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Paris : la très forte pollution au plomb est bien liée à l'incendie de Notre-Dame

Les pouvoirs publics sont tentés de déconnecter la pollution au plomb autour de la cathédrale de l'incendie du 15 avril dernier. En comparant les prélèvements ante et post incendie, l'ONG Robin des bois montre l'impact direct du sinistre.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Paris : la très forte pollution au plomb est bien liée à l'incendie de Notre-Dame

Il est tentant, peut-être pour des questions de responsabilité, de minimiser le rôle de l'incendie de Notre-Dame dans la pollution au plomb de la capitale. Ainsi, dans leur bilan de l'incendie à six mois, rendu public le 14 octobre, le préfet de région et l'Agence régionale de santé (ARS) parlent d'un risque « révélé en partie par cet incident à Notre-Dame ». Dans son plan d'actions contre la pollution à ce métal lourd annoncé le 18 septembre, la Ville de Paris insiste aussi largement sur la continuité de son plan santé environnement adopté en 2015, « alors que la phase de mesures et d'actions centrées sur le périmètre de Notre-Dame se termine », indique-t-elle.

Il est vrai que le risque plomb est présent de longue date dans la capitale, comme dans d'autres villes d'ailleurs, lié à diverses causes comme les sols pollués, les carburants, les peintures, les canalisations ou autres utilisations dans le bâtiment et les monuments historiques. Toutefois, grâce à une mise en perspective de données de prélèvements révélées par l'ARS depuis juillet et de prélèvements réalisés avant l'incendie par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), l'association Robin des bois démontre « l'impact considérable de l'incendie » de Notre-Dame sur la pollution au plomb constatée à proximité de la cathédrale.

Des valeurs hallucinantes

L'ONG rappelle les niveaux de pollution hallucinants constatés autour de la cathédrale par les prélèvements effectués par le Laboratoire centrale de la préfecture de police (LCPP) et révélés par l'ARS courant juillet.

La concentration maximale atteint en effet 1 300 000 microgrammes par mètre carré (µg/m²) sur le point le plus contaminé sur le parvis. Soit 1 300 fois la valeur de 1 000 µg/m² retenue par l'arrêté du 12 mai 2009 relatif au contrôle des travaux en présence de plomb dans les logements. Et alors que le maximum constaté sur ce même parvis par la Drac n'était que de 200 µg/m² en juin 2018 au moment de l'installation du chantier de rénovation de la flèche de la cathédrale.

De manière générale, les résultats des prélèvements réalisés à cette dernière date, à proximité immédiate de la cathédrale, sont inférieurs au seuil de 1 000 µg/m², à l'exception de quatre prélèvements, dont le plus élevé atteint 5 145 µg/m². « La majorité de la voirie parisienne n'était pas contaminée par les poussières de plomb au-delà du seuil de 1 000 µg/m² avant l'incendie de Notre-Dame de Paris », conclut Jacky Bonnemains, président de Robin des bois, en s'appuyant sur une première campagne de prélèvement effectuée par la Drac en septembre 2017 à proximité des monuments historiques parisiens.

Point de repère

« Nous aurions aimé que ce seuil de 1 000 µg/m² soit pris comme référence. C'est d'ailleurs ce qu'a fait la Drac lors de sa campagne de 2017, les teneurs supérieures à ce seuil apparaissant en rouge sur sa carte », ajoute le représentant de l'ONG. Pourtant, l'ARS a défini une valeur d'action de 5 000 µg/m² compte tenu de l'absence de « norme établie » pour la présence de plomb dans les poussières déposées en surface. « Il s'agit d'un point de repère », explique l'ARS, qui indique prendre en compte l'exposition au plomb quelle que soit son origine, Notre-Dame ou autre.

Et de lister l'ensemble des mesures sanitaires prises depuis l'incendie : fermeture au public de la cathédrale et du parvis, mesures de gestion dans un périmètre de 500 mètres autour de la cathédrale dans un premier temps, communication des mesures de prévention et de nettoyage, incitation des riverains à effectuer des dépistages pour les enfants de moins de sept ans, etc.

Des prélèvements à l'intérieur des logements des riverains volontaires ont également été réalisés. « Certains prélèvements de poussières au taux de plomb jugé élevés, ainsi que le diagnostic début juin d'un enfant dont la plombémie dépassait le seuil de déclaration obligatoire de 50 µg/litre de sang, ont conduit l'Agence à intensifier son incitation au dépistage », indiquent la préfecture et l'ARS dans leur bilan sanitaire.

La valeur repère de 5 000 µg/m², ajoutent-elles, a pour objectif « d'étendre et d'orienter les investigations au-delà du premier périmètre de 500 m autour de la cathédrale ». L'ARS recommande des prélèvements complémentaires dans tous les établissements accueillant des enfants dans un périmètre de 300 mètres autour de chaque prélèvement de voirie dépassant ce seuil. Entre le 15 avril et le 30 septembre, 877 plombémies ont déjà été réalisées dans les cinq arrondissements avoisinant le site. Elles ont tout de même montré que 90 d'entre elles étaient supérieures au seuil de vigilance de 25 µg/L, dont douze au-dessus du seuil de déclaration obligatoire. « Sans exclure une exposition possible aux poussières issues de l'incendie, qui fait l'objet d'investigations complémentaires (…), des sources de plomb ont été identifiées dans l'environnement quotidien de presque tous les enfants dont la plombémie dépassait le seuil de déclaration obligatoire (…)  », indique l'ARS.

