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« Il n'y a pas de recette unique pour que les agriculteurs optimisent le bilan carbone de leur exploitation »

Rémunérer les agriculteurs pour la captation du carbone de leur exploitation est une nécessité pour encourager leur transition, selon Chuck de Liedekerke et Nicolas Verschuere, fondateurs de la société de conseil agronomique Soil Capital.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
   
« Il n'y a pas de recette unique pour que les agriculteurs optimisent le bilan carbone de leur exploitation »
Chuck de Liedekerke, à gauche, et Nicolas Verschuere, à droite,
Cofondateurs de Soil Capital
   

Actu-Environnement : Dans le cadre de votre programme d'accompagnement, vous diffusez les pratiques agricoles favorables à la réduction des émissions de carbone. Quelles sont-elles ?

Nicolas Verschuere : Le retour d'expérience de notre programme auprès de 150 agriculteurs montre que cinq pratiques principales ont un effet sur le stockage du carbone. La fertilisation, et notamment le remplacement des engrais de synthèse par des intrants organiques, les couverts végétaux, ainsi que la diversification de la rotation, qui est déterminante, et la limitation de la perturbation du sol. Enfin, l'agroforesterie, même si elle reste marginale. Tous les systèmes d'exploitation peuvent stocker du carbone. Tout comme les cultures industrielles telles que la betterave et la pomme de terre, grâce aux couverts végétaux et aux recours aux fertilisants organiques. Ainsi, toutes les cultures sont susceptibles de stocker au moins deux tonnes de carbone par hectare. Les résultats montrent aussi que les agriculteurs en semis direct et en bio sont les plus grands stockeurs. De même, ce sont les sols argileux, de limons et limon-argileux qui privilégient la séquestration de carbone.

L'introduction de couverts végétaux, la diminution du travail du sol et l'apport de fertilisation organique sont donc des paramètres qui augmentent le taux de matière organique tout en réduisant les émissions de carbone. Ainsi, les changements de pratiques simples observés chez les agriculteurs peuvent amener à des résultats dans le bon sens. On peut déjà noter que, sur la base du premier diagnostic de Soil Capital Carbon, 15 000 tonnes d'équivalent CO2 ont été stockées pour une année de référence (considérée comme l'année 0).

Nous ambitionnons d'aller plus loin en accompagnant, l'an prochain, 1 000 agriculteurs dans cette démarche.

AE : Votre programme rémunère l'agriculteur pour chaque tonne de carbone stockée. Cette rémunération est-elle une incitation nécessaire et suffisante ?

Chuck de Liedekerke : Il n'y a pas de recette unique pour que les agriculteurs optimisent le bilan carbone de leur exploitation. Ils sont porteurs de solutions qui contribuent à lutter contre le réchauffement climatique. L'intention est de leur apporter une nouvelle source de revenu, de souligner leur impact positif sur l'environnement et de faire prendre conscience que la performance économique des fermes est compatible avec des pratiques vertueuses pour l'environnement.

La rémunération de notre programme repose tout d'abord sur le type de conduite culturale menée par l'agriculteur et, bien sûr, sur le nombre de certificats vendus chaque année en gré à gré. Elle dépend également de son bilan carbone en année de référence. Notre programme permet de rémunérer les agriculteurs en conventionnel ou en bio, à hauteur de 27,50 euros minimum la tonne de carbone stockée ou évitée. C'est le prix plancher que nous nous sommes fixés.

AE : Quel est le profil des acheteurs de ces certificats ?

C.D.L. : Les acheteurs de certificats carbone agricoles souhaitent soit s'engager dans la réduction de leur empreinte en gaz à effet de serre, soit soutenir les agriculteurs dans leurs pratiques vertueuses pour l'environnement. Cette transaction crée donc un nouveau revenu annuel pour l'agriculteur. Les certificats ne sont pas des « droits à polluer » car ils ne sont pas liés à un mécanisme de compensation, et leurs acquéreurs ne peuvent en aucun cas les utiliser pour revendiquer une neutralité carbone.

AE : Que pensez-vous du label Bas carbone qui valorise aussi ces démarches ?

C.D.L : Nous saluons ce label qui a de nombreuses similitudes avec notre programme. Lancé par le ministère de la Transition écologique, il encourage de la même manière les pratiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que les pratiques d'augmentation du stockage de carbone. L'agriculteur s'engage dans les deux cas pour un projet de cinq ans afin d'obtenir des crédits ou certificats carbone. Les processus d'encodage et de calculs sont similaires également puisque les deux programmes se basent sur les données opérationnelles de l'agriculteur, fournies sur une base annuelle et soumises à une vérification et un audit indépendant.

Les deux programmes ne sont pas pour autant identiques. Quelques différences notoires sont à souligner, notamment sur le plan pratique. Par exemple, un projet labellisé ne peut être vérifié et certifié qu'une fois bouclé, c'est-à-dire après cinq ans. En revanche, le processus de vérification et de certification des données pour notre programme se fait chaque année et les paiements des agriculteurs sont aussi annuels. Par ailleurs, nous rémunérons l'agriculteur dès la première année à hauteur de 80 % des certificats carbone générés cette année-là. Les 20 % restants sont affectés à une réserve d'assurance destinée à compenser un « événement de perte » en cas de dégagement imprévu de carbone sur l'exploitation. Sans événement de perte, cette réserve est libérée dans les dix ans suivant l'émission des certificats carbone.

Réactions1 réaction à cet article

 

Il fut un temps où diverses mesures agri-environnentales (qu'on les ait nommées MAE, CTE, CAD, MAET, MATER, etc.) allaient peu ou prou dans le sens de pratiques permettant de conjuguer agronomie et écologie, donc du stockage de carbone dans les sols entre autres bénéfices. Pourtant, le ministère et la "profession" (chambres d'agriculture et syndicat majoritaire en tête) les ont dégommés à bout portant, tant cela nuisaient à certains intérêts catégoriels et donnait de l'urticaire aux nombreux allergiques par principe à tout partenariat avec des environnementalistes.
Mais depuis, les choses changent : comme l'évidence des nombreuses dérives du système agricole productiviste sautent de plus en plus aux yeux du plus grand nombre et que la facture de l'immense gâchis se dévoile, il devient de plus en plus difficile de défendre l'indéfendable en haut lieu. Que des sociétés privées de conseil se montent, en se fondant en partie ce qui a déjà été fait et s'est avéré pertinent, est dans la logique ultralibérale qui sous-tend le modèle agricole dominant actuel.
Mais depuis une trentaine d'années, que de temps perdu, que de gaspillage d'aménités naturelles, que de pollutions accumulées et que d'énergies mobilisées évaporées !

Pégase | 23 septembre 2021 à 14h06
 
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