leur population, de changer les règles du jeu de la finance internationale. Non seulement pour la réguler mais pour la contraindre à financer l'économie réelle, et ce, en respectant les règles de probité dont la transgression devrait être très vigoureusement sanctionnée, par tous les tribunaux du monde .Si cela s'avérait impossible, il faudrait alors songer à une juridiction pénale financière internationale dont l'objectif serait précisément de faire respecter les conventions internationales existantes luttant contre la corruption et celles qui devraient être signées pour mettre un terme non seulement aux paradis fiscaux mais surtout un aux paradis réglementaires. Leur seule existence constitue en effet l'outil de dumping social et environnemental qui prive de toute efficacité les efforts de tous ceux qui ont réalisé, qu'au-delà de leur pouvoir et de leur richesse, ils étaient des humains responsables en tant que tels de l'espèce à laquelle ils appartenaient.
Dès lors, la question de la finance est bien le pilier majeur d'une évolution soutenable.

Corinne LEPAGE
Avocate, ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

Réactions13 réactions à cet article

 
une ligne de fracture

Lorsqu’il s’agit de faire vivre un projet politique,que ce soit le projet politique du MODEM ou d'un autre groupement politique , il faut bien convenir de ce que le politique peut difficilement exister sans l’économie mais a contrario l'économie n'a pas de mal à s'affranchir du politique . C'est le cas aujourd'hui. Le Marché a détrôné l’Etat, la Finance est devenue Finalité, le virtuel s’est substitué au réel et la vacuité du politique est devenue manifeste par rapport à la Finance mondiale, et cette vacuité est inversement proportionnelle à l'esprit démocrate.
Les investisseurs actuels ( via le systéme bancaire et ses traders) se retranchent derrière la croissance pour échapper à toute tentative de controle des democraties ( panem pour le peuple, circenses pour la haute finance ) Rien n'a changé sous le soleil.

La crise que nous traversons ou avons traversée selon les optimistes, ne nous a-t-elle rien enseigné ?


Comment expliquer l’acceptation par le politique de l’arnaque mondiale des « banksters » à laquelle il s’est prêté contraint et forcé pour parer à la crise financière et la crise économique ?

Comment expliquer que la relance économique financée par l’endettement public, constitue la seule stratégie de sortie de crise, et que les réformes du modèle financier du capitalisme global et systémique tardent à venir en Europe ou aux Etas Unis (coordination et normalisation des politiques économiques des Etats, suppression des dysfonctionnements bancaires liés aux prises de risques non encadrées, abandon du dollar comme monnaie mondiale vers un système monétaire plus stabilisé, mondialisation régulée des échanges)

Si le projet démocrate n’affirme pas clairement, et comme une évidence incontournable, que notre croissance économique et celle des pays riches est insoutenable à l’échelle de la planète parce que les ressources terrestres ne sont pas inépuisables, s'il ne dit pas que la beauté du monde est réversible si nous ne mettons pas un terme à son saccage , qu'en revanche la pauvreté ne l'est pas (reversible) si nous ne changeaons pas notre organisation de vie vers un rapport rapport durable avec les populations les plus pauvres ou notre modèle de fonctionnement économique vers un partage équitable des ressources alors il sera difficile de faire la différence le moment venu entre le MoDem et les autres partis de gouvernement.

En revanche si les valeurs démocrates choisissent de résister en priorité aux diktats économiques qui mettent en danger le lien social ou la survie de l'espèce, si le politique libère les forces démocratiques du sentiment d'impuissance et d'insécurité dans lesquelles elles sont maintenues par les puissance de l'argent, si enfin la démocratie planétaire,quel que soit le chemin qu'elle empreinte, médiatique ou institutionnelle ( judiciiare ou politique) est capable de contrebalancer la mondialisation de la finance et de l'économie aux tendances hégémoniques, le projet démocrate deviendra intelligible , et pas seulement aux élites

