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“ Il faut passer d'un verdissement de la ville à un fonctionnement écologique ”

La nature introduite dans la ville aujourd'hui rend des services écosystémiques mais ne reconstitue pas toujours de la biodiversité. Explications de Philippe Clergeau, Professeur au Muséum national d'histoire naturelle.


Interview  |  Aménagement  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Il faut passer d'un verdissement de la ville à un fonctionnement écologique ”
Philippe Clergeau
Professeur au Muséum national d'histoire naturelle
   

Actu-environnement.com : Pour mieux faire face au changement climatique et à l'imperméabilisation des villes, une des solutions envisagées est une végétalisation de l'espace urbain. Pouvons-nous toutefois parler de biodiversité ?

Philippe Clergeau : Avec cette volonté d'installer de la nature pour bénéficier de ses services, nous allons un peu plus loin que l'approche esthétique et la volonté de création d'ambiance des paysagistes.

Comme nous gérons différemment nos espaces publics et même privés - en mettant par exemple moins de pesticides - nous permettons à différentes espèces non horticoles de s'installer. Nous avons donc tendance à recréer des processus un peu plus écologiques, des chaînes alimentaires simplifiées. Toutefois, la biodiversité est une cohérence d'espèces qui fonctionnent ensemble, qui font écosystème.

Nous avons encore une phase à passer pour aller vraiment vers de la biodiversité urbaine : il faudrait favoriser la présence des espèces végétales, puis animales, dans la façon de gérer les espaces publics et les jardins. Car la durabilité d'une nature en ville est liée au plein sol. C'est cela qu'il faut continuer à conserver.

La ville ne sera certainement pas l'avenir de la biodiversité mais cela peut être un des éléments qui participent à la conservation et à la sensibilisation de la population. Les bâtiments végétalisés sont en plus en centre-ville où il y a très peu d'espaces libres. Les citadins sont de plus en plus nombreux, il faut un cadre et une bonne qualité de vie dont fait partie cette nature. Ceci s'illustre dans les réflexions en cours, par exemple sur le besoin de végétaliser le parvis de La Défense.

AE : A-t-on une idée de la nature à introduire pour optimiser les services écosystémiques ?

PC : Les services écosystémiques peuvent très bien être rendus par une nature minimum. Par exemple, les platanes sont des arbres qui conviennent bien en ville. Ils supportent la sécheresse, la pollution, et rendent de grands services que ce soit par rapport aux îlots de chaleur ou aux particules de polluants qui se fixent sur leurs feuilles. Toutefois, les alignements de platanes ne sont pas très durables : une maladie pourra se propager à toute la ligne de platane et les faire disparaître. Avec différentes espèces qui ont un fonctionnement cohérent, même si une espèce disparaît, les autres se maintiennent, la chaîne alimentaire continue à fonctionner. L'idée est de passer d'un verdissement de la ville à une biodiversité. Atteindre un fonctionnement aussi performant qu'en zone rurale ou naturelle est compliqué en ville, nous avons trop de contraintes. Il faut cependant tendre vers cette idée de fonctionnement écologique plus naturel qui est une garantie de durabilité.

Il est rare que la ville se construise autour d'espaces naturels ou agricoles conservés. La plupart du temps nous restaurons ou recréons des habitats, il y aurait des travaux à approfondir pour comprendre comment les communautés végétales qui mêlent des espèces horticoles et locales s'organisent.

AE : Quels sont les outils dont nous disposons aujourd'hui pour introduire une nature plus résiliente en ville ?

PC : Aujourd'hui, les villes qui bougent sérieusement sont celles dont le maire est sensibilisé et convaincu : cela dépend donc d'une volonté politique. Techniquement, les services des espaces verts des villes connaissent assez bien ce que nous devons faire.

Toutefois, plus de 80% des toitures végétalisées ne comportent aujourd'hui que du sedum : leur fonctionnement est simple, pas très cher en entretien mais c'est très pauvre en terme d'accueil de biodiversité. Il faudrait mettre un peu plus de terre, planter des arbustes. Il faudrait une volonté politique et disposer de financements.

AE : Une étude "Ville et nouvelles fonctions du végétal" de l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement souligne la nécessité d'un décloisonnement des interventions des différents acteurs : paysagistes, urbanistes, écologues, bureaux d'études en ingénierie écologique. Comment dépasser cet obstacle ?

PC : Aujourd'hui, un des grands enjeux est la sensibilisation des directions d'urbanisme, de voirie, etc. à ces questions. Cela implique de sortir des silos que sont les différents services dans toutes les collectivités, quelles que soient leurs tailles. Pour bien traiter une biodiversité dans la ville, il faut que cela soit pris en compte par tout le monde : les directions de service et les élus. Et les citadins bien sûr.

Mais c'est le fonctionnement classique de nos institutions que je remets en cause : il est plus facile de financer de la même façon chaque année chaque service sans remise en question d'objectifs municipaux qui peuvent évoluer. Une souplesse des distributions permettrait par exemple de financer pendant trois ans des actions plus sérieuses sur la biodiversité, puis un autre service bénéficierait d'aides plus conséquentes ensuite pour une autre action municipale. Ce serait l'organisation des services qui serait alors à remettre en cause.

Il y a également des réflexions à mener sur le péri-urbain, pour améliorer des franges de la ville, afin qu'elles deviennent des sources de biodiversité pour la ville. Pour l'instant, les préoccupations écologiques sont majoritairement axées sur l'énergie et le climat. Il faudra pouvoir coupler les enjeux. Par exemple, quand nous créons des boisements pour rafraîchir des villes comme à Nantes ou Toulouse, il pourrait y avoir une réflexion sur les arbres, plantes, taillis implantés et les espèces que nous pouvons y attendre.

Réactions1 réaction à cet article

 

Pour le moment, j'observe personnellement une accélération de l'urbanisation avec une instrumentalisation du discours écolo de la part des bétonneurs, qui nous vendent des rues arborées pour des espaces verts! Ou l'arrachage d'arbres remarquables sous prétexte qu'ils sont malades et que leur maladie peut s'étendre aux autres (ce qui est faux bien sûr!). A Boulogne -Billancourt où le maire construit à tour de bras contre les désirs de la population, on nous parle de jardins potagers entretenus par la population: il s'agit de qq carrés de tomates cerises dans un passage bétonné de toutes parts. A l'Hay les Roses, le maire s'est mis en tête de construire une importante résidence à 12 mètres de la roseraie, en arrachant des marronniers centenaires...pour les remplacer par des plantations d'espèces nouvelles (dont ne profiterons que les heureux propriétaires), le moindre mur végétal sert par exemple à verdir un centre commercial, etc, etc.Finalement, les bonnes intentions et les propositions des sauveurs de la nature se retournent contre leur but, car en France, il n'y a pas de réelle volonté d'apporter un cadre de vie verdoyant où la nature serait vraiment respectée. Tout est conditionné par le fric.

gaia94 | 13 juin 2018 à 12h47
 
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