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Papeterie Chapelle-Darblay : saluée, la reprise par Veolia soulève des interrogations

Les acteurs de la collecte et du recyclage des papiers et cartons accueillent favorablement la reprise de la papeterie Chapelle-Darblay. Mais le projet porté par Veolia soulève des questions, notamment au sujet du gisement disponible.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Papeterie Chapelle-Darblay : saluée, la reprise par Veolia soulève des interrogations

Le 10 mai, la Métropole Rouen Normandie a transféré au consortium Veolia-Fibre excellence la propriété et les actifs de la papeterie Chapelle-Darblay qu'elle avait préemptée pour éviter sa fermeture. « Le démantèlement de ce site stratégique aurait amené de nombreuses collectivités à enfouir ou brûler leurs déchets papiers plutôt qu'à les recycler, ou à les envoyer en Belgique et en Allemagne », explique la collectivité. Jusqu'à sa mise à l'arrêt à l'été 2020, le site transformait en papier journal un peu moins de 500 000 tonnes de vieux papiers.

Fait rare, syndicats et associations environnementales s'étaient unis pour sauver le site implanté à Grand-Couronne (Seine-Maritime). Rassemblés au sein du collectif « Plus jamais ça », Attac, Les Amis de la Terre, la CGT, la Confédération paysanne, Greenpeace ou encore Oxfam mettaient en avant « l'impératif de conjuguer industrie avec progrès social et environnemental ».

1,3 million de tonnes excédentaires

Aujourd'hui, Veolia et Fibre excellence expliquent qu'ils vont convertir l'usine en unité de production de papier pour ondulé (PPO). Cette transformation répond à l'évolution de la demande française en papiers et cartons.

Il y a un an, le comité stratégique de filière (CSF) transformation et valorisation des déchets notait que la France faisait face à un excèdent de papiers et cartons à recycler par rapport aux capacités de recyclage. Ce décalage est dû, en particulier, à l'importation de produits manufacturés emballés et à la fermeture des frontières chinoises qui ne permet plus de « renvoyer » une partie de la collecte pour y être recyclée. Pourtant, le taux d'incorporation de matière recyclée dans les papiers et cartons produits en France varie entre 70 et 80 %. En outre, cette reconversion répond aussi au déclin de la demande en papier, conjugué à la progression de la demande en carton.

 
À partir de 2023, il y a un risque que les prix s'emballent, en passant d'un excédent de collecte à un déficit  
Federec
 
L'ensemble des acteurs interrogés par Actu-Environnement accueillent favorablement le projet. La Fédération des entreprises du recyclage (Federec), la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade), ainsi que le Cercle national du recyclage (CNR) saluent, de concert, la préservation d'un site capable de valoriser les papiers et cartons issus de leurs centres de tri. Surtout qu'actuellement la collecte est excédentaire : en 2020, elle a atteint 6,2 millions de tonnes, rappelle Stéphane Panou, président de la branche papiers et cartons de Federec, mais « seulement » 4,9 millions de tonnes ont été absorbées par les papeteries françaises. Les 1,3 million de tonnes excédentaires ont été exportées en Europe, surtout en Allemagne et en Espagne.

Trois projets importants

« La Chapelle-Darblay offrira un nouveau débouché en France pour les déchets en carton dont la collecte progresse, dopée par le e-commerce et la volonté de réduire l'usage du plastique dans le secteur de l'emballage », résume Bertrand Bohain, délégué général du CNR. Et cela d'autant plus que deux autres projets de production de PPO vont aboutir dans les prochaines années. Le premier est celui du papetier belge VPK qui a repris l'usine de Double A, à Alizay (Eure). Le site, jusqu'alors spécialisé dans la production de papier de bureau, va être converti en unité de production de PPO d'une capacité de 450 000 tonnes. Le second est la conversion partielle de la papeterie de Norske Skog, à Gobley (Vosges). À partir de 2024, le site devrait produire 550 000 tonnes de PPO, tout en maintenant une production de 330 000 tonnes de papier journal.

Évidemment, cette multiplication de projets satisfait les professionnels de la collecte et du tri des papiers et cartons. Au total, les trois sites devraient nécessiter des volumes qui dépassent largement le million de tonnes (on évoque 600 000 tonnes pour chacun des deux projets les plus avancés et plusieurs centaines de milliers de tonnes pour Chapelle-Darblay). Cette demande supplémentaire s'ajoutera à celle des sites français, allemands, espagnols et belges qui ont pris le relai après l'arrêt des exportations vers la Chine.

Hausse des prix

Jan Le Moux, qui représente à la fois l'Alliance recyclage (la fédération des industries consommatrices de métaux, verre et papiers-cartons issus du tri) et la Copacel (la fédération des producteurs de papiers et cartons), craint « une logique inflationniste ». Il explique que, depuis le point bas enregistré début 2020, les prix de reprise des déchets de papiers et cartons sont remontés à 110 euros par tonne (€/t) en janvier 2021, puis 180 €/t en mars 2022. Cette pression devrait surtout bénéficier à trois catégories de papiers et cartons, confirme Stéphane Panou : les cartons industriels (sorte 1.05), les papiers-cartons mêlés triés ou « gros de magasin » (sorte 1.02) et les emballages ménagers (sortes 1.04 ou 5.02). Et de confirmer que le cours de la sorte 1.05 est passé de 25 €/t, en janvier 2020, à 190 €/t, aujourd'hui.

« À partir de 2023, il y a un risque que les prix s'emballent, en passant d'un excédent de collecte à un déficit », admet Federec, qui sur le sujet représente les vendeurs de matière. Et d'ajouter que, de l'autre côté, les producteurs sont aussi capables de transférer la hausse des coûts aux consommateurs. Dopés notamment par la hausse du prix de l'énergie, le prix des produits finis a progressé de 150 €/t au cours des six derniers mois, alors que le prix des cartons à recycler (le 1.05) n'a progressé « que » de 60 €/t.

Une demande de contractualisation

Et les acteurs semblent se mettre en ordre de marche pour répondre à ces nouvelles conditions de marché. Traditionnellement, les papeteries ne passent pas de contrats à long terme avec les opérateurs du tri. Les lots s'échangent au fil du temps, aux prix du marché. Tout au plus y a-t-il quelques accords sur des volumes étalés dans le temps. Mais actuellement, « nos adhérents sont sollicités par des papetiers qui demandent activement à contractualiser », constate le président de la branche papiers et cartons de Federec.

Enfin, la reprise de la Chapelle-Darblay interroge aussi sur la concentration à venir des producteurs de cartons dans l'Ouest de la France. Federec note, qu'à terme, il y aura trois gros producteurs de PPO dans un rayon de 100 km autour de Rouen : la Chapelle-Darblay, VPK, à Alizay, et DS Smith, à Rouen (qui produit près de 300 000 tonnes par an). Rien n'indique que ces capacités trouvent aisément les déchets de carton dont elles auront besoin.

D'ailleurs, en juin 2021, lorsque VPK reprenait le site d'Alizay, au détriment de la Chapelle-Darblay qui était en balance, Bercy considérait implicitement que le choix de VPK condamnait la Chapelle-Darblay. « Désormais, il sera difficile pour deux projets d'usines de papier-carton de coexister à quelques kilomètres de distance », expliquait aux Échos le ministère de l'Industrie.

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