christian | 19 novembre 2009 à 01h22
 
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C'est très révoltant

Les paradis fiscaux ne devraient plus exister ! surtout avec l 'effet de la crise économique, qui retentit d' autant plus fort et injustement sur les classes moyennes et les plus pauvres ...Celles-ci ne cessent malheureusement de s' accroître !!!
Quand je pense à toute cette intelligence que nous avons tous développé et toute ces richesses que le monde est capable de créer tous les jours et qui sont toujours plus nombreuses, plus chères, et inaccessibles!!!
Bien sûr que tous ces paradis fiscaux alimentent un monde toujours plus injuste et inéquitable où règne toujours la loi du plus fort ...Comment et en qui avoir confiance quand on a tous les jours des politiques qui continuent de profiter d' un tel système en agissent malhonnêtement ? et après ils s'emploient à essayer de redorer leur image en écrivant un livre sur leur soi-disant innocence !
Ce n'est plus acceptable ! ça me révolte !
Madame Lepage , vous avez tout à fait raison ! C 'est vraiment urgent , car tout ce qui pourrait être construit ou fait en mieux avec tous ces impots verts. Or, actuellement, c'est toujours plus de populations et d'individus dans la vraie misère , la misère sociale...Nous ne pouvons plus continuer à nous enrichir trop largement alors qu' à notre porte , il y a tant de chomage, des associations caritatives qui nous font connaître cette triste réalité...Ne parlons pas celle des pays les plus pauvres, en espérant que, par exemple, les avancées technologiques innovantes leur permettront un jour de faire face aux sècheresses et à la famine...
Bonne continuation Madame Lepage et à toute votre excellente petite équipe !Ne perdez pas confiance
J' admire votre énorme courage et votre grande implication dans un monde vraiment très très dur !
Tout comme vous, j'aimerais et voudrais sincèrement que ce monde soit tellement plus sain ,beau , juste et équitable ...

Kat' | 19 novembre 2009 à 08h46
 
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opposition réel/virtuel ?

Ne faudrait-il pas aussi clarifier ce qu'on appelle l'"économie réelle", ce qui a de la valeur dans une société, ce que peut être le "produit intérieur brut", en intégrant, le cas échéant, des éléments virtuels (les impacts possibles des choix économiques).

rebecca | 19 novembre 2009 à 09h13
 
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Une nouvelle conscience

Merci Madame Lepage,

Vous avez été notre meilleure ministre de l'environnement, la politique aurait besoin de plus de gens comme vous et vos collègues de tous les partis devraient vous prendre en exemple.

Où est passée l'honnêteté de la République ? Le sens du bien commun ? Nous assistons chaque jour au spectacle pitoyable des polichinels politiciens qui se réclament du pouvoir. Les gens sont-ils devenus si stupides et ignares pour ne s'apercevoir de rien, la France et l'Europe seraient -elles devenues des nations de " bofs". En faisant le gros dos, chacun croit pouvoir se préserver des malheurs, ceci nous présage des lendemains terribles, chaque citoyen semble avoir abandonné toute velleïté de trans- formation personnelle et de recherche d'un idéal conduisant à des jours meilleurs et d'un équilibre équitable pour tous. C'est aveuglement et ignorance.
La France n'est plus une "grande nation",le pouvoir est réellemnt exercé par des conglomérats ( lobbies), dont l'effet est semblable à celui de tumeurs cancéreuses se développant au sein d'un organismme épuisé n'ayant plus la capacité de mettre en avant des défenses immunitaires efficaces.Ce modèle est malheureusement celui qui se répand à travers le monde, nous savons tous que la tumeur fini par mourir avec l'organisme qu'elle a colonisé...
Des solutions existent certainement qui nécessitent une reconsidération même de notre sens de l'existence;elles sont, il me semble, plus proches d'une pensée spirituelle, que technocratique fruit des cogitations mentales d'égos trés affirmés et avides d'intérêts en tous genres.

Mesurons le chemin qu'il reste à parcourir, et que ceux qui se sentent appelés, prennent le bâton de pélerin et parcourent le monde à éveiller les foules.

Ce n'est pas sans danger...

Veuillez agréer Madame, mes respectueuses salutations.

Richard | 19 novembre 2009 à 09h52
 
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Qui compte ?

Tant que le travail des femmes ne sera pas comptabilisé dans les PIB (élevages des enfants, soins aux malades et aux vieux, corvées domestiques,etc... qui leur incombe à 80 %) que l'exploitation de leur force de travail continuera sans vergogne sans rétribution voire dans le mépris, tant qu'il n'y aura que le "travail" destructeur des mecs et leur façon antisociale de gagner de l'argent (foot, spéculation, enrichissement indu au détriment du collectif, jeux idiots y compris la guerre qui est le jeu suprême selon Bourdieu) tant que ceci sera valorisé et servira de mesure étalon à la façon de produire des richesses, je crois que l'humanité peut faire une croix sur son avenir. Le pillage des ressources naturelles et l'exploitation du corps des femmes et de leur force de travail sont absolument parallèles.