"Gestion de crise minimisante"

Selon l'Agence, les mesures sanitaires fonctionnent, qu'il s'agisse des mesures de nettoyage, des consignes d'hygiène ou des réalisations de plombémies.

« Les mesures sont sous-dimensionnées », juge au contraire Jacky Bonnemains, qui parle de gestion de crise minimisante. « Qu'il s'agisse de Notre-Dame, de la station d'épuration d'Achères ou de Lubrizol, on n'arrive pas à dire où sont partis les polluants ? Que sont-ils devenus ? Quel est l'impact sur le long terme ? », interroge le responsable associatif.

Réactions6 réactions à cet article

 

Une fois encore, les pouvoirs publics se disqualifient stupidement et il faut que ce soit une ONG qui doive de charger de leur mettre les faits (qui sont têtus, comme chacun le sait) devant les yeux.
Comment s'étonner ensuite de cette érosion de la confiance en la parole publique auprès du grand public que l'on constat un peu partout ? Ce n'est pas digne d'un état comme la France.
En attendant, entre les lixiviats au plomb de Paris, les rejets désormais mal traités d'eaux grises en sortie de la STEP d'Achères et ceux à la dioxine et autres cocktails toxiques de Rouen, la Seine puis la Manche sont gâtées cette année question toxicité aigüe et à long terme !
Il est plus que temps de repenser en France (ailleurs aussi, les mêmes causes engendrant les mêmes conséquences) la gestion du risque industriel et de se donner à nouveau les moyens d'une réelle ingénierie en la matière.

Pégase | 22 octobre 2019 à 09h08
 
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Personne n'a jamais contesté, je pense, que les plomb trouvé autour de ND provenait de son incendie. Personne n'a jamais contesté les chiffres des résultats d'analyse. La seule contestation provient de l’interprétation abusive, voire éhontée, de ces chiffres par les alarmistes de métier qui affolent sans raison les populations riveraines. Le plomb se trouve ici essentiellement sous forme métallique et ce dernier n'est pas "métabolisé dans l'organisme". Sa toxicité est donc très faible. Rien à voir en comparaison avec le minium ou la céruse des peintures, encore moins avec le plombtétraéthyle (antidétonant des essences) que l'on a respiré en France pendant un demi-siècle. Il faut donc que cessent ces invectives hystériques pour laisser la place à des commentaires plus sérieux et plus proches de la réalité. Ceux qui manipulent et recyclent le plomb des batteries (accumulateurs) depuis plus de cents ans le savent très bien.

glaudius92 | 22 octobre 2019 à 12h15
 
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Des écotoxicologues estiment pourtant que respirer des poussières et des fumées chargées de Plomb constitue actuellement la cause principale d’exposition excessive à ce métal lourd, glaudius92.

Pégase | 22 octobre 2019 à 14h40
 
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Au contact de l'oxygène de l'air, le plomb ne se trouve-t-il pas oxydé en Pb++ sous forme d'oxyde de plomb, et non plus sous sa forme métallique ? Se trouverait-il sous forme d'aérosols de métal suite à la condensation des vapeurs de plomb, il serait alors inhalé puis transféré dans voies digestives via le système mucociliaire, et finalement absobé dans le conduit intestinal.

Novice | 22 octobre 2019 à 17h29
 
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Il serait difficile dans l'espace imparti de refaire l'historique complet de nos connaissances sur la toxicité du plomb. Il existe même une théorie (contestée) comme quoi le saturnisme serait à l'origine de la chute de l'empire romain. Ses élites buvaient en effet l'eau arrivant par les aqueducs dont les siphons et les canalisations d’arrivée étaient en plomb ! La densité du plomb est supérieur à 11, les poussières même fines restent donc au sol. Seules effectivement les personnes au contact direct des fumées d'incendie (les pompiers travaillaient avec des ARA) ont pu recevoir des doses de plomb significatives. Mais le saturnisme est une maladie chronique, l'exposition même importante à un pic de pollution n'est pas suffisant pour entraîner des conséquences à terme pour la santé. Les oxydes de plomb sont par ailleurs pratiquement insolubles dans l'eau. Pour le chantier des masques à filtration d'air et des vêtements à usage unique (type "Tywek protect") sont suffisants. On n'a pas un gaz de combat ! Restons sérieux

glaudius92 | 22 octobre 2019 à 20h01
 
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S'agissant de prélèvement en extérieur lors des 2 campagnes, il serait intéressant de connaitre les conditions de prélèvements lors et juste avant la réalisation des prélèvements : nature du support (béton, goudron, pierre, ...) ? , conditions atmosphériques ?. A-t-il plut avant la réalisation des prélèvements ou pour chaque il n'y avait pas plut sur une période équivalente. Sans ces données il est difficile de comparer les résultats entre les 2 campagnes

Manu33 | 23 octobre 2019 à 08h20
 
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