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Le nouveau plan ours vise à maintenir une population d'une cinquantaine d'individus

Le plan d'actions en faveur de l'ours vise la constitution et le maintien d'une population d'environ 50 individus. Ce qui implique le lâcher de deux femelles. Au grand dam des éleveurs qui dénoncent la prédation sur les troupeaux.

Biodiversité  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

"Maintenir l'ours brun dans les Pyrénées." Tel est l'objectif principal du nouveau plan d'actions pour la période 2018-2028 que Nicolas Hulot a avalisé il y a quelques jours. "Cet objectif suppose (…) la constitution d'une population efficace d'une cinquantaine d'individus sexuellement matures participant à la reproduction, présente sur l'ensemble du massif et caractérisée par l'existence d'échanges entre les différents noyaux", indique le plan.

Selon le réseau Ours brun, qui collecte les informations sur le mammifère sous la houlette de l'Office national de la chasse (ONCFS), 43 ours ont été détectés en 2017, dont 41 dans les Pyrénées centrales et seulement deux dans les Pyrénées occidentales. Il existe en effet deux noyaux distincts de population qui ne présentent pas du tout la même dynamique : +13,5% entre 2006 et 2016 pour la partie centrale et -6,7% pour le noyau occidental. Quant aux Pyrénées orientales, l'espèce y a totalement disparu en 2011.

Renforcer la population par des individus femelles

L'objectif du plan est de reconnecter à terme les deux noyaux de population et de maintenir la diversité génétique. Pour cela, le ministère de la Transition écologique mise sur la croissance naturelle. Six à dix oursons pourraient ainsi voir le jour cette année. Mais, si cela se révèle insuffisant, le plan envisage des lâchers d'ours afin de maintenir la dynamique de la population. Selon un avis scientifique du Muséum d'histoire naturelle rendu en janvier dernier et confirmant l'expertise collective de 2013, il apparaît nécessaire de renforcer la population ursine par des individus femelles en privilégiant des réintroductions plutôt qu'un transfert du noyau central vers le noyau occidental. Le plan prévoit aussi des lâchers dans l'hypothèse où un ours disparaîtrait de façon prématurée du fait de l'action humaine, comme ce fût le cas pour Cannelle en 2004, tuée par un chasseur.

Le 27 mars dernier et conformément à l'analyse du Muséum, Nicolas Hulot a annoncé le lâcher de deux femelles cet automne dans les Pyrénées atlantiques où les deux derniers individus de souche pyrénéenne présents sont des mâles. Quelques jours plus tôt, le Tribunal administratif de Toulouse avait condamné l'Etat pour carence dans son obligation de conservation de l'espèce. Ce jugement fait suite à la décision de la Commission européenne de novembre 2012 d'ouvrir une procédure d'infraction contre la France pour manquement à ses obligations de protection.

"Nous ne pouvons pas nous résoudre à voir disparaitre l'ours brun des Pyrénées, sous nos yeux", a déclaré le ministre, précisant qu'il s'agirait de la première réintroduction depuis celle de spécimens slovènes en 2006. Une fois le seuil d'une cinquantaine d'individus atteint, l'objectif est de ne pas avoir à recourir ultérieurement à d'autres introductions, indique le plan d'actions.

"Coup de poignard dans le dos des ruraux"

Mais cette perspective de nouveaux lâchers ne va pas sans opposition. "Je mesure bien le défi que représente pour le monde agricole la cohabitation avec les activités humaines, mais nous devons montrer notre détermination à sauver la biodiversité", a déclaré Nicolas Hulot en mars, annonçant le lancement d'un dialogue avec les différentes parties prenantes sous l'égide du préfet. La Confédération paysanne a dénoncé dans la foulée "une décision au mépris des éleveurs". "La situation a montré que les moyens de protection existants – chiens, clôtures, gardiennage… - ont très largement atteint leur limite et que l'Etat doit intervenir sur les « ours à problème » comme le prévoit le protocole de 2006 jamais appliqué à ce jour par manque de courage politique", avait expliqué le syndicat paysan.

Le 30 avril dernier, 1.200 éleveurs, agriculteurs et élus ont manifesté à Pau contre la réintroduction du prédateur. "L'agriculture constitue le véritable poumon économique des Pyrénées et assoit la viabilité des zones rurales tout au long de l'année. La réintroduction des ourses décidée sans consultation préalable des populations concernées et au mépris des attentes locales constituent un véritable coup de poignard dans le dos des ruraux pyrénéens", avaient réagi la FNSEA et plusieurs organisations agricoles dans un communiqué commun par lequel elles apportaient leur soutien à la contestation.

"Les éleveurs du massif pyrénéen paient déjà un lourd tribut en raison des attaques de leurs troupeaux par les ours déjà présents sur ce territoire : 906 bêtes tuées, dont 687 dans le seul département de l'Ariège", s'indignaient les organisations agricoles. Les chiffres du Réseau ours brun font état, quant à eux, de 162 attaques sur bétail et 11 attaques sur ruchers dans les Pyrénées françaises en 2017. Des statistiques effectivement en hausse puisque ces chiffres n'étaient que de 111 et 10 l'année précédente. "Néanmoins, depuis 2006, sur l'ensemble du massif pyrénéen, la tendance générale du nombre annuel d'attaques sur bétail reste stable avec le temps", affirme le réseau.

Reste à voir si les mesures prévues par le plan et visant à améliorer la cohabitation du prédateur avec les activités humaines produiront leurs effets. Dans les zones de présence de l'ours, elles prévoient le gardiennage avec regroupement nocturne des troupeaux, des parcs de nuit et des chiens de protection. Les mesures jugées non efficientes par la Confédération paysanne. Mais aussi une meilleure formation des bergers et la mise en place d'un réseau de médiateurs pastoraux d'animation.

Réactions1 réaction à cet article

 

Qu'il s'agisse du loup ou de l'ours on constate la même opposition des éleveurs ,alors que l'ensemble de la population soutient le retour des animaux sauvages .
D'autre part il est indispensable pour une analyse complète , de citer les chiffres de la prédation causée par les chiens ,de très loin supérieure à celle des loups ou des ours .

sirius | 16 mai 2018 à 10h25
 
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