EmilieDuChatelet | 19 novembre 2009 à 10h39
 
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de la bonne idée au pouvoir de l'appliquer

Madame Lepage, votre clairvoyance fait plaisir à lire.
Il est facile de proposer des solutions simples, moins facile de les mettre en oeuvre. Le but essentiel est de créer une gouvernance mondiale ayant l'autorité d'imposer des solutions à nos problèmes mondiaux.

Peut-être pourriez-vous lancer une pétition internet de soutien à votre billet. Si les citoyens se sentent concernés et acteurs, ils pourront vous appuyer et pourquoi pas vous apporter des millions voire plus de signatures qui vous donnerait un peu plus de poids pour vous faire reconnaître par ceux qui n'entendent que le rapport de force.

Si cette pétition échoue, alors nous devrons reconnaître que nous n'aurons que ce que nous méritons.

A bon entendeur !
Bien cordialement
Ginkgo

ginkgo | 19 novembre 2009 à 14h50
 
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De la repartition des pouvoirs

Tout d'abord, merci pour cet article et ces considérations qui devraientt etre au centre du debat democratique.
Malheur est de constater que les multinationales sont aujourd'hui bien plus puissantes que les états, en terme de capitaux et de lobby, et que le mécanisme financier en place est des lors un ostraciste et peut resister a tout volontée de changement politque (si seulement elle existe a voir notre regretable président).
Je crois malheuresuement que la sphére politique s'est affaiblie a l'extreme dans un jeu d'influence qu'elle subit désormais totalement, et je ne vois que la désobeissance civile pour venir a bout de ce modéle depassé depuis si longtemps et pourtant, plus que jamais en place.
Nous devons demunir les multinationales de leur moyens de productions et nous réaprioprier la gestion des éléments clefs de la survie: L'eau, la nourriture, les matiéres premieres, l'energie, les dechets. Les ressources et leur bénéfices n'appartiennent pas au domaine privé, il est l'héritage de tous. L'inverstissement, tant financier que personnel de l'entrepreneur ne devrai pas en faire de facto le bénéficiaire légitime des plus values sur les ressources.
Il ne tient qu'au citoyen d'eviter les guerres de l'énergie et de l'eau vers lesquels l'ordre mondiale privé nous entraine en pleine connaissance de cause, meme si pour cela il faut devenir illégal ici et maintenant.

Rakam | 19 novembre 2009 à 14h50
 
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Moraliser l'étatisme, l'agent infectieux du capi..

L'Etat a un rôle capital à jouer : faire respecter l'Etat de Droit. C'est bien la seule responsabilité qu'il se refuse à assumer.
Moraliser l'étatisme, l'agent infectieux du capitalisme

yaka | 19 novembre 2009 à 20h51
 
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comment agir

qu'est il possible de faire ? le blocage des états et des lobbyes économiques et financier semble quasiment total ? qui peut agir et comment ?

sabine | 20 novembre 2009 à 08h48
 
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Re:Moraliser l'étatisme, l'agent infectieux du c..

"L'Etat a un rôle capital à jouer : faire respecter l'Etat de Droit. C'est bien la seule responsabilité qu'il se refuse à assumer"
Je suis d'accord avec vous mais s'il ne le fait pas c'est parce qu'il se trouve lui-même en situation de concurrence avec les autres Etats. Ce qui fait le jeu des multinationales, qui sont par définition, capables de délocaliser leurs activités de production en fonction de la législation.

Folon | 21 novembre 2009 à 18h39
 
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Pourquoi?

Votre article n'est pas visible sur la newsletter du Modem. J'avoue ne pas comprendre. Car celui-ci est clair et, à mon avis, essentiel. Comme je suis en mode anonyme je me permets d'ajouter que ce que j'ai lu du projet du programme du Modem dans la partie "économie" ressemble à un cumul de "bons sentiments" pour ne pas employer d'expressions désagréables.
Juste un point de votre discours qui me chagrine un peu : l'absence de référence à l'Europe". Car je vois mal notre pays, seul, impulser cette volonté de "Changer les règles de la finance internationale" sans une concertation au moins européenne. Il est vrai que l'Europe aujourd'hui semble comme un bateau, sous cape, immobile face à la tempête.

