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Comment mieux cerner les relations entreprises-écosystèmes ?

Souvent limitées à la réduction des impacts, les politiques environnementales des entreprises sont appelées à évoluer pour intégrer les liens de dépendance avec les écosystèmes et prendre en compte de nouveaux enjeux. Focus sur l'outil d'analyse ESR.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
   
Comment mieux cerner les relations entreprises-écosystèmes ?
Plantation d'hévéa, arbre duquel est obtenu le latex nécessaire à la fabrication des pneus
© Wong Sze Fei
   
Les politiques environnementales déployées au sein des entreprises au cours des dernières décennies se sont principalement basées sur la réglementation en vigueur dans ce domaine. Elles sont donc souvent axées sur les impacts des activités sur l'environnement dans les différents milieux : émissions dans l'air, dans l'eau, dans les sols, bruit, odeurs, déchets, etc. Pour identifier et surtout maîtriser ces impacts, l'entreprise dispose de plusieurs outils comme le système de management environnemental qui peut être mis en place selon la norme ISO 14.001 ou l'EMAS par exemple. Certains outils plus récents comme le Bilan Carbone sont spécifiques à un impact à savoir les émissions de dioxyde de carbone, d'autres comme l'Analyse du Cycle de Vie (ACV) sont multifactoriels mais souvent appliqués à un produit. Ces outils sont donc particulièrement adaptés pour gérer les enjeux ''traditionnels'' de pollution.

Changer de regard sur les écosystèmes : de l'impact à la dépendance

Des travaux récents ont toutefois fait émerger un nouveau regard sur la relation entre les entreprises et leur milieu. Il n'est plus seulement question d'impact mais désormais de dépendance des entreprises aux écosystèmes. L'étude Millenium Ecosystem Assessment menée sous l'égide de l'ONU a démontré que les écosystèmes fournissent aux entreprises de nombreux bénéfices : services d'approvisionnement (denrées alimentaires, principes actifs, biomasse, eau potable), services de régulation (qualité de l'air, climat, pollinisation), ou encore services culturels (écotourisme, valeurs spirituelles). La base même de toute création de richesses par les entreprises reste, aujourd'hui encore, le capital naturel, rappelle Emmanuel Delannoy du cabinet Inspire dans le livre collaboratif ''Humanité et biodiversité'' paru aux éditions Descartes & Cie. Les forêts par exemple fournissent du bois d'œuvre et des fibres, purifient l'eau, régulent le climat et constituent un réservoir de ressources génétiques tandis que les systèmes fluviaux apportent de l'eau douce et de l'énergie. Certains y verront une évidence, pourtant cette approche est loin d'être déployée au sein des entreprises.

L'ESR comme outil d'analyse

Pour commencer à y diffuser ces réflexions, l'association Entreprise pour l'Environnement (EpE) qui regroupe une cinquantaine de grandes entreprises françaises vient d'éditer un guide pour l'utilisation de l'outil Ecosystem Services Review ou ESR. Développé par le World Resource Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), l'ESR permet d'identifier les écosystèmes dont l'entreprise est dépendante et d'en déduire des stratégies. Pour faciliter son utilisation, EpE a traduit l'outil en français et plusieurs sociétés l'ont testé. Mathieu Tolian de Veolia Environnement remarque que l'ESR a permis de faire le lien avec d'autres sujets environnementaux et d'aborder des thèmes peu traités dans les SME comme la biodiversité. Pour la société Michelin qui a mis en œuvre cet outil sur une usine en Hongrie, l'ESR a participé à la prise de conscience de leur salarié et à améliorer les relations avec les parties prenantes locales : nous nous sommes rendu compte que la ville avait mis en place des alertes au ''smog'' avec limitation de production pour les usines, explique Marc Duvernier, ingénieur chez Michelin. La dégradation de la qualité de l'air local peut donc directement influer sur la production de l'usine. Les phénomènes de ''smog'' étant dans ce cas principalement dus au trafic routier, l'entreprise envisage par conséquent de travailler sur les modes de déplacements de ses salariés.

L'outil a toutefois quelques limites. Le périmètre d'application choisi au départ jouera sur le niveau d'approfondissement du sujet. En appliquant l'ESR qu'à l'usine, Michelin n'a pas intégrer la fourniture de caoutchouc dans son analyse ce qui exclue de ce fait la question des conditions de production du latex au Brésil ou au Nigeria. L'ESR permet surtout de faire une première analyse et d'identifier là où il faut pousser la réflexion notamment avec d'autres outils, explique Eva Zabey, responsable des programmes Eau et Ecosystèmes du WBCSD. Claire Tunetuit d'Epe estime pour sa part que l'ESR est un outil qui permet d'aborder la question de la biodiversité en s'affranchissant de données économiques et d'indicateurs, qui pour l'instant font défaut. Mais cet outil doit surtout servir à passer à l'action et à restaurer le capital naturel et le fonctionnement des écosystèmes. Selon le Millenium Ecosystem Assessment, les écosystèmes se sont dégradés plus rapidement et plus intensément ces 50 dernières années qu'à n'importe quelle autre période de l'histoire de l'humanité. En fait 15 des 24 services écosystémiques évalués dans l'étude se sont détériorés au cours du dernier demi-siècle.

Réactions1 réaction à cet article

 
Pour aller plus loin

Cet outil semble intéressant, surtout s'il permet d'élargir la responsabilité des entreprises envers leurs impacts mais également et principalement envers leur dépendance vis à vis de la biosphère. Mais le simple fait d'évaluer leur dépendance n'oblige en rien ces dernières à prendre des mesures, à l'heure où les objectifs sont plutot de remonter la barre suite à la crise... Seul l'avenir nous dira donc si les entreprises se servant de l'ESR comme outil d'analyse mettent réellement en oeuvre des moyens de conservation, passant alors du simple statut informatif à actif.

Mais ne pensez-vous pas que l'ESR devrait en premier lieu être étendu à la totalité des citoyens pour leurs activités? En effet, il est là aussi et plus que tout question de dépendance, à l'heure où notre société techno-industrielle semble uniquement prôner la consommation comme étant la clef au bonheur.

Robin | 30 janvier 2010 à 12h48
 
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