Folon | 21 novembre 2009 à 19h19
 
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Re:comment agir

A notre échelle de simple citoyen ou simple consommateur, nous pouvons être critique d'abord sur notre banque.
Choisissons-nous une banque pour son éthique? pour ses taux d'intérêts? pour les projets qu'elle financce?
Il existe des (ou au moins un que je ne citerai pas, car je ne sais pas si c'est autorisé) organismes financiers éthiques, qui permettent de soutenir la création et le développement d'activités à des fins d'utilité sociales et environnementales.

Certes, cette banque n'aura pas les "performances financières" d'une banque classique, mais n'est-ce pas ce qu'on lui demande justement???

le_gersois | 01 décembre 2009 à 08h52
 
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Il faut rendre son véritable rôle à la monnaie,

Corinne Lepage,que j'estime beaucoup,ne trouvera pas la réponse à la question qu'elle pose auprès de l'équipe économique et sociale du Modem.
Celle-ci est l'alliée objective du lobby de l'argent (Peyrelevade qui se vante encore d'avoir désindexé les salaires, Camdessus qui revendique son action au FMI alors qu'il a aggravé les crises économiques (africaine, asiatique, russe, et sud-américaine), provoquant même des émeutes de la faim, et qui donnait encore l'Argentine comme modèle de bonne gestion peu de temps avant qu'elle fasse banqueroute....).
Il faut que, s'appuyant sur Stiglitz, Maurice Allais, notre prix Nobel d'économie qui malgré ses 98 ans viens d'intervenir dans Marianne, et les économistes sérieux comme Jean-Paul Fitoussi; Corinne Lepage ose proposer de rendre à la monnaie son véritable rôle, qui n'est pas la thésaurisation et la spéculation, mais exclusivement les échanges et le partage.
La monnaie doit être le moyen d'action de la démocratie et non l'arme de prédation de la finance internationale et des nantis.

Pour cela :
· Il faut remettre le moteur économique, qui est aussi le meilleur répartiteur de richesse, « la monnaie » au service des hommes, et non au service de l'argent et de ses possesseurs.
· Il faut remplacer l'économie d'individualisme et de concurrence, par une économie de coopération et de solidarité bien plus productive, agréable et humaine.

Partant de la constatation qu'un "gros mensonge bien appliqué" (1) convainc beaucoup mieux qu'une vérité bien argumentée, et que pour intéresser son interlocuteur il faut lui montrer le but d'une démonstration avant de la développer, je cite, sans les approfondir, les mesures que je pense indispensables au niveau de l'Europe, vis-à-vis du système monétaire mondial, et vis-à-vis du fonctionnement et du développement harmonieux de l'Euroland.

Au niveau mondial

Comme l'explique François Morin dans son livre « Le nouveau mur de l'argent », la liberté des changes empêche les Banques centrales d'assurer un contrôle efficace sur la création et la gestion monétaire mondiale " elles se contentent d'entériner les actions des grandes banques internationales.
La liberté des changes a généré le "Carry Trade" (2) qui empêche une gestion saine des monnaies.
Nous avons créé l'euro pour nous mettre à l'abri de ce genre d'inconvénient.

La première décision que nous devons prendre est de :

Rétablir le contrôle des changes sur l'euro. L'Euroland a le pouvoir de le faire, en tant que plus grande zone économique du monde ayant un commerce équilibré.
La liberté des changes, c'est s'absenter ou s'endormir en laissant le tiroir-caisse ouvert.

La seconde, que permettra la première :

Ne pas faire d'emprunt hors zone euro, sauf pour faire des investissements à l'étranger ou, si nous en avons besoin, pour financer la différence de valeur entre nos importations et nos exportations.
Tous les financements nécessaires au paiement de ressources provenant de l'Euroland (droits, main-d’œuvre, ou marchandises) doivent se faire par des emprunts en euros (création d'euros).
Il n'y a aucune raison que, pour financer notre travail, nous allions payer des intérêts à l'étranger.

Le grand emprunt que la France s'apprête à faire sur le marché monétaire mondial est une aberration. (3)

La troisième :

Maintenir notre compétitivité au niveau international par l'ajustement du taux de change de l'euro. La politique de l'euro fort est une aberration. On ne peut pas, comme le fait Trichet (4) , vouloir la monnaie la plus forte possible sous prétexte que cela n'empêche pas quelques entreprises bénéficiant de savoirs-faire exclusifs (machines-outil allemandes) d'exporter.

Au niveau de l'Euroland

L'économie de la France, comme celle des autres pays de l'Euroland, est conditionnée par la politique monétaire et budgétaire que lui impose l'Europe. Les critères de Maastricht étaient nécessaires pour faire converger la gestion monétaire et économique des six premiers membres de l'Euroland. La pratique de ces critères pendant 10 ans montre clairement qu'ils ont freiné développement européen.
L'Euroland était très certainement la zone économique qui avait le plus de facteur de développement rapide du monde (5) , et c'est elle qui a eu la croissance la plus lente.

La première des choses à faire est de:

Changer l'objectif fixé à la BCE : (6)
Abolir l'article 104 du traité de Maastricht qui est un pur instrument de racket au profit de la finance privée. Les responsables politiques de gauche qui ont adopté cet article sans protester ont trahi la démocratie et le peuple.
Tant que la gauche, ne s'attaquera pas à la réforme du système monétaire elle ne pourra pas se démarquer de la droite néolibérale.
A la suite des derniers événements, tous les citoyens européens ayant le niveau du certificat d'études, c'est-à-dire 90 % de la population, sont capables de comprendre que le système monétaire actuel est fait pour accroître les inégalités au profit d'une infime minorité.
De même ils ne peuvent pas admettre que le pauvre surendetté doive payer des intérêts de 20 % alors que l'argent spéculatif ne coûte que presque rien.
Tous les partis de gauche européen doivent s'allier pour proposer au peuple de changer notre système monétaire, au lieu de prétexter, chacun de leur coté, que les autres ne suivront pas, pour ne rien faire.
S'ils s'y mettent dès maintenant, la majorité néolibérale qui règne sur l'Europe sera balayée par le peuple.
Il faut donner à la Banque centrale européenne un objectif unique : « le plein-emploi de qualité » car sa réalisation entraîne tout le reste.
On peut y ajouter le rattrapage des économies en retard par rapport au reste de l'Europe.
La manière la plus efficace pour le faire, et la moins douloureuse pour les autres, est de leur octroyer, pour des programmes bien ciblés, des crédits préférentiels à taux d’intérêt réel négatif dans le cadre d'une inflation suffisamment conséquente. (# 10 %) (7)
Cette pratique aurait l'avantage de favoriser les plus démunis sans pénaliser les autres, mis à part les possesseurs d'argent spéculatif.
Il faut que la monnaie cesse d'être l'objet de thésaurisation et de prédation, pour se consacrer à son véritable rôle de semence (ou de carburant) du progrès économique et social, qui doit se résorber pour porter le maximum de fruits.
Elle relancerait très rapidement l'économie, en faisant fondre toutes les dettes et en obligeant les immenses fonds spéculatifs de s'investir le plus vite possible dans l'économie réelle.

La seconde :

Indexer les minima sociaux les retraites et les salaires, au moins jusqu'au niveau du revenu médian, sur l'inflation
Pour pratiquer une politique inflationniste, qui suppose que les salaires et bas revenus augmentent en même temps que les autres prix, il est nécessaire de les indexer automatiquement sur l'augmentation des prix. (8)

La troisième :

Donner la responsabilité de la politique monétaire à une instance politique de l'Euroland (à créer).
Comme l'a dit Joseph de Stiglitz, la gestion monétaire conditionne le progrès économique et le partage social : c'est un acte purement politique. Le rôle des banquiers centraux doit donc se limiter à l'application des grandes orientations données par l'instance politique, à créer au niveau le Euroland à cet effet.
On n'aurait pas l'idée de confier la rédaction des lois et l'application la justice à l'Administration pénitentiaire. Le statut actuel de la BCE correspond pourtant à cette aberration.

La quatrième :

Passer du système de création monétaire par l'emprunt des acteurs privés, qui est pro-cyclique (9) , à la création de monnaie permanente uniquement au profit des Etats (10) en fonction des besoins économiques et sociaux.
L’entité, dépendant du politique, prévue ci-dessus déciderait de la répartition de la monnaie créée entre les différentes parties prenantes. Cela donnerait à l'Euroland un budget lui permettant un grand nombre d'actions d'intérêt général ou international pour l'Europe. Ce serait un excellent moyen de consolider l'Europe et de la faire aimer de ses citoyens.
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Pour résorber l’épais brouillard diffusé en permanence par le lobby de l'argent, il faut du temps.
Si la gauche, basait son programme sur la reprise en main de l’énorme puissance d'action de la monnaie, elle deviendrait crédible et aurait toutes les chances de gagner la prochaine Présidentielle.
Il ne s'agit pas de promettre sa réalisation demain, car il faut obtenir le soutien des autres partis humanistes de l'Euroland. Il suffirait de clarifier l'avenir pour obtenir le soutien du peuple.
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Seul le changement de politique monétaire prévu peut permettre rapidement :
· La résorption des dettes des Etats, des entreprises et des particuliers, en faisant fondre les créances, acquises de façon difficilement justifiable, par les puissances financières.
· La croissance du pouvoir d'achat des acteurs économiques et l’accélération de leurs amortissements, par la fusion rapide de leurs dettes dans le temps (cf. 30 glorieuses)
· Le financement des investissements difficilement amortissables, ce qui est le cas de la plupart de ceux concernant les économies d'énergie, l'énergie propre, par la pratique des crédits à long terme et à taux d'intérêt réel négatif. Ces crédits peuvent aussi servir à l'habitat social en acquisition ou location …. Au financement des études supérieures par leur octroi aux étudiants, avec des remboursements différés, …
· Le remplacement de la plupart des niches fiscales, par la variation des taux de crédits en fonction de l'utilité des investissements à réaliser…. Ce qui diminuerait énormément le besoin de prélèvements obligatoires

1 - Le lobby de l'argent est maître en ce domaine, par exemple : « l'inflation nuit aux pauvres » !
2 - Le « Carry Trade » consiste à emprunter d'énormes sommes, à taux très bas dans une zone monétaire, pour les placer à taux beaucoup plus élevé dans une autre zone monétaire. Cela procure, sans beaucoup de risques, d’énormes bénéfices à la finance internationale.
Proposer la taxe Tobin pour contrer le « Carry Trade » est un leurre qui empêche de réclamer la seule mesure valable, le contrôle des changes.
3 - À titre d'exemple, les grandes banques internationales (américaines) se refont une santé en faisant créer d'énormes masses de monnaie quasi gratuitement, par la Fed pour les placer avec des taux d’intérêts substantiels auprès des Etats les pratiquants (y compris États-Unis pour leurs emprunts).
4- Sa politique du franc fort, pendant de nombreuses années, a fait régresser l'économie française par rapport à celle de ses voisins. Par orgueil, il nous a fait entrer dans l'euro avec un franc surévalué, ce qui nous a mis pour longtemps en position concurrentielle difficile dans l'Euroland.
5 - L'Euroland disposait, au sein de la zone économique et monétaire la plus solide du monde, des hommes, des savoirs, des moyens, et des programmes à réaliser , pour organiser un développement rapide par la coopération dans le plein-emploi. Elle a préféré organiser la concurrence, laisser se développer le dumping fiscal et social. Surtout, au lieu de donner à la BCE comme objectifs le plein-emploi de qualité et le rattrapage des économies en retard, elle lui a donné celui de la stabilité monétaire qui est un frein économique générateur de chômage et de dettes au profit d'une infime minorité financière.
6 - L’article 104 du Traité de Maastricht spécifie « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des états membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales" d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

7 - Ce niveau élevé, qui est celui du septennat de VGE, est nécessité par les énormes dettes que les Etats viennent d’accumuler pour sauver le système bancaire.
8 - Cette indexation facilite grandement le fonctionnement des entreprises car elle évite des négociations salariales inutiles ainsi que des distorsions de concurrence en fonction des conditions et dates de leurs augmentations de salaire.
9 - Il gonfle systématiquement les bulles et aggrave encore plus vite les crises, en fournissant de la monnaie quand il faudrait en retirer et en retirant quand il faudrait en apporter.
10 - Ce système est préconisé depuis des décennies par notre prix Nobel d'économie Maurice Allais. (L'Euroland étant considéré comme un État)

Martin 31 | 05 décembre 2009 à 17h42
